M. LAFLAMME
succès de ce parti dont il a aussi partagé les éche et les défaveurs. Il a pris Part à toutes les Jutt
là vie à 8randes guides ; il avait chevaux et chien
Les liens du Mariage ne lui ont Pas encore par assez légers et faciles à supporter ; il a dû craindré
de troubler des habitudes d'indépendance qui lu a
Mais hâtons-nous de peindre M. Laflamme à la Cour, en robe et portant le rabat rit s@ rière et légèrement penchée sur l’épa
ule gauche, le s jud
$, la figure chiffonnée, les cheveux ordiqui À nairement en désordre, la Contenance digne et fière emieg Comme toujours. Il] commence à pa éche® bien, il ouvre à peine la bouche, il laisse torr
lutt@{ chalamment ses paroles qu’il retient à demi ; sa voix agnd indécise semble dédaigner de se faire entendre : on . ME dirait le murmure d'un mince filet d’eau à
ienf lumière se fait dans ce riche cerveau ist tion l’a fait jaillir, c’est le rayon de soleil à travers pri les derniers brouillards de l'aurore. Alors. la penis sée déploie ses ailes librement, le filet d’eau s’est fait ap} ruisseau : M. Laflamme est réveillé, il était temps, le om tribunal s’endormait.
v Ceux qui ont entendu M. Laflamme dans la cause Guibord trouveront
ir fidèle, On sait combien de fois il est r
fa . ee … ÉET e ds de +: M ec Éd à Re
54 MÉLANGES HISTORIQUES gr LITTÉRAIRES d'avance la distribution et l'ordonnace de ses plaidoyers et dans la Conscience qu'il a de ses forces et de ses ressources professionnelles. Sachant que les
ment de ses idées.
Il lui suffit de Savoir qu’il a de bonnes armes Pour le combat, i] attend pour s’en servir les évolutions de l'ennemi. Il veut être libre de ses mouve ments là comme ailleurs.
Voyons-le à l'œuvre, maintenant, lorsqu'il est en pleine possession de ses moyens. Ne vous 1ttendez pas à des éclairs, à des Coups de tonnerre, Non sa
mais elle découvrira des horizons nouveaux, des points de vue nombreux et laissera les parties faibles de la cause dans des brouillards épais.
quarts d'heure. Son langage devient riche, ses expressions brillantes, son élocution facile, agréable, son éloquence mordante, ironique, pleine de super-
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es dédains, d’allusions Sarcastiques ; il court dans > domaine épineux des abstractions comme sur un hemin fleuri, il enlace son adversaire dans les plis et les replis d’une argumentation serrée, nerveuse, nextricable.
L'honorable juge Monck, qui a beaucoup de bien-
eillance pour les avocats, pour les aider parfois, se plaît à rendre à M. Laflamme Je service de l’interompre, lorsqu'il le voit retomber dans sa léthargie : c'est un service que ses adversaires ne devraient pas lui rendre.
Inutile de dire que si l'intelligence s’échauffe quelquefois chez M. Laflamme, le cœur reste toujours froid ; aussi ne Jui demandez pas les grandes émotions du sentiment, les élans passionnés de l’ora- . teur.
M. Laflamme à manifesté tous ses défauts dans la cause Guibord et a laissé entrevoir ses brillantes qualités. Il a soulevé plus de questions qu'il n’en a résolu et déployé beaucoup de science, d’érudition et une grande subtilité dans l'application des textes et des autorités innombrables qu'il a cités. On lui a vivement reproché d’avoir exprimé des idées anti-catholiques : il doit ce reproche à son ton ironique et à ses citations plus qu’à ses opinions. II a été plus irrespectueux qu'impie ; M. Laflamme a déclaré qu’il était catholique, nous devons le croire.
M. Dovrre.
M. Doutre a suivi M. Laflamme ; c'était la grosse artillerie après la. fusillade. M. Doutre et M.
défaite de leur parti, et ils Jui -n ont gardé rancune.
l'occasion d'exprimer leur mécontentement et leurs dédains ; ils ne l'ont Pas manquée. Ils prétendent tous deux être restés catholiques dans jeurs plaidoyers et n’avoir attaqué que les hommes, nullement les principes. Disons immédiatement que l’éducation religieuse de MM. Doutre et Laflamme est de
bres dans leurs convictions religieuses. Ils veulent
qu:
S ty
ien rester catholiques, mais ils ne savent pas trop que c’est que d'être catholique, du moins ils veunt l'être à leur goût, à leur manière ; C'est ce qui ‘ssort de leurs plaidoyers.
Qu'ils aient raison de se plaindre de la conduite un certain nombre de prêtres à leur égard, nous avons pas à le discuter, mais ne pensent-ils pas w'ils vont faire croire que le clergé n’a pas eu tort e les redouter? Ils ont parlé comme si les abus deaient détruire le respect dû au principe, ébranler les convictions sinsères ?
Quelles que soient les opinions religieuses de M. outre, c’est un homme de talent et de mérite, qui oit sa position au Barreau à son travail et à ses uccès. Sérieux, censé et charitable, il est plein de léférence pour ses confrères, toujours prêt à rendre ervice à tout le monde et à pardonner aux autres les impatiences et des indélicatesses dont il ne se end pas coupable lui-même. F ranc, loyal et honête dans ses procédés, il a l'estime de la magistraure et du barreau. Son dévouement pour sa fanille et sa bienveillance pleine de délicatesse mérient les plus grands éloges ; il n’a pas laissé les iens en arrière, il les a fait monter avec lui et, s’il en est qui ont été malheureux, c’est leur faute : ils nt dédaighé la main qu’il leur a souvent tendue.
M. Doutre a toujours été considéré comme l’un
les meilleurs écrivains de son parti, il a publié des articles politiques qui ont fait du bruit ; on y remarluait surtout la vigueur de la pensée et l'énergie du style. M. Doutre cultive l’antithèse et se complaît
dans les déductions morales et philosophiques : il aime à secouer ses ailes un peu lourdes pour s'élever vers les hauteurs métaphysiques. 11 parle difficilement et n’a pas le talent de l'improvisation ; sa pensée lente, pesante et substantielle préfère le silence et la tranquillité du cabinet au bruit et à la précipitation du palais et du husting. L'improvisation se prête peu d’ailleurs à l'habitude et au plaisir qu’il a de travailler sa pensée et sa phrase, à son goût pour les antithèses et les allégories. Il a manifesté dans la cause Guibord des défauts littéraires qu'on avait déjà remarqués et qui ont, peut-être, la même cause que ses erreurs religieuses. 11 semble adopter quelquefois le genre fantasmagorique, les phrases à effet, le style ampoulé de quelques auteurs modernes. Il a tort de se donner tant de peine pour dire mal ce qu’il peut dire si bien avec moins de peine : il est vrai qu’il aime le travail.
M. Doutre a de l'ambition, il s'occupe de tout et a toujours pris, depuis vingt ans, une part considérable au mouvement politique, social, religieux et littéraire. Le parti rouge, dans des moments d’impatience contre M. Dorion, a déjà songé à le choisir pour chef. L'attitude qu'il vient de prendre dans l'Institut et dans l'affaire Guibord n’aplaniront pas les obstacles que sa candidature a déjà rencontrés dans plusieurs comtés.