Mélanges hyménoptérologiques. II. Vespides
(Communiqués a la Société de Physique et d’Uisluire naturelle de Genève, le 3 décembre 1863.)
VESP1DES
J’ai publié un premier fascicule de Mélanges lujménoplérologigues dans le lome XIV des Mémoires de cette Société. Depuis cette époque le cours imprévu des événements ma continuellement entraîné vers des recherches d’un autre ordre qui ont changé la direction de mes études et qui ont amené une longue interruption dans la publication de ces .Mélanges.
Aujourd’hui je profite de quelques nouveaux documents sur les Guépiaires pour en former un second fascicule et reprendre ainsi le fil interrompu de ce travail.
La plus grande partie des matériaux qui suivent a été puisée dans le Musée de Senkcnbcrg, où se trouve déposé le riche butin que le célébré voyageur Rüppcll a rapporté d’Abyssinie, ainsi que d’autres collections précieuses, dont >1. L. de Ileyden a bien voulu me confier la détermination. J’ai recueilli des notes non moins utiles, quoique moins nom- Tome xvi!, i re Partie. 22*
172 MÉLANGES UYMÈN0PTÉR0L0G1QUES.
breuses, dans la belle collection du I) r Siebel et dans celle du Musée de
Paris, dont quelques types ont dû être soumis à un nouvel examen.
Comme ce fascicule ne traite que des guêpes, il forme une sorte de supplément à mes Éludes sur la famille des Vespides
«. RÉVISION IHI GENRE «1 IVAGRES.
1° Ce genre paraît cire assez nombreux en espèces et, comme presque tous ses représentants se ressemblent intimement entre eux, ils sont fort difficiles à distinguer. Lorsque je publiai mes Éludes sur la famille des Vespides, le nombre des Synagris connus était encore fort limité; maintenant il s’est beaucoup accru, en sorte que les caractères sur lesquels j'avais d’abord cru pouvoir établir la diagnose des espèces ne sont plus suffisamment spéciaux pour les faire distinguer.
2° Si l’on excepte quelques espèces très-saillantes par leurs formes et leur livrée, les autres se ressemblent toutes au point de se confondre. Elles sont toutes d’un noir velouté, avec l’extrémité de l’abdomen orangé et les ailes d’un brun violet. Le chaperon et les antennes sont, ou d’un ferrugineux obscur, ou d’une couleur plus vive qui va jusqu’au jauneorangé. Presque toutes ont le postécusson et le mélalhorax construits sur le même plan : le postéeusson bidenté, le mélalhorax biépineux, (presque toutes ont aussi le métatliorax fortement strié on plissé). Il n’y a qu’une seule espèce connue qui fasse exception à ces caractères, dont nous sousentendons par conséquent l’existence, lorsque nous n’en faisons pas mention dans les diagnoses.
1 Voyez aussi les Mémoires suivants qui forment autant de suppléments à cel ouvrage :
Description de quelques nouvelles espèces de Vespides du Musée de Londres. ( Revue Zooî 1855.)
Note sur la famille des Vespides. {Ibid., 1858.)
Description de quelques Vespides nouveaux. {Annales delà Soc. Enlom. de France , 1857.)
Bemerkungen über die Gattung Vespa. {Enlom. Zcitung v. S tetlin, 1857.)
Sur divers Vespides asiatiques et africains du Musée de Leyden. {Ibid., 1862.)
Synopsis of American Wasps.
Il m0 FASCICl'LE. — SYNAGR1S.
3° Les seuls caractères appréciables qui nous ont paru séparer les espèces sont: a) la composition îles palpes maxillaires; b) la forme ilu chaperon; c) la forme des mandibules; il) la couleur du troisième segment abdominal, tantôt jaune, tantôt noire. Ce dernier caractère est probablement assez variable, et il ne demande aucune explication; mais les trois qui précèdent réclament quelques développements.
a) Pulpes maxillaires. Il est certainement fort curieux que la composition des palpes maxillaires puisse offrir de si grandes divergences chez des insectes qui se ressemblent à tel point qu’on n’arrive à les distinguer qu’au moyen de l’examen le plus minutieux. Ces organes possèdent en effet tantôt trois, tantôt quatre, tantôt cinq articles distincts. Il résulte de ces différences trois catégories d’espèces que l’on ne peut reconnaître que par la dissection de la bouche, car rien ne trahit, dans l’aspect extérieur des Synagris, à quelle catégorie elles appartiennent. Cette opération est du reste d’autant plus indispensable que les caractères extérieurs quelque peu appréciables, tels que la forme du chaperon et des mandibules, se répètent avec des formes plus ou moins similaires chez les espèces des trois catégories, en sorte qu’il est impossible de se fixer exactement sur l’identité de l’espèce tant qu’on ne s’est pas livré à l’examen consciencieux des organes buccaux.Toutefois, il n’est pas de rigueur de disséquer toutes les parties de la bouche; il suffit, le plus souvent, d’en extraire une mâchoire; mais il faut avoir soin de la coller sur un petit morceau de carton afin de pouvoir l'examiner à son aise au microscope, car la loupe donne toujours à ces petits organes des apparences trompeuses. Quand on croit pouvoir se passer de disséquer la bouche, et qu’on se contente d’en examiner les parties en place à la loupe, on commet presque toujours des erreurs sans s’en douter*.
Je me suis servi du caractère tiré du nombre des articles des palpes maxillaires pour l'établissement des subdivisions du genre, comme étant
‘ 1! est très-utile de piquer à l’épingle de Pinsecte la pelile carte qui porte la mâchoire bien étalée, afin de pouvoir à loisir comparer la bouche des diverses espèces, lorsqu’on les étudie comparativement entre elles.
174 MÜLANUF.S IIV M ÈXO IM'fiROFOG1Ql ES.
le plus naturel qu’on puisse choisir chez ces insectes dont la physionomie extérieure n’offre presque aucune diversité; mais cette méthode n’est pas sans inconvénients. En effet, lorsque les palpes ne possèdent que trois articles, ceux-ci sont aplatis, assez uniformes, et ils ont exactement la même apparence que les trois premiers articles chez plusieurs espèces qui eu possèdent quatre. Le troisième, en particulier, est tronqué obliquement à l'extrémité, ou ellilé, comme le sont les articles non terminaux, et nullement parabolique ou arrondi au bout comme les articles terminaux. 11 résulte de cette observation que, lorsqu'on ne découvre que trois articles à un palpe, il faut toujours craindre que le quatrième ne soit tombé. On ne saurait donc user de trop de précautions dans la dissection de la bouche des Synayris, ni examiner leurs palpes avec trop de soin. Lorsqu'on ne trouve que trois articles a la première mâchoire, il est bon d'extraire la seconde mâchoire, afin de s’assurer que ces organes ne possèdent bien que trois articles, et non un quatrième qui se serait détaché. La petitesse du quatrième article chez les espèces qui en possèdent plus de trois, et l’extrême ressemblance des trois premiers avec les trois articles des espèces qui n’en possèdent que trois, fait que l'on se demande si le quatrième article ifest pas sujet à tomber durant la vie de l’insecte, et si la division Antagris ne serait pas seulement basée sur des individus mutilés, ayant perdu leur quatrième article maxillaire. Malgré ce que cette supposition semble avoir de probable, il ne m'est cependant pas possible de l’adopter. En effet, chez certaines espèces bien fixées spécifiquement par le seul secours de la forme des mandibules, du chaperon, etc. (comme la S. cornuln, par exemple), je n’ai jamais trouvé aux palpes que trois articles, et j’en dois conclure que c’est bien là l’état normal de ces espèces, et point un état résultant de la chute naturelle ou accidentelle d'un quatrième article.
Chez les espèces dont les palpes sont composés de cinq articles, les articles tendent à s’allonger, à devenir cylindriques et à prendre une forme bien définie *. On marche vers le type des genres Odynerus et Rhynchium.
* Viiîe Sauss. Vespides 1, pl. V, fig 2 c, d; 3 6, etc.
ll me FASCICULE. — SYNAG1US.
Enfin, on rencontre des insectes chez qui le sixième article palpaire est développé, mais qui conservent encore le faciès et la livrée des Syuayns; rc sont là déjà des Wujnchium. (ïlhynchiums synagriformes : HL abyssinicum, œstuaus , fallax , Sichelii , etc.)
li) Le chaperon offre le caractère distinctif le plus facile à apprécier. Il a en général la forme d’une poire tronquée, mais il varie beaucoup; il est souvent très-allongé, comme les mandibules, et il sc termine en pointe tronquée ou arrondie. Chez les çf, il est d’autant plus long que les mandibules sont plus droites; chez les espèces à mandibules très-difformes, il est très-court et plus largement tronque (5. calida, Sichelii ). Cette pièce n’a pas la même forme dans les deux sexes: elle est plus allongée, moins tronquée chez les Ç, mais elle n’est jamais cordiforme, courte, rugueuse et terminée en pointe, comme chez le> Jlhynchium.
c) Mandibules. Ces organes sont (rès-allongés chez les Synayris. Dans presque toutes les espèces {S. cornuta excepté) ils sont un peu arqués, à convexité antérieure; par leur réunion, ils forment un long bec, et leur bord interne est en général marqué de trois coches ou tissures. Telle est la forme constante chez les femelles, et cette forme se rencontre aussi accidentellement chez les mâles. Mais chez ces derniers, les mandibules affectent en général une configuration pins variée; le bord peut être lo • bulé, un peu denté, sans que la forme générale soit beaucoup altérée (tig. 3); d’autres fois, elles deviennent arquées en dehors et armées an bord interne de fortes dents (fig. 2, G, 12). Enfin elles sont parfois difformes, comme tordues; les deux opposantes sc réunissent comme deux arcs de cercle, et elles ne peuvent plus se rencontrer que par leur extrémité (fig. 1, 9).
On peut distinguer dans chaque mandibule de cette catégorie trois portions distinctes ( vide lig. 1, b } m, t) : 1° le tiers basilaire, qui est dilaté; 2° le tiers moyen, qui est arqué, parfois cylindrique lorsqu’il devient très-arqué (fig. 1), parfois armé de dents (fig. 12); 3° le tiers terminal, par lequel se joignent les deux mandibules. Ces trois portions, Tome wii, l re Partie. 23
î 7f) MfcLANT.ES HV.Mfc.NOI'll-llOUXilQlES.
snrloul distinctes dans les niiindibules lrès-arenées, sonl toujours appréciables, meme lorsque la mandibule est presque droite (fi". 10).
Le bord interne olTre : Au premier tiers, une sorte de lobule basilaire, lisse et tordu, plus ou moins développé (lig. 1, 0, 10, /), et qui passe derrière le cbaperou en emboîtant ses bords laléro-inférienrs.
An second tiers, tantôt une concavité, tantôt une on deux dents (lig. ô, d, d') dont la principale émane d’un bourrelet antérieur.
Au troisième, un bord droit marqué de une ou deux coches (fi". 1,2, 5, G, 10, 12), et rarement lobule (lig. 0).
Le bord externe on postérieur est en général entier, mais quelquefois sa portion basilaire est un peu excisée (un peu moins saillante que le reste), ce qui donne lieu à une sorte de dent située avant le milieu de la longueur (fig. 5, c).
Tant chez les males que chez les femelles, on remarque dans la base de la face externe des mandibules une fossette articulaire; ces organes sonl de plus parcourus dans toute leur longueur par un fort sillon qui part de l’angle basilaire antérieur et qui s’étend jusqu’à l'extrémité. Lorsque la forme de la mandibule est la normale (comme chez les Q), le bord interne est lainellcux, et la marge lamellense est bordée par une carène arquée, submarginale, qui forme un angle arrondi au point de séparation de la première et de la deuxième portion, la première portion étant échancréc pour emboîter le chaperon.
1° Importance relative des sexes. Nous avons vu que les milles offrent, dans leurs mandibules, un caractère de plus que les femelles, chez qui ces organes sont toujours simples. Aussi, contrairement à ce qui s’observe chez les autres Vespides, le sexe çf est ici le sexe typique de l’espèce, et non le sexe 9 comme chez les Hyménoptères en général.
5° D’après ce qui précède, la majorité des espèces ne se distinguant pas par la livrée, il n’est pas possible de rapporter, par la couleur, les femelles à leurs males respectifs. D’autre part, les deux sexes d’une même espèce diffèrent par la forme du chaperon, et, les formes caractéristiques que présentent les mandibules des mâles ne se représentant pas chez
Il me PASCICI'LK. — SYXAGK1S. ITT
le> femelles, il n’existe niicnn moyen positif de reconnaître quelles sont les femelles et les males qui rentrent dans les memes espèces.
On ne peut donc rapporter les Ç à leurs q* respectifs qu’au moyeu de tâtonnements incertains, en cherchant, autant que possible, à rapprocher les formes analogues. Ainsi, par exemple, on pourrait envisager la S. cowhusia (9) comme la femelle de la S. calida (q*), parce que le chaperon de l’une et de l'autre se terminent par une fossette. Mais on ne pourra arriver a des résultats quelque peu certains, dans ces rapprochements, que lorsqu’on possédera de grandes séries d’individus représentant les espèces propres à chaque contrée, et, pour le moment, je suis obligé d’envisager les femelles et les mâles comme des espèces différentes, de peur de procéder à des rapprochements erronés.
fj° La difficulté de distinguer les Sgnagris est augmentée par le fait que les mêmes espèces semblent être répandues sur tout le continent africain et se rencontrer simultanément au Sénégal, eu Abyssinie, an Gap de Bonne-Espérance. Mais, bien que les individus tirés de ces régions si éloignées les unes des autres ne semblent pas pouvoir se distinguer, on conserve toujours un certain doute sur leur identité spécifique en voyant la faiblesse des différences qui régnent entre certaines espèces bien établies.
7° Distribution géographique. Les Sgnagris paraissent être, dos insectes purement africains. Si nous exceptons la S. Spinolœ, qui n’est pas une vraie Synagre, nous trouverons que ce genre est même exclusivement africain. Il ne parait cependant pas se rencontrer sur la cote nord de l’Afrique, ni en Égypte, mais, en dehors de cette zone, il est répandu sur tout le continent, et il s’étend du Cap de Bonne-Espérance jusqu'au Sénégal et en Abyssinie.
8° Rapports et différences. Nous avons vu que la S. eormUa constitue le type spécial du genre; que toutes les autres espèces ont leurs mandibules construites sur le même modèle que les Rhqnchinm, mais plus allongées. Nous avons observé une suite de. transitions dans les palpes maxillaires, conduisant par degrés de la S. corniüa aux Kltynchium, ces
MftLAXGES 11V XI ÉXOI» T fi HO LOGIQ U ES.
organes offrant d’abord trois, puis quatre, puis cinq articles. Enfin, la gradation se continuant, le type des Synagris prend un sixième article maxillaire et forme ainsi des Rhynchium. Les lïhyndnum de cette categorie ont encore toutes les formes, le faciès, meme la livrée des Synagris, mais leurs mandibules sont plus courtes, plus cannelées, et le chaperon est plus cordiforme. La transition des Synagris aux Lhynclmmi est rendue encore plus douce par le fait (pie la Synagris carinata prend déjà des mandibules courtes et un chaperon bombé, et sert de type transitoire parfait. Enfin la languette do la lèvre suit une gradation analogue aux mandibules; elle se raccourcit dans une mesure plus grande encore que ces dernières.
Les Rhynchium à forme synagroïde constituent, notre division Anlerhxjnchium \ Ils ont encore l’abdomen ovoïde, non conique, le métathorax arrondi, et des couleurs de Synagris. Us forment un groupe intermédiaire entre les Synagris et les vrais Rhynchium . Il y a donc une chaîne non interrompue delà Synagris cornu ta (vrais Synagris ) an Rhxjnchium ocnlatum (vrais Rhynchium ), dans laquelle on ne pont tailler que des genres artificiels.
Les Synagris ont aussi des rapports avec les Monobia et les Monte zumia,\ n le nombre réduit de leurs articles palpaires, mais ils sont bien distincts de ces genres américains par l'extrême allongement des organes buccaux.
0° Espèces correspondantes. Le parallélisme qui règne entre les Synagris et les Antcrhynchium est très-frappant. Chez ces derniers, on rctrouve absolument le même faciès, le même aspect velouté, la même livrée noire avec l’extrémité de l’abdomen orangée. Mais ce qui est surtout frappant, c’est de voir le type de livrée si rare de la Synagris œsiuans (roux avec taches blanches) se reproduire parmi les Antcrhynchium dans le RL ivstuans . Nous avons indiqué ailleurs les conclusions qu’on peut tirer de ces types correspondants \
1 Saussure, Éludes, Vespides I, I re division, p. 103; III, I" subdivisiou, p. 175.— Voyez plus bas les Wnjnctiium.
* Voyez: Sauss. et Siebel, Catalogue des espèces du geure Scolia, page 57.
Il" 10 FASCICULE. — SYNAGRIS.
Tableau synoptique des espèces 1
1. Mélatliornx biépineux ; poslecusson non bidenté; mandibules droites; slylifornics, livrée va-
riée : — cornuta.
2. Mélathorax biépineux ; postécussnn bidenté ; mandibules un peu arquées, striées.
A. Livrée variée de roux, noir, avec ladies blanches, ailes peu foncées — œslunns, Huberti. IL Livrée d'un noir velouté avec, l'extrémité de l’abdomen jaune ou blanc , ailes foncées.
a. Extrémité de l'abdomen blanc : — mirabilis.
b. Extrémité de l'abdomen orangé.
a Segments 1-3 noirs ; les suivants orangés: — calula ; — Siclttliauu ; — capitata ; spinosusculu ; bcllirosa; — Abyssinin ; — minuta; — tetramaria ; — pentameria; — dentata; — œquatonalis ; — fervida ; — œlhiopica; — Uilppelliana ; — fera.r.
.5. Segments 1-2 seuls noirs, les suivants orangés en tout ou en partie : — xuuthura; — Iieydeniana ; — cmarginata ; — analis ; — muxUlosa ; — dubia ; — abdominalis .
3. Métalliorax inerme; postécusson n’étant pas bidenté; mandibules un peu arquées, plus
courtes. — carinata.