En juillet
Ceux qui étaient allés, en 1656, établir un poste chez les Iroquois n'avaient pas tardé à voir qu'ils étaient dupes de da perfidie de cette nation. C'est comme par miracle qu'ils en réchappèrent. Tout le temps de leur séjour en ces endroits fut employé en pures négociations, alors que l'on croyait leurs travaux sur la voie du progrès. Pour nous servir d'une expression caractéristique, disons que les Iroquois leur vendaient du plomb. On les amusait avec de belles paroles, tandis que des bandes de maraudeurs continuaient de ravager nos établissements le long du fleuve, entre Montréal et Québec. M. d'Argenson venadt d-'arriver de France en 1658; il allait fie mettre à table lorsque le cri de guerre retentit. C'était la coutume journalière. Les habitants couraient aux armes entre chaque repas. Le gouverneur voulut avoir le dernier mot avec les assassins qui infestaient la campagne. Il paya de sa personne, faillit être tué par excès de bravoure, parcourut le fleuve, haut et bas, mais sans rien gagner, et 'se lass-a. La partie n'était point égale. S'arrêtait-il dans les habitations françaises, on lui apprenait que de nouveau massacres venaient d'être commis et que les auteurs de ces forfaits rôdaient aux environs. Alors, bouillant d'ardeur et du noble désir de protéger ses gens, il remontait en chaloupe, battait les grèves, essuyait quelques coups de feu, apercevait l'ennemi qui fuyait à travers les bois ou sur ses légers canots d'écorce, et €'en retournait désespéré. Si une flottille de traite se montrait quelque part, les Iroquois tombaient dessus et la pillaient. Les Sauvages aUiés avaient pris l'habitude de ne plus se rendre au Saint-Laurent. Ils rencontraient les Français dans les territoires du nord, entre l'Ottawa et le Saguenay. Vaine retraite! Les Iroquois les y atteignirent. Des combats ^©ang'lants résultaient de ces surprises. La dévastation s'éten-
dit à cinquante lieues au nord et à Vest des Trois-Rivières» Le dernier espoir de la traite de ce côté s'anéantissait. Un désastre était suivi d'un autre.
Des chasseurs qui venaient de la rivière Ottawa, rapportèrent, en avril 1660, que trois cents Iroquois se trouvaient réunis quelque part entre Hull et le lac des Chênes, ce qui dénotait leur intention de porter un coup sur Montréal, cair si leur habitude, depuis sept ou huit ans, était' de faire la chasse d'hiver dans ces territoires, jamais leurs baoïdes ne dépassaient vingt ou trente hommes qui se tenaient indépendantes les uu'ôs des autres.. La» concentration indiquait un plan de guerre.
En effet, Montréal était Tobjectif de ces Sauvages. Il» devaient se rencontrer avec cinq cents autres qui descendaient par la rivière Eichelieu.
Quarante Hurons, partis de Québec, au mois d'avril,, pour chercher l'ennemi, furent rejoints par six Algonquins en passant aux Trois-Eivières. Les Hurons étaient commandés par Kanontaga, les Algonquins par Mitiwemeg, deux chefs de renom. Leur projet était de faire des coups isolés, dresser des embuscades — la petite guerre — mais, rendus à Montréal ils s'unirent avec Adam DoUard des Ormeaux qui organisait une expédition composée de seize Français, la plupart jeunes gens arrivés de France, comme lui, assez récemment. Dollard avait conçu l'idée incroyable d'arrêter, avec si peu de force, l'armée iroquoise (3). C'était une âme chevaleresque mue par le désir de s''iillustrer, et douée d'un fort prestige puisqu'il entraîna ses compagnons mal'gré Le Moine, Closse, Belestre -et
3. Il a paru, en français, dans le Canaâian Antiquarian de 1912, p. 45, et de 1913, p. 1, deux études très documentées sur Dollard et ses compagnons et dont l'autenr est M. E.-Z. Massicott€, archiviste du palais de justice de Montréal. On y trouve quantité de renseignenients inédits sur les héros du Long-Saut^
d'autres, hommes d'expérience, qui offi-^ient de partir avec eux s'ils voulaient attendre que les Iroquois sc fussent rapprochés de l"île de Montréal.
La petite troupe, remplie de couT^age et da Tesprit de sacrifice, 'entra dans ^Ottawa, et le 1er mai elle mettait pied à terre à CariHon, au bas du Long-Saut. Quelques heure» plus tard, les trois cents Iroquois apparurent ; alors Dollard se retrancha dans une méchante palissade,, entre la rivière et un coteau, où il engagea une luttehéroïque prolongée qui a eu un immense retentissement dansnôtre histoire. Lorsque les Iroquois virent la résistance de cette poignée de braves, ils envoyèrent des me.-^sagers avertir, au lac Saint-Pierre, les cinq cents autres g-ierriers (4). Une fois tous réunis autour du fort débraillé où DoHard tenait toujours bon, les assauts devinrent furieux, mais enfin, vers le vingt mai, les Hurons se rendirent et firent connaître à Pennemi qu'il ne restait plus que huit Français debout. La cause était perdue, et de nouvelles attaques eurent lieu avec Penthousiasme d'unej victoire certaine. Kanontaga, Mitiwemeg, trois Algonquins et quatre Hurons préférèrent s^ensevelir dans la défaite plutôt que de se fier aux Iroquois. Par une brèche ouverte dans la palissade, les Iroquois fusillèrent les survivants, tandis que Dollard, placé sur un monceau de cadavres, déchargeait ses pistolets daas la masse des ennemis et, avant de succomber à son tour, leur lançait un baril de poudre enflammé. Ce spect?,cle effrayant impressionna les Sauvages qui venaient d'employer huit cents hommes pendant deux semaines pour se rendre maîtres d'un réduit sans importance.