‹ Mélanges historiques et littéraires [microforme]Chapitre 39 sur 94 · QUEBEC ET MONTREAL · texte numérisé non relu

QUEBEC ET MONTREAL

Québec est la ville des grands souvenirs, des ruines glorieuses, des sites grandioses, des hommes de lettres et des jolies femmes. Elle est saturée de gloire, entourée de respect et d'amour, honorée comme une relique, traitée comme une enfant gâtée. Elle a tout ce qu’il faut pour être heureuse, et cependant elle ne l’est pas. C'est une preuve frappante qu'il n’y a pas de bonheur parfait sur la terre. Elle est un peu comme les jolies femmes qui, accoutumées aux hommages, sont d'autant plus exigeantes qu'elles sont plus vieilles. |

Elle trouve qu’on n'en fait jamais assez pour elle.

Plus âgée que sa sœur Montréal, mais moins grande .et moins riche, £lle la regarde d’un œil un peu jaloux et se demande tous les jours si on ne la néglige pas au profit de sa jeune mais grande sœur.

Ainsi Athènes, autrefois, épiait les mouvements de Sparte.

Voici ce qui trouble en ce moment le bonheur de la bonne et charmante vieille cité : il paraît que la plupart des juges d'appel sont de Montréal. C'est vrai mais elle pense trop à ce qui lui manque et pas assez

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à ce qu'elle possède. Elle oublie trop facilement les avantages et les privilèges dont elle jouit. Y a-t-il eu depuis des années dans le pays une ville plus choyée ?

D'abord, depuis la Confédération, elle a fourni tous les lieutenants-gouverneurs : MM. Belleau, Caron, Letellier et Robitaille ; les présidents canadiens-français du Sénat étaient des Québecquois ; le seul orateur de la Chambre que nous ayons eu

est de Québec ; sur trois ministres dans le gouver<”

nement fédéral, elle en a trois: mais, chose plus digne de remarque encore, on n’a eu et on n’a encore, à la Cour suprème, que des juges de Québec.

O Québec! Québec! Les Sauvages ont bien eu raison de t’appeler ainsi, parce qu'ils trouvaient que tu avais un grand bec, capable de tout avaler. Dans le domaine judiciaire comme dans le monde politique, tu as toujours eu la part du lion. Ta gloire et tes charmes te faisaient pardonner tes exigences. Mais il ne faut pas que tu abuses de tes avantages et de tes droits à nos sympathies et à notre reconnaissance. Si on t'écoutait, tu prendrais tout, il ne resterait rien à Montréal, ni un homme de lettres ni une jolie femme. Tu oublies que la religion et la philosophie enseignent qu'il faut se contenter de ce qu’on a. C'est aussi un principe chrétien que ton cher fils Israël a dû t’apprendre. Tu n'es pas riche, c’est vrai, Mais on ne peut-pas tout avoir. Quand tu seras tentée d’envier Montréal, fais ton examen de conscience, compte tout ce que tu as reçu des gouvernements et tu verras, je le répète, que tu es l’enfant gâtée de la grande famille canadienne.

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On ne gâtait pas les organistes en 1713. On payait à l’organiste de N otre-Dame, M. Dubuisson, cent livres.

En 1701, M. Metgchler fut nommé organiste de cette église à raison de 480 francs par année. En 1816, ses appointements furent portés à soixante louis, mais il était obligé de se procurer un souffleur à ses frais. Il tint l'orgue de Notre-Dame pendant quarante-deux ans et fut remplacé par M. Brauneis. En 1849, nomination de l’organiste actuel, M. J.-B. Labelle, qui remplit cet emploi depuis trente ans. 3 -

M. Thors a donné, avant son départ pour la France, un diner magnifique aux personnes qu'il avait connues intimement. Il a fait les choses princièrement, et jamais dîner ne fut plus gai, plus agréable. Les bons mots, les chansons et les discours étaient, comme les vins, de la meilleure qualité. Provencher et le baron Hogendorp pétillaient comme le champagne. L'hon. M. Marchand n'avait pas le temps de : placer ses calembours, il: étaient dévorés avant d'être complètement éclos. Le meilleur de la soirée a été celui de M. Chauveau. M. Chapleau

- avait dit, en parlant de M. Workman, marchand de

fer, que c'était un homme de fer, et se tournant du côté de M. Marchand, il fait son éloge, énumère toutes ses qualités. M, Chauveau l’interrompant, dit :

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” Ajoutez que si Marchand n'est pas un homme de fer comme M. Workman, c'est certainement un homme de steal (style).”

Dans: le temps où l’on s’occupait, à Rome, de nos difficultés religieuses et en particulier de notre code, il s’y passa une scène fort amusante. Le cardinal de Angelis avait dit à des personnages éminents du Ca<” nada de venir le voir, un certain jour, et qu'il leur donnerait son opinion sur le code, Le jour et l’heure arrivés, ces Personnages distingués se rendirent au Vatican. En les apercevant, le cardinal de Angelis qui tenait à la main notre code, s’écria : “ Oh! quel bon petit codex! Je voudrais bier que toutes les nations en eussent un pareil.”

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On a arrêté aux Etats-Unis une femme qui était rendue à son quinzième mari. Elle avait la manie de se marier aussi souvent qu’elle en avait l’occasion, dans le but prosaïque de s’enrichir. Chaque fois qu'elle se mariait, elle se faisait donner une certaine somme d'argent. L'argent obtenu, elle se mettait en Campagne pour trouver un autre mari ou plutôt une autre dot, Elle regrette qu'on l'ait arrêtée si tôt : elle faisait de.si bonnes affaires.

Mais les juges ont cru que, dans un temps où tant de bonnes filles se Contenteraient d’un mari, on ne

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Pouvait permettre à une femme d’en avoir quinze à elle seule, que c'était un monopole injuste,

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