‹ Mélanges inédits de MontesquieuChapitre 100 sur 150 · MÉMOIRE SUR LA CONSTITUTJCN · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LA CONSTITUTJCN

lique pourroit-elle approuver ce qui, par ses principes, excluroit nécessairement du salut?

La tolérance extérieure dérive d'un autre principe; de sorte que le prince qui a établi dans ses

5 états une tolérance extérieure et les sujets catholiques qui vivent dans un état sous les loix de la tolérance extérieure ne peuvent pas pour cela être soupçonnés, ni se soupçonner eux-mêmes d'avoir cette tolérance intérieure approuvée (sic) par la

lo religion catholique.

Quand un prince catholique dit qu'il n'a point et 1 ne veut qu'on ait de tolérance intérieure, c'est comme s'il disoit : < Je ne puis approuver intérieurement aucune secte dans mes états, parce qu'il

15 n'y a que 1^ religion catholique qui sauve; et, si je croyois autrement, je ne serois point Catholique. » Quand il a la tolérance extérieure, c'est comme s'il disoit : «Je suis établi de Dieu pour maintenir dans mes états la paix; pour empêcher les assassinats,

20 les meurtres, les rapines; pour que mes sujets ne s'exterminent pas les uns les autres; pour qu'ils vivent tranquilles : il faut donc que mes loix soient telles, dans des (sic) certaines circonstances, qu'elles ne s'écartent pas de cet objet. Ma conscience me dit

25 de ne point approuver intérieurement ceux qui ne pensent pas comme moi; mais ma conscience me dit aussi qu'il y a des cas où il est de mon devoir de les tolérer extérieurement.

Ce n'est point toujours en conformité du principe

30 théologique, lequel je crois, que mes loix doivent r. [Entre les lignes: ]... ni.

être faites; mais il y a des cas où elles doivent être faites en conformité des principes des loix politiques sur lesquelles tous les gouvernements sont fondés.

Le salut de l'État est la suprême loi. Ainsi, quoique nos rois, jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, 5 eussent donné aux Huguenots la tolérance extérieure, on ne peut pas dire qu'ils ne fussent pas très bons Catholiques, ni qu'ils eussent pour les Huguenots une tolérance intérieure; et on ne peut pas dire non plus que les princes catholiques d'Al- 10 lemagne aient cessé d'être Catholiques parce que, par le traité de Westphalie, ils établirent entre les Catholiques, les Calvinistes et [les] Luthériens une tolérance extérieure. On ne peut pas dire non plus que l'Espagne et le Portugal soient plus catholiques 15 que l'Italie et la France, parce que l'Espagne et le Portugal n'ont point de tolérance extérieure pour les Juifs, et que les loix de l'Italie et de France leur accordent cette tolérance; car l'Italie et la France n'ont pas plus la tolérance intérieure pour les Juifs 20 que l'Espagne et le Portugal.

Personne, sur la Terre, ne peut nier cette grande distinction, à moins qu'on ne veuille que les princes ne sont (sic) pas princes, et qu'ils n'ont (sic) pas été établis de Dieu pour maintenir la paix parmi leurs 25 sujets et faire tout ce qui peut contribuer aux biens de l'État et à sa conservation.

Ces principes étant une fois posés, les principaux embarras des disputes présentes tombent en grande partie; car il suit de là que, dans les disputes pré- 30 sentes, il n'arrivera jamais que le Prince puisse être

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