‹ Mélanges historiquesChapitre 37 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

AHBlVéB DB MON8EI0NBUR LE DUC DE BEliRY- EN FRANCE. VOYAGE DE CHERBOURG A PARIS.

A PEiifE le pavillon blanc arboré à Cherbourg ' avoit-il flotté dans les airs , que ce signal de paix en appela un autre. On aperçut en mer une frégate ayant aussi pavillon blanc : c'étoit

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la frégate tEurotas, qui conduisoit à Gaen Msr le duc deBeity ; mak ce prince , ayant découvert dans la rade de Cherbourg le drapeau sans tache , fît tourner, la proue vers la première terre de France* La ville de Cherbourg avoit envoyé une députation à Jersey , afin de prier M^' le duc de Berry de vouloir bien débarquer dans son port t le vaisseau çhai^gé de cette députation ne rencontra pas en mer VEu* roUum Les habitants et k garnison de Jersey s'étôient distingués par les marques de respect et d'amour qu'ils avoient données au Fils de France : à son départ de leur île, dix-huit cents coups de canon saluèrent le vaisseau qui portoit le prince dans sa patrie.

Le préfet lùaritime et les principales autorités de Cherbourg s'avancèrent en mer au devant de PEurotas. Ms* le duc de Berry les reçut sur son bord. UEurotas entra dans la rade au bruit des salves d'artillerie , et au milieu des navires pavoises. Le prince , descendu de la frégate angloise, passa à bord du vaisseau afmiral françois , qui recommençale salut militaire. Ensuite la chaloupe de l'amiral conduî* sit Mf le duc de Berry au fond du port royal.

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Elle ëtoit suivie d'une multitude. d'aotoes chaloupes et de petits bâtiments ^ qui portoient , avec la suite du prince, les premières antontés et les habitants les plus distingués de Ja lôlle. Les quais ëtoient couverts d'une feule immense qui faisoit retentir l'air des plus vives acclamations* Le ducdeBerry sauta à terre en.cnant : France ! La rëvoluticm vient de répqndre à œ cn«

Ms' le duc de Beny étoit accompagné des comtes de la Ferronnays y de Nantouillet , de Mesnard et de Qermont-Lodève. Le soir y la ville fut illuminée : Louis xvi avoit été reçu dans ce même port , créé par lui, avec Jes qfiêmes témoignages d'allégresse. Pour répcmdre aux transports de la joiepubhque, Ms'le duc de Berry fit relâcher six cents conscrits réfractaires y et remettre au capHaine de la frégate angloîse des prisonniers de sa nation. C'est ainsi qu'il délivra à Gaen d'autres prisonniers françois et espagnols : tout devenoit libre sur le passage d'un Bourbon.

Parti de Cherbourg , le prince s'arrêta quelques instants à Yalognes et à Saint-L6. Il fut complimenté auprès de Bayeux par le préfet

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du Calvados. €es villes croyoient revoir le bon connétable qui les fit rentrer autrefois sous l'autorité paternelle du sage Charles v. A Bàyeux, un militaire se présente au prince, et lui. dit : « Monseigneur me reconnoît-il ? »

C'étoitun soldat de l'armée de Conde* « Si je » vous reoonnoîs, répondit vivement le prince » en s'approchant de lui , et écartant ses che- » veux. Vous devez avoir au front la cicatrice » d'une blessure que je vous ai vu recevoir à » Walden. » Honneur au prince qui lit si bien sur le front le nom de ses serviteurs !

Un régiment dont l'esprit n'étoit pas encore changé passoit. dans les environs de Bayeux.

On conseilloit à Ms' le duc de Berry de l'éviter. Ce fut au contraire pour le prince une raison de marcher au devant de ces troupes* Il se présente aux soldats. « Vous êtes , leur dit- » il , le premier régiment françois que je ren-> » contre. Je Tiens au nom du roi recevoir )> votre serment de fidélité. » Les soldats crient : Fwe l'Empereur ! « Ce n'est rien , » dit le prince avec un sang froid admirable; » c'est le reste d'une vieille habitude. » il tire son épée , et crie : F'ive le roi ! Les soldats

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françois aiment le courage ; il répètent aussitôt : Vive le roi !

Le prince fut reçu à Gaen avec des démonstrations de joie extraordinaires. U assista au spectacle : on lui présenta sur le théâtre ^ après la pièce , les prisonniers qu'il avoit fait mettre en liberté. Ainsi , la première fois que M6' le duc de Berr y parut dans nos jeux publics , ce fut pour essuyer les larmes de quelques François , et la dernière fois pour y répandre son sang.

Le prince rencontra à Lisieux le brave général Bordesoulle à la tête de la cavalerie du premier corps de l'armée. A Rouen y il eut encore l'occasion d'admirer les débris de ces vieilles troupes échappées à tant de combats, et qui sembloient plutôt succomber sous le poids des victoires que sous celui des revers. MsT le duc de Berry s'avançoit vers Paris , entre deux haies de drapeaux blancs flottant sur les remparts et sur les clochers y aux portes des villes y aux fenêtres des châteaux, des maisons et des chaumières. Partout les rues étoient sablées , les murs ornés de tapisseries , de guirlandes et de fleurs-de-lis d'or ; partout

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les doches sonnoient y les canons tiroîent ; les Te Deum étoîent chantés y les cris de vive le roi ! vivent les Bourbons l se faisoîent entendre. Le prince ^ objet de ;tant d'amour , trayersoit avec rayôsement ces riches campagnes , ce beau pays de iFiance y cette terre natale qui lui e'toit plus inconnue .queJla terre de l'exil. Environné y pressé y porté pjv la ibi4e y il disoit y les lannes/d'attendri^sement 4$^^ les yeux : « Je n'en puis plus ; J'qd mouirai » peut-être, mais je mouigçiâ dejoie* » £st-ce de joie qu'il est moirt ?

Un détachement de gardes ^ obérai .^endoit M^^'le duc de Serry ^udcilà 4e Saint-Penls. Hélas ! nous l'avons .vu dernièrement passer ;sur ce chemin dans une tout autre pompe !

Le corps municipal , les maréchaux et les généraux le complimentèrent à la barrière* Monsieur attendoit son fils au château des Tuileries^ et le reçut dans ses bras. Tout étoît nouveau pour le jeune prince : Paris , ses jardins^ ses monuments ; et , parmi tant de François y cet étranger de notre façon ne cdnnoissoit que son père.

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