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Nous pouvons, sous le régime actuel, trouver dans l'Angleterre nn tribunal ou un arbitre impartial, dans la plupart des cas ; nouë pouvons, dans une certaine mesure, espérer que loin de nos luttes, étran-
* gère à nos divisions nationales, elle jugerait froide-
ment les difficultés qui pourraient surgir.
Mais où trouverons-nous ce tribunal impartial dans la Confédération devenue indépendante, entourés que nous serons de provinces aux majorités hostiles ? :
La première pensée de ceux qui font des constitutions pour les peuples, est de prévenir les conflits et les erreurs, de fermer, autant que possible,la porte aux fausses interprétations. A plus forte raison, ils doivent user de prudence lorsqu'il s'agit de faire vivre ensemble, sous un même drapeau, des nationalités si distinctes, de concilier des intérêts si divers. Toute négligence, dans pareil cas, est une faute grave, car on inocule dans la nouvelle constitution, dès son origine, un germe de mort qui la tuera promptement.
On dit quelquefois que dans ce siècle, et surtout dans ce pays, oh n’a pas raison de se défier des animosités religieuses et nationales, que ces questions brûlantes ont fait leur temps. Il faut ne pas connaître l’histoire ni le cœur humain pour émettre une pareille opinion, et il faut être peu homme d'Etat pour agir d’après un pareil principe. #
On aura beau changer la face du monde, il y a quelque chose qu'on ne changera jamais : le cœur humain; quelque chose qu’on ne pourra détruire:
l'amour de soi, des siens, de sa nationalité, Ces trois amours, qui réellement n'en forment qu'un et s'alimentent à la même source, dureront aussi longtemps que la nature humaine. Toujours les hommes s'aimeront en eux-mêmes et dans ce qui les touche de plus près, et toujours, par conséquent, il faudra tenir compte de leurs intérêts personnels, religieux et nationaux, Et même on ne Potrra jamais avoir trop de prudence, prendre trop de précautions à cet égard, car on aura beau faire, l'ambition et le fanatisme trouveront toujours moyen de fausser l'interprétation des lois et des constitutions.
C'est la pensée qui inspira les fondateurs de l'Union Américaine et présida à la définition des droits d'Etat, à 14 division si complète des pouvoirs généraux et locaux.
Et cependant, malgré toutes ces précautions, que de conflits encore !
Nous avons eu, dé à, un des exemples frappants du danger qu'il y a d'exposer les droits des minorités à des interprétations erronées. Qui ne croit pas que l'interprétation donnée’ par Sir John à la constitution, au sujet des écoles catholiques du Nouveau-Brunswick, ne soit Ja conséquence naturelle des exigences politiques et nationales de la majorité dans le gouvernement et ja Chambre fédérale ?
À combien d’autres conflits ne donnera pas lieu l'Acte Fédéral ? Et ui sera juge de ces conflits, lorsque nous serons indépendants ? La Cour suprême ? c'est-à-dire, un tribunal composé d'hommes qui nous jugeront sur les idées et les sentiments de
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la majorité dont ils sanctionneront naturellement, et
meme souvent sans parti pris, les opinions et les dé. cisions.
solue dans l'exercice de nos droits, de la jouissance de nos institutions religieuses et nationales, est donc Pour nos hommes publics un arte de sagesse et de nécessité, s'ils: croient que le pays s’achemine rapidement vers l'indépendance. Ce n'est pas seulement une question nationale, c'est encore une question politique ; le sentiment ici est d'accord avec la raison. Si ceux qui ont fait la Confédération sont sérieux dans leur projet d'en faire une grande nation indépendante, ils doivent préveuir les abus et les injustices qui forceraient les minorités à chercher sous un autre drapeau une protection efficace.
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