‹ Mélanges inédits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 31 sur 118 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Nous réunissons dans ce volume douze opuscules de Montesquieu, en y joignant la critique faite du troisième par un ami de Pauteur. Ces douze opuscules diffèrent singulièrement par le fond et par la forme. Quelques-uns sont visiblement achevés. D'autres, au contraire, et non les moins curieux (il nous semble), ne se présentent qu'à Tétat d'ébauches ou de simples matériaux, débris d'ouvrages plus étendus, dont le Président avait détaché et utilisé ailleurs certaines parties, et dont il comptait recomposer le reste. Aux discours académiques et aux traités scientifiques, se mêlent, dans notre recueil, des œuvres de pure imagination, tels que conte, dialogue ou lettres, et des mémoires d'affaires sur des questions d'intérêt particulier ou général. Les sujets de ces divers morceaux touchent à la littérature, à la morale, à la philosophie, à la politique, à l'histoire, à l'administration et à l'économie politique.

Mais, dans tous ou presque tous, on retrouve les préoccii- 1

pations et la méthode connues de Montesquieu, ainsi que

ses idées fondamentales, exprimées parfois avec plus de ^

liberté que dans ses œuvres classiques.

Les lecteurs familiers avec les Lettres persanes, les Considérations sur les,,, Romains et V Esprit des Lois, feront sans peine des rapprochements qui s'imposent. Nous leur laisserons même le plaisir de relever ce qu'il y a de nouveau dans le Montesquieu que nous font connaître les mémoires Sur la Constitution et Sur les Dettes de VÉtat.

XLVl PRÉFACE

Il nous suffira, quant à nous, de décrire ici les manuscrits que nous publions, en cherchant à fixer autant que possible Tépoque où furent rédigées les œuvres qu'ils nous ont conservées.

Si nous avions eu les éléments nécessaires pour dater les douze opuscules, nous les aurions rangés tous dans Tordre chronologique. Mais ces éléments nous manquent. Aussi adoptons -nous un certain ordre des matières, ordre que nous allons suivre, sans prétendre à une rigueur absolue. De la littérature, nous passerons aux théories abstraites, et, des théories, aux considérations historiques et pratiques. On ne s'étonnera point, en lisant le Discours sur Cicéron, que cette œuvre de jeunesse soit placée au nombre et en tête des œuvres littéraires.

Les manuscrits dont nous disposons sont, les uns, de la main de Montesquieu, les autres, de la main de secré. taires ou de copistes. Nous les avons reproduits également mot pour mot. A peine nous sommes-nous permis de corriger ou d'intercaler dans le texte quelques particules omises ou défigurées par une distraction évidente de l'écrivain. L'important pour le lecteur est d'avoir du Montesquieu authentique. Nous aimons mieux, pour notre part, encourir le reproche de respect servile que celui d'outrecuidance.

Toutefois, quant à l'orthographe, souvent incorrecte et parfois fantasque, de nos manuscrits, nous n'avons pas cru devoir la conserver. Elle eût inutilement dérouté le public. Nous signalerons seulement que l'illustre président au Parlement de Bordeaux gasconnait en écrivant, comme en parlant. Il mettait, par exemple : hureux, au lieu de : heureux, ou : oiier^ au lieu de : ôier. Au point de vue de ses habitudes de langage, le manuscrit des Remarques sur certaines Objections présente même un intérêt tout spécial. Le secrétaire auquel fut dicté ce travail (qui n'est qu'une sorte de monologue) semble avoir noté fidèlement les intonations de Tauteur. C'est ainsi qu'il écrit dès (avec un accent) ttdupourde. Comme les phonographes modernes,

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