‹ Mélanges historiques; études éparses et inédites de Benjamin Sulte;Chapitre 54 sur 62 · Voir Mélanges historiques, VoL I, pag^e · texte numérisé non relu

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manière illicite, avait levé la milice pour combattre les Iroquois. Ainsi, les habitants faisaient, malgré eux, une giiierre qui ne les regardait aucunement. Nous n'avions pas de troupes royales. La Barre retourna en Franice, fut remplacé par Denonville qui arriva avec deux ou trois compagnies recrutées dans les divers régiments du royaume, mit en branle presque toute la milice (8), et alla au lac Ontario se faire bafouer par les Iroquois. Le Bas^Canada devint en 1688-89, un chamip de massacres. En 1690, la chicane entre Louis XIV et Guillaume III d'Angleterre nous mettait les colonies anglaises sur les bras et celles-ci s'entendaient avec les Iroquois, mais Frontenac arrivant, l'automne de 1689, et un contingent de troupes de France «'ajoutant à nos forces, la partie devint belle pour nous. Nous nous sommes battus pour les autres de 1684 à 1697, ce qui nous a valu la renommée de miliciens incomparables, mais la pauvre colonie tirait la langue tout le temps.

Le projet de former des villages, refuges des gens de la campagne, naissait du danger de la guerre, mais pourquoi la guerre ? Ce "jeu de prinices" ne nous concernait point. Pourquoi nous obliger à soutenir, les armes â lia main la rapacité des marchands privilégiés, ou la fantaisie attoce du souverain dans ses querelles d'Allemands contre ses voisins? La colonie des bords du Saint-Laurent était littéralement abandonnée à elle-même, puisqu'on ne lui fournissait iplus de cultivateurs de France et qu'on lui interdissait le commerce, l'industrie et la moindre connaissance de son gouvernement. Le roi l'eanployait pour payer les pots cassés.

L'Echo de VOuest, Minnéapolis, 9, 16, 23 déc., 1904.

8. Nous étions onze mille âmes en comptant femmes et enfants.

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LES CAÎs^ADIEXS AUX ILLINOIS AU XVIIIe 'SIECLE

Il S'agit de condenser en quelques pages la matière d^un très gros Yol-ume (1) bourré de faits, et qui nous donne un nouveau chapitre sur l'histoire des Canadiens de TOuest, c'est-à-dire ceux de l'Illinois, à une époque déjà ancienne. C'est un travail élaboré, captivant, instructif et rempli de lumière, comme savent en écrire les véritables historiens. Il formera partie de nos archives nationales car son sujet nous concerne de près. Le lecteur pourra se convaincre, par Pana- 'lyse suivante, de la valeur qu'on doit lui attribuer. L'auteur est, avant tout, un disciple de la vérité: il ne la restreint ni ne l'exagère.

Sur la rive gauche du Mississipi quii forme le sud de l'Etat de TUlinois, vis^à-vis l'embouchure du Missouri, l'on rencontre une contrée basse de trente lieues en longueur dont le sol est d'une grande fertilité. La largeur varie de trois à sept milles, donnant une bonne moyenne de cinq mdlles jusqu'aux élévations de terrain qui la bornent du côté de l'est. Un coup d'oeil sur la carte nous montre, du nord au sud, iCahokia, Prairie-du-Pont, Grand-Euisseau, Bellefon-

1. Illinois State Historical Library. — Cahokia Records — by Clarence Walworth Alvord— 819 pa^s, (1906). M. Suite a fourni à l'aut-eur de ce travail un grand nombre de renseignements divers sur nos compatriotes. (Voir notre étude sur Benjamin Suite et son Oeuvre, 1916).

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taine, Saint-Philippe, Fort de Chartres, Prairie-du-Eocher et Kaskaskia, toutes localités établies ''^du temps des Français^' et formant a;lors partie de la hante Louisiane.

L'origine, ou plutôt la date du commencement de cette colonie nous échappe, on ne saurait douter cependant que nous la devons aux coureurs de bois, mais ce ne fut pas, comme en d'autres endroits, un lieu de métissage : les femmes canadiennes paraissent s'y être rendues en même temps que les hommes. Je mettrais l'année 1720 pour ces débuts, d'après oe que nous .connaissons de l'histoire du Mississipi. La Nouvelle-Orléans, qui venait d'être fondée par les Canadiens, rendait nécessaire la création de pilusieurs établissements le long du fleuve pour se rapprocher du Canada. Nul poste n'était mieux choisi que le fort de Chartres pour cet objet, avec son territoire qui s'étend de Kaskaskia à Cahokia, comme on vient de le voir. Il est dit, en 1778, que l'église de Kaskaskia avait vu deux générations s'agenouiller au pied de ses autels. De 1730 à 1740 on mentionne des Canadiens qui émigrent aux Illinois. Lorsque l'administration française disparut, en 1760, il semble que les coureurs de bois, les "voyageurs", se concentrèrent dans le "pays-bas", si l'on en croit la légende qui veut voir en ce moment nombre de Canadiens se réfugiant aux Illinois. Assurément, ces gens ne eortaient pas de parmi nous; c'étaient plutôt ceux qui se trou /aient dispersés un peu partout sur les bords du Mississipi et que l'incertitude de l'avenir, sous un autre drapeau, portait à 'se grouper autour des villages déjà existants. Il n'y a rien pour nous faire croire que les habitants du Bas- Canada auraient eu l'idée de fuir le régime anglais dans leurs paroisses pour aller le rencontrer aux Illinois. L'arrivée de nouveaux colons dans le "pays bas", immédiatement après la cession à l'Angleterre, dénote une concentration des hommes

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qui faisaient la traite pour le compte des compagnies françaises. C'était une heure de désarroi. Les chefs français abandonnaient la partie dans le sud, comme dans le nord, et les Canadiens restaient seuls pour se tirer daffaire. Je n'accepte pas la légende qui fait partir nos habitants pour s'en aller aux Illinois en 1760, mais je l'interprète dans le sens ci-dessus. Les innombrables papiers de 1775 à 1790 que M. AlYord nous réyèle font assez comprendre que l'occupation du "pays bas" remonte à la première moitié du XVIIIe siècle et que tout y était canadien.

Cependant, sur un point, c'était plutôt louisianais. Voici comment: en naatière de loi, tout reilevait de la ÎTouvelle- Orléans, mais la différence n'était pas grande, de sorte que l'on se retrouve facilement au milieu des actes des tribunaux et des notaires. A ce propos, disons qu'il se présente une double et curieuse observation dans l'écriture et la formule de ces pièces. L'orthographe est absolument fantaisiste, la plupart du temps elle ferait croire à l'ignorance presque absolue des auteurs, mais la rédaction est "en loi" et donne une excellente idée de l'intelligence de ceux qui écrivaient. En un mot, on croirait voir des grands seigneurs, avec tout leur mianque d'étude, se transformant en praticiens de bon aloi.

C'est pendant la guerre de la révolution américaine que ^nt datées les plus anciennes pièces de ces archives. Il a dû en exister antérieurement et peut-être seront-elles découvertes un jour. Jusque-là (1778) il ne paraît nullement que les Canadiens aient pris contact avec les Anglais ou les Américains. Ils se gouvernaient, depuis 1760, en république libre et indépendante.

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Vers 1778, le "pays bas'^ renfermait une popullation de mille âmes à peine, avec autant de nègres et de Sauvages domiciliés. Au nord, Cabokia avait trois cents blancs -et quatre-vingts noirs. Quinze lieues au sud, Saint-Philippe, qui avait possédé douze familles, n'en avait plus que trois. Au fort Chartres, c'était à peu près pareil. Trois milles à Fest, sous les grands coteaux, la Pirairie-du-Rocher avait une centaine de blianos et autant d'esclaves. Enfin, à l'extrémité sud, Kaskaskia montrait avec orgueil quatre-vingts maisons, cinq ^ents blancs, presque le miême nombre de nègres. Auprès des vi'Uages en question étaient cabanes de quatre à cinq cents Kaskaskias, Péorias, Mitchigamies (2) et Cahokias, qui vivaient misérablomn-et aux crochets des Canadiens.

A part le "pays bas", il existait d'ans la v^lée du Wabash deux posites importants: Ouiatanon et Vincennes — ce dernier aussi peuplé que toute la région décrite ci-dessus. Par la Wabash passait le commerce qui se faisait avec le Canada. De plus petits établissements étaient idispersés de ci de là: isur la rivière Ililinois, J.-B. Mailhet avait renouvelé à Péoria un ancien poste de traite ; sur la rivière Saint- J>oseph était le poste du même nom et un autre chez les Miamis sans compter les petits groupes de Oanadiens mêlés aux Sauvages pour faire la traite.

Le côté ouest du Mississipi appartenait à l'Espagne en 1778. On y voyait les villages canadiens de Saint-Louis et de Sainte-Geneviève, plus prospères que ceux du "pays bas".

A travers les prairies, les bois et les rivières, les "voyageurs", bravant la fatigue et la faim, s'en allaient trafiquer dans toutes les directions, puis, à mesure qu'ils rentraient au foyer domestique, ou lorsque tous étaiient à peu près réunis, suivant la saison, ils se donnaient (du bon temps. Une fête

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