‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 2 sur 37 · EhOGF · texte numérisé non relu

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Montaigne. Penseur profond sous le règne du pédantisme, auteur brillant et ingénieux dans une langue informe et grossière , il écrit avec le secours de sa raison et des anciens : son ouvrage reste , et fait seul toute la gloire littéraire d'une nation ; et lorsque , après longues années , sous les auspices de quelques génies sublimes, qui s'élancent à la fois , arrive enfin l'âge du bon goût et du talent, cet ouvrage, long -temps unique, demeure toujours original; et la France, enrichie tout à coup de tant de brillantes merveilles, ne sent pas refroidir son admiration pour ces antiques et naïves beautés. Un siècle nouveau succède, aussi fameux que le précédent, plus éclairé peut-être , plus exercé à juger, plus difficile à satisfaire , parce qu'il peut comparer davantage : cette seconde épreuve n'est pas moins favorable à la gloire de Montaigne. On l'entend mieux , on l'imite plus hardiment ; il. sert à rajeunir la littérature , qui commençait à s'épuiser ; il inspire nos plus illustres écrivains ; et ce philosophe du siècle de Charles IX semble fait pour instruire le dixhuitième siècle.

Quel est ce prodigieux mérite qui survit aux variations du langage , aux changements des mœurs ! c'est le naturel et la vérité : voilà le charme qui ne peut vieillir. Et ce n'est pas seulement de siècle en siècle, et à de longs inter-

valles, que le goût change, et que les ouvrages éprouvent des fortunes diverses : dans la vie même de l'homme, il est un période où, détrompés' de ce monde idéal que les passions formaient autour de nous , ne sachant plus excuser des illusions qui ne se retrouvent plus dans nos coeurs, perdant l'enthousiasme avec la jeunesse, et réduits à ne plus aimer que la raison, nous devenons moins sensibles aux plus éclatantes beautés de l'éloquence et de la poésie. Mais qui pourrait se lasser d'un livre rfe bonne foy^ écrit par un homme de gësiie? Ces épanchements Êuniliers de l'auteur, ces révélations inattendues sur de grands objets et sur des bagatelles , en donnant à ses écrits la forme d'une longue confidence , font disparaître la peine légère que l'on éprouve à lire un ouvrage de morale. On croit converser ; et comme la conversation est piquante et variée , que souvent nous y venons à notre tour, que celui qui nous instruit a soin de nous répéter, ce n^est pas îcjr ma doctrine, c'est mon étude y nous avoue ses faiblesses, pour nous convaincre des nôtres, et nous corrige sans nous humilier, jamais on ne se lasse de l'entretien.

Expression de Montaigne.

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