‹ Mélanges inédits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 10 sur 118 · HISTOIRE DES MANUSCRITS XVU · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES MANUSCRITS XVU

ne peut s'adresser ailleurs. Il est malheureux que mon dernier séjour à Paris ait justement eu lieu pendant la maladie de M. de Secondât, qui expira le lendemain de mon arrivée à Bordeaux. Lorsque je pris congé de lui, il me tira à l'écart et me dit qu'il auroit, à mon retour, bien des choses et des papiers à me confier. Je lui répondis que je le devinois, et qu'en effet il étoit important que certain dépôt de succession fût précieusement conservé et ne passât pas à des mains barbares. En un mot, je regrette infiniment que ces manuscrits soient actuellement aussi aventurés : car ils sont en grand nombre, et il y en a de précieux. Je crois être, dans ce moment, le seul homme qui les connoisse, et en détail : car le petit- fils de Montesquieu, actuellement absent, ne lésa jamais lus. Voici ce que ma mémoire me fournit bien distinctement :

> 1*=* Relation des voyages en Italie, Hongrie, Allemagne, etc., en deux volumes in-folio. L'auteur y a particulièrement considéré les gouvernemens, quelques singularités de la législation; et on y trouve quelquefois des anecdotes intéressantes qui ont trait au voyageur.

» 2° Deux gros volumes in-^P intitulés : Aies Pensées, Ils sont entièrement de la main de Montesquieu. Ces pensées roulent sur tous les sujets. Tantôt, c'est une idée ou singulière ou profonde, dont il a même quelquefois fait usage dans V Esprit des Lois. Tantôt, c'est une anecdote qu'il vouloit ne pas oublier. Tantôt, un bruit plaisant oa satyrique contre des courtisans, des femmes célèbre?, des auteurs qu'il

XVIIl INTRODUCTION

connoissoit — et qui ne connoissoit-il pas? Ce recueil, qui commence vers 1740, ne finit que six mois avant sa mort. C'est de tous les manuscrits celui qui auroit exigé le plus de goût et de prudence dans l'extrait à publier.

> 3° Un deuxième volume des Lettres Persanes faisant suite aux lettres connexes. Ce second volume, au reste, auroit été assez mince, car il n'jauroit guères compris qu'une quarantaine *de lettres.

> 4° Un petit traité intitulé : Le Prince y non en forme de roman comme Arsacey mais presque tout en maximes.

> 5° Un recueil de lettres ultro citroque. On sent que les siennes, qui sont moins nombreuses, n'existent qu'en brouillon. Quant aux réponses en original, il y en a du roi de Prusse, du roi de Pologne, de cardinaux, de ministres, de savans jurisconsultes, de gens de lettres, de femmes, etc.

» 6^ Un recueil de plusieurs gros volumes in -4** intitulé : Matériaux de V^ Esprit des Loix^. Des publicistes, hommes de génie, auroient pu en tirer grand parti pour l'explication de certains passages que l'extrême concision de Montesquieu et sa disposition habituelle à sauter à pieds joints les intermédiaires ont rendus assez obscurs. Quelquefois, un chapitre de quelques lignes, tel que celui qui a pour titre : Idée du Despotisme (et tant d'autres), trouveroit ici son développement, son commentaire, ses preuves, soit dans le chapitre lui-même de plusieurs pages, tel que l'auteur l'avoit d'abord dicté, soit dans les extraits de divers auteurs, qui s'y rapportoient, et

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