‹ Mélanges historiques et littéraires [microforme]Chapitre 58 sur 58 · L’engrais suffisant pour enrichir les parties épuisées · texte numérisé non relu

L’engrais suffisant pour enrichir les parties épuisées

30. Un profit net dans la vente du foin et des animaux ; profit qui lui permettra d’acheter les choses

nécessaires à sa subsistance et à celle de sa famille.

40. L’opportunité d'établir dans chaque paroisse une manufacture de fromage, exploitation inconnue dans nos campagnes, si nous en exceptons les cantons de l'Est.

La Liberté en Angleterre,

L'étude de la constitution et de l'histoire des Etats-Unis nous fournit des sujets profonds de méditation en dépit d’une certaine presse hostile qui ne manque pas de saisir toutes les occasions pour déprécier, aux yeux des canadiens, les institutions de nos voisins.

Les américains ont emprunté à l'Angleterre l’es-

prit de liberté ; ils l’on accru et perfectionné. Mais ce principe de liberté, ils l’ont uni à un autre principe qu’on retrouve surtout dans le droit civil des ” Etats-Unis; c’est le principe de l'égalité. Voilà le côté le plus frappant par où ros voisins se distinguent de l'Angleterre.

Le régime féodal, introduit en Angleterre au XI siècle par la conquète normande, s’enracina avec une énergie d'autant plus grande qu’il était déjà en germe chez les Anglo Saxons comme chez tous les peuples de race germanique. Cette organisation était rendue nécessaire, jusqu’à un certain point, par la crainte d’une révolte des saxons vaincus et par l'établissement universel du droit féodal qui était devenu le droit public de l'Europe.

Mais ce qu'il y a de remarquable, c’est que, de cette organisation, modifiée par le temps, mais renaissable à toutes les époques, est sortie la constitution anglaise. L'empreinte féodale se retrouve en Angleterre, plus qu’en aucun autre pays. Dès l’origine, il y eut une hiérarchie de personnesiet une hiérarchie de terres correspondantes. On distingua le domaine royal, les biens d'église, les baronnies, les terres tenues en soccage, en bourgage, en ville-: nage, le roi, le baron, le chevalier, l’homme libre, le bourgeois et le serf. Chaque homme avait sa caste et son rang ; mais avec ceci de p. rticulier que l'homme de la plus basse extraction pouvait atteindre les plus hautes distinctions. La terre était immobilisée, l’homme ne l’était pas. Ainsi, sous cette enveloppe de la féodalité se trouvait le germe de la liberté. En effet, quoi de plus libre que cette assem-

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blée de barons réclamant du roi Jean la Magna Char: ta, et de ses successeurs le bill des droits et l’habeas: corpus ? Longtemps l'aristocratie anglaise fut d’accord avec le peuple pour réclamer de la couronne les priviléges attachés à la nation. La liberté se: cachait en mille endroits sous les priviléges de la noblesse. C’est du sein même de la féodalité anglaise que sont sortis le gouvernement représentatif et l'institution du jury.

L’aristocratie terrienne re"1plaça l'empire de la chevalerie à mesure que la féodalité n’eût plus de raison d'exister comme institution militaire. Et ainsi, il resta à l'Angleterre un caractère hiérarchique qui exclua toujours le principe de l'égalité. Cette féodalité civile ne fut qu’affaiblie par la révolution, et de nos jours l'Angleterre offre le spectacle étrange que le peuple le plus libre de l’Europe par: ses lois, soit en même temps celui où l’idée de hiérarchie ait le plus de force et où l’idée d'égalité ait le moins de faveur dans l'opinion. Les grands économistes anglais défendent des principes qui nous paraissent faux, comme le droit d’ainesse, la concentration du sol, l'inégalité des lois de succession, etc. Cette école va jusqu’à considérer l'égalité comme un principe destructeur de la liberté. Car, suivant eux. la liberté vit d'ordre, et il n’y a pas d'ordre sans hiérarchie.

Et la raison de cet amour et de ce respect du peuple anglais pour l'aristocratie ? Elle est facile à savoir. L’aristocratie s’est toujours unie avec les intérêts du peuple; elle s'est rendue populaire parce qu'elle a attaqué les prétentions de la couronne en

faveur de la masse. Loin d’être l’ennemie des communes elle a identifié sa cause avec la leur ; elle a protégé les priviléges corporatifs. Et voilà pourquoi le parlement, les universités, les corporations ont traversé les âges, entourées du respect du peuple et avec la garde seuve de leurs priviléges.

Cette manière éclairée «et libérale d'entendre le privilége a réussi parfaitement. De cette façon on a pu arriver à l’église, au barreau, aux charges municipales. C'est ainsi que nous avons vu les anglais accepter pour chefs des hommes sans aïeux ou d’une moblesse toute récente, Wellington, un irlandais, Canning, fils d’une actrice, Brougham, un avocat, Robert Peel, le fils d’un petit fabriquant.

Il ne faut donc pas s'étonner si l'aristocratie anglaise a des racines si profondes en Angleterre, si elle a été jusqu’ici si respecté par un peuple qui ne <onnaissait point une gloire nationale en dehors de ‘sa noblesse.

Autres raisons. L’'aristocratié a immobilisé la terre, et à la terre s'attache des priviléges considérables, le patronage éclésiastique, la justice, l’administration. Et cet héritage ne peut passer en d’autres mains. Par le droit d’ainesse le sol ne se divise pas ; par la substitution, il s’accumule dans les mêmes familles. De là le secret de la force de l'aristocratie.

A la fin du siècle dernier on coinptait 256,000 propriétaires en Angleterre et dans le pays de Galles seulement. De nos jours M. Disraëli n’a évalué qu’a 250 000 le nombre des propriétaires de tout le royaume uni, cette réduction est la conséquence de limmobilisation. Ce système est évidemment mauvais.

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Que ne ferait pas l'Angleterre si, avec son fortifiant principe de liberté, elle refondait sa société, par le secours de’ la loi, sur l'égalité! Dans aucun pays peut-être la liberté des personnes est mieux garantie contre le pouvoir et plus ménagée par l'autorité ; il ren est point où le respect de la propriété soit plus grand. Que n'est-il, en même temps, celui où l’égalité soit une condition même de la liberté comme aux Etats-Unis. |

L’absence de ce principe a amené de grandes misères, et, ce qu’il ya de plus dangereux pour elle, l'extrême pauvreté près de l'extrême richesse. La liberté politique n’y résout point le problème social qui est le bonheur de tous, au moins, en autant que les institutions humaines peuvent le comporter.

De nos jours, l'Angleterre se nivelle sensiblement, le flot de la démocratie monte rapidement et apporte avec lui l'égalité dans les lois. L’inégalité n’existera bientôt plus que dans les mœurs et finira par être chassée de ce dernier asile. Le mouvement démocratique se fait d'autant plus sentir qu’il semble appuyé par des hommes de grands talents. Le gouvernement constitutionnel mène nécessairement par une pente naturelle au gouvernement républicain. Le régime constitutionnel habitue Le peuple à la direction des affaires publiques, et aussitôt que le peuple est capable dé se conduire lui-même il est juste qu'on lui laisse la direction de sa propre conduite.

HI L'égalité aux Etats-Unis.

Nous avons vu que l'Angleterre fesait de l'égalité

des conditions—une des conditions même de sa li-

berté; nous allons constater maintenant l'efficacité du principe d'égalité se développant au grand avantage de tous, sans que la liberté en souffre aucunement.

Remarquons d'abord que l'égalité s’est établie naturellement en Amérique comme la féodalité s’est établie naturellement en Angleterre. La nécessité a fait plus que la sagesse humaine. Le fait capital qui a donné à la société anglaise ce caractère particulier de subornation, de hiérarchie, c’est au fond, l'inégale division du sol, inégalité maintenue, renforcée par la loi et les mœurs. Le fait capital qui a donné à la société américaine le trait distinctif qui la sépare de Ia société anglaise, c’est l’égale distribution du sol,et cette égalité fut dès l’origine l'effet naturel de la colonisation.

Lorsque les premiers colons arrivèrent en Amérique, ils trouvèrent une vaste étendue de terres propres à la culture et qui laissaient le champ libre à l’activité des nouveaux venus. Il fallut se faire bûcheron ; noble ou roturier dû défricher son champ, prendre la hache et la charrue, se nourrir, se loger, se vêtir de ses propres mains. Point de distinction : même classe, même condition, même travail pour tout le monde.

Il résulta de là deux effets également favorables à l'égalité. D’abord la terre fut également divisée ; c'est un effet de la culture personnelle. En second lieu, il n’y eut point de propriétaires ou de fermiers. La terre fut accessible à tout le monde.

De nos jours, les Etats-Unis sont un peuple de propriétaires qui cultive de ses propres mains sans que

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l’on puisse prévoir encore où et quand l'inégalité pénétrera dans ses mœurs avant de s'introduire dans les lois. Et d’ailleurs, pourquoi une noblesse dans un pays où tous sont égaux par le travail et la propriété; pourquoi un droit d’ainesse où tous les enfants prennent une part égale à leur vie commune ; pourquoi des substitutions qui favorisent l’oisiveté là où la société toute entière n’a qu'un but, le travail ?

Les lois de succession chez nos voisins favorisent le principe d'égalité et en cela elles différent beaucoup des lois anglaises. Droit d’aînesse, exclusion des femmes, substitution illimitée, subordination entière au pater familias, telle est l'essence du droit féodal dans sa rigueur primitive, et tel qu'on le retrouve en partie en Angleterre, même de nos jours. Il était difficile de conserver une telle législation dans les colonies, en face des idées puritaines si favorables à l'égalité chrétienne et de cette égalité forcée qui sortait de la culture du sol. C'est pourquoi Jefferson, dès le lendemain de l'indépendance, fit adopter l'abolition du droit d’aînesse et des substitutions. [l voulut, suivant ses propres paroles, sans recourir à la violence, sans restreindre le droit naturel, mais tout au contraire en lui rendant son empire, ‘annuler le privilége et l'aristocratie de la richesse ; car c’est toujours un danger plus qu'un bienfait pour la société, et il est essentiel à uue république bien ordonnée que toutes les routes soient ouvertes à l'aristocratie de la vertu et du talent, les deux forces auxquelles la nature a destiné la direction de la société et qu’elle a répandues d’une main égale dans toutes les conditions !”’ Pensée profonde-

ment juste, car la véritable démocratie est celle qui, ne reconnaissant point de priviléges héréditaires, laisse le gouvernement accessible à tous, y élève les supériorités naturelles et s’abandonne aux meilleurs et aux plus capables.

La loi tend donc a favoriser le principe de l'égalité chez nos voisins. La liberté absolue de tester est de ce nombre ; car le testament a été une réaction de l'esprit de liberté contre la maxime féodale : Dieu seul peut faire un héritier. Le mode de transmission de propriété est très simple, pratique ; il garantit les droits des deux parties, tandis qu'en Angleterre l’aristocratie de la loi rend incertaine toute autre propriété que la propriété héréditaire. Le créancier hypothécaire est très mal reçu devant les tribunaux anglais ; il est traité comme l'ennemi de la société. Son crime est de faire sortir une propriété de la famille. On sait que les régistres publics pour la vente ou pour l’hypothèque n'existent que d’hier dans le Royaume-Uni.

Nous avons eu en Amérique la publicité des hypothèques dès les premiers jours. Cette publicité facilite l'expropriation immobilière. Les frais de vente sont peu couteux, En Angleterre, la transmission est entourée de droits exhorbitants qui concourent à maintenir la propriété hors du commerce. Ainsi, l'Amérique se tient plus près des conditions de la nature humaine, dont le respect est la loi suprême du législateur ; elle a su faire la part de l’égalité aussi bien que celle de la liberté. L'éducation y égalise, autant que possible, le point de départ. Les institutions repoussent le privilége ; c'est à la li-

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