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se faisaient concéder des terres en seigneuries mais ne les défrichaient ni ne les peuplaient. Tous s'étaient arrangés pour vivre ici des farines et des salaisons apportées de France chaque été par les navires de la traite. Loin d'engager des colons à les suivre, ils désiraient plutôt n'en pas voir dans le pays car, semblables aux marchands de bois qui, si longtemps, ont gardé le monopole du Saguenay, du Saint- Maurice et de l'Ottawa, leur froideur à l'égard de la colonisation paralysait absolument cette dernière. Ainsi, l'oeuvre principale était arrêtée la seconde année après ses débuts. Dès que la combinaison de 1636 fut mise en activité, il y eut abandon de tout ce qui pouvait donner naissance à une colonie ; cependant, il arrivait quelques familles chaque année. Xos historiens persistent néanmoins à dire que la colonie existait; le mot est trop grsiud pour la chose. Un' comptoir de traite ne sera jamais digne du nom de colonie, du moins dans le sens de pays établi et d'habitants vivant des produits du sol.
La compagnie Cheffault, Rosé, (S:c. recevant les bénéfices du trafic des fourrures, s'était obligée à recruter en France un certani nombre de cultivateurs et à entretenir une force armée suffisante pour intimider les Iroquois. Elle éluda le plus possible ces deux obligations.
En troisième lieu, elle devait pa3'er le salaire du gouverneur général et de ses deux ou trois commis, ce qu'elle faisait en rechignant, mais ce fut Inen pis lorsque les Jésuites, le? Ursulines et les Hospitalières se mirent à crier famine et qu'il fallut les nourrir ! L'enthousiasme que des personnes pieuses de France av?,ient d'abord manifesté en faveur des relideux et des reli;2:ieuses des missions sauvasses, s'était tourné ailleurs et la Compagnie des Habitants, chargée du pays, se
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voyait avec cett-e énorme famille sur les bras. La crise dura de 1640 à 1654 et même jusqu'à 1662.
N'oublions pa»s Jean-Paul Godefroy et E^né Eobineau de Bécancour, tous deux de Paris, qui vinrent s'adjoindre aux gentilshommes déjà mentionnés.
Pierre Le Gardeur de Eepentigny et Jean-Paul Godefroy virent les directeurs des Cent- Associés à Paris en 1644 et obtinrent de substituer à Oheffault, Rosé, &c., une compagnie dite des Habitants. (4) Voilà un mystère éelairci. Dorénavant, lorsque vous lirez dans les Relatioiis des Jésuites ou les lettres de la Mère de l'Incp»rnation, que les Habitants ont fait ceci ou cela, vous comprendrez qu'il ne s'agit nullement des vrais habitants.
Ces messieurs de la traite des pelleteries contractaient les mêmes obligations que leurs prédécesseurs ou anciens associés; — ils eurent bien le soin de ne les remplir que le moins possible et, sous le rapport de la colonisation, lettre morte !
Les six ou sept prétendus habit?«nts étaient apparentés de très proche. En éclairant ce pacte de famille, je vous indique comment le Canada était gouverné.
A Beauport, au Cap Eouge, aux Trois-Eivières s'étaient formés des petits étahlissements agricoles qui se tiraient d'£4ffaire sans 'être aidés ni par le roi, par les €ent-Associés, par Cheffault, Eosé, &c., ou par la 'Compagnie des six Habitants.
Vers 1650, les vrais habitants ne comptaient guère plus de cinq cents âmes, Montréal compris, et remarquez que ce
4. La compagnie Cheffault, Rosé, &c., abandonna san pouvoir (confirmé par 'un édit royal) moyennant une rente seigneuriale d'un mll'lier pesant de peaux de castors (abbé Ferland, Cours dViistoirc du Canada, tome I).
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dernier poste ne possédait pas un seul cultivateur. Autour de Québec et aux Trois-Eivières ces noyaux de colonies vivaient dans Tombre en tant que l'administration publique était concernée. Les mémoires du temps daignent à peine nous signaler leur existence. Sauf les alertes c?«usées par les maraudes des Iroquois, cette population était fort à son aise, ne manquant de rien grâce à ses cultures et à son industrie, La banqueroute des Ilahifants suivit de près les incursions iroquoises de 1652 et 1653, aussi tous ceux qui vivaient de la traite sont-ils remplis de lamentations sur ces événements. Ils écrivent en propres termes que le pays est ruiné — et nos historiens les ont crus. Je ne vois pas de quelle manière les colons cultivateurs, les seuls qui formaient le pays, pouvaient être la victime d\in état de chose qui ne les regardaient pas, sauf en ce qui touche à la guerre des Iroquois, comme il vient d'être dit, 'Ce ne sont pas les massa»cres des travailleurs des champs qui apitoyent les auteurs des Relations des Jésuites ou la Mère de Tlncarnation, c'est le désarroi de la compagnie de traite qui ne peut plus sustenter leurs maisons. "Le pays est à bas !'' mots sublimes d'indifférence envers ceux qui étaient le pays même dont on ne parle pas.
En 1654 ou 1655, les Cent- Associés reparurent pour réorganiser une autre compagnie, ce qui ne changea en rien l'état des cultivateurs.
L'abolition de ce système absurde n'eut lieu qu'en 1663, alors que Le Gardeur de Tilly, Leneuf du Hérisson, Leneuf de la Poterie, Jean-Paul Godefroy et Kobineau de Bécancour vivaient encore. Sous le nouverai régime de la liberté du commerce, ils poursuivirent le castor et l'orignal comme autrefois sans trop s'occuper de la culture des terres.