‹ Mélanges historiquesChapitre 55 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

monseigneur le duc de berrt est blessé a

l'opéra.

Cb n'est pas la première fois que le sang chrétien a coulé dans ces spectacles que PËglise appelle le petit Paganisme , dans ces jours gras consacrés au vieillard portant la faux \ C'est pour les fidèles une tradition des jeux de Tamphithéâtre , un héritage du martyre*

Le dimanche i3 février, Ms^ le duc et ^mt 1^ duchesse, de Berrj allèrent à l'Opéra , où les danses et les jeux étoient appropriés aux folies de ce temps de Tannée. Us profitèrent d'un entr'acte pour visiter ^ dans leur loge,

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Ms' le duc et M™« la duchesse d'Orléans. Mp" le duc de Berry caressa tous les enfants , et joua avec le petit duc de Chartres. Témoin de cette union des princes , le public applaudit à diverses reprises.

M™* la duchesse de Berry , en retournant à sa loge , fut heurtée par la porte d'une autre loge qui vint à s'ouvrir. Bientôt elle se trouva fatiguée ^ et voulut se retirer : il étoit onze heures moins quelques minutes. M^^ le duc de Berry la reconduisit à sa voiture ^ comptant rentrer ensuite au spectacle.

Le carrosse de M™* la duchesse de Berry s'étoit approché de la porte. Les hommes de garde étoient restés dans l'intérieur 3 depuis long-temps le prince ne souffroit pas qu'ils sortissent : un seul , en. faction^ présentoit les armes et toumoit le dos à la rue de B.iche]ieu. M. le comte de Ghoiseul^ aîde-de-camp de Monseigneur, étoit à la droite du factionnaire, au coin de la porte d'entrée , tournant le dos à la rue de Richelieu.

M. le comte de Mesnard, premier écuyer de ^me la duchesse de Berry, lui donna la main gauche pour monter dans son carrosse, ainsi

SUR LE DUC DE BERRT. igS

qu'à M™« la comtesse de Béthîzy : M.^ le duc de Berry leur donnoît la main droite* M* le comte de Clermont - Lodève / gentilhomme d'honneur du prince^ ëtoit derrière le prince^ attendant que Son Altesse Royale rentrât^ pour le suivre ou le précéder.

Alors un homme > venant du côté de la rue de Richelieu ; passe rapidement entre le fac* tionnaire et un valet de pied qui relevoit le marche-pied du carrosse. Il heurte ce dernier , se jette sur le prince, au moment où celuî-«ci , se retournant pour rentrer à FOpéra y disoit à ]^me la duchesse defierry : « Adieu, nous nous » reverrons bientôt, n L'assassin, appuyant la main gauche sur l'épaule gauche du prince , le ftappe de la main droite , au côté droit, un peu au dessous du sein. M. le comte de Choxseul, prenant ce misérable pour un homme qui en rencontre un autre en courant , le re* pousse en lui disant : a Prenez donc garde à n ce que tous faites. » Ce qu'il avoit fait étoit fait !

Poussé par l'assassin sur M. le comte de Mesnard , le prince porta la main sur le. côté où il n'avoit cru recevoir qu'une contusion j

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et tout à coup il dît : « Je suis assassine ! cet » homme m'a tuë !» — « Seriez-Tous blesse , 11 Monseigneur? » s'écrie le comte de Mesnard — £t le prince réplique d'une voix forte : a Je » suis mort, je suis mort je tiens le poignard ! » Au premier cri du prince , MM. de Clermont et de Choîseul, le factionnaire nommé Desbiez, un des valets de pied , plusieurs autres personnes avoient couru après l'assassin , qui s'étoit enfui par la me de Richelieu* M™® la duchesse de Berry , dont le carrosse n'étoit pas encore parti, entend la voix de son mari , et veut se précipiter par la portière qu'on entr'ouvre. M°*« la comtesse de Béthizj la retient par sa robe ; un des valets de pied l'arrête pour l'aider à descendre , mais elle , s'écriant : <c Laissez-moi , je vous ordonne de n me laisser , » s'élance , au péril de sa vie , par dessus le marche-pied de la voiture* Le prince s'efforçoit de lui dire de loin : « Ne » descendez pas ! » Suivie de M™^ la comtesse de Béthizj, elle court à Monseigneur que soutenoîent M* le comte de Mesnard , M* le comte de Glermont et plusieurs valets de pied. Le prince avoit retiré le couteau de son

seÎB y et l'avoit donné à M. de Mesnard , l'ami de son exU.

Dans le passage ou se tenoit la garde , il y avoît un banc ; on assît Mg^ le dac de Berrjr sur ce banc ^ la t^te appuyée contré le mur, et l'on ouvrît ses habîts pour découvrir la blessure* Elle rendoît beaucoup de sang.

Alors le prince dit de nouveau : (c Je sois » mort! un prêtre! venez, ma femme, que ]> je meure dans vos bras. » Une défaillance survint. La jeune princesse se précipita sur son mari , et dans un instant ses habits de fête furent couverts de sang.

L'assassin, déjà arrêté par un garçon de café, nommé Paulmîer , par le factionnaire Desbiez, chasseur au 4® régiment de la garde royale , et ensuite par les sieurs David , Lavigne et Boiand , gendarmes , avoit été amené à la porte oh. il avoit commis son crime. Les soldats Tentouroient ; il étoit à craindre qu'ils ne le massacrassent. M. le comte de Mesnard leur cria de ne pas le toucher. M. le comte de Germont donna l'ordre de le conduire au corps-de-garde , et l'y suivit. On le fouilla : on trouva sur lui un autre poignard aveq sa

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gsâne et la gaine da poignard laissé dans la blessure* 'Ces objets furent donnés à M. le comte de Glermont qui les remît à M. le comte de Mesnard.

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