EN FACE DES ANGLAIS
26 avril 1884.
Les journaux discutent avec chaleur un incident qui s'est produit dernièrement au tribunal «le la Rivière-du- Loup devant M. le juge Henri Tasehereau.
Les journaux anglais prétendent que l'honorable juge a voulu forcer un témoin de langue anglaise à rendre »m témoignage en français.
Le fait, ainsi annoncé, est fort grave, et n'est pas m&me
vraisemblable. La version de l'incident donné par le Journal de Québec nous paraît bien plus croyable. Il s'agissait, paraît-il, d'un témoin qui avait servi d'interprète dans une affaire qu'on prétendait être entachée de fraude. Le président du tribunal a exigé que le témoin répétât en français ce qu'il avait dit en français à l'une des parties litigantes.
Cela nous semble juste et raisonnable, et si M. le juge Tascbereau n'a fait que cela il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
Quoi qu'il en soit, certains journaux anglais, le Shareholder, entre autres, ont tort de s'emporter comme ils le font et d'employer à l'adresse des Canadiens-français un langage ridiculement outrageant.
Le Monde et le Journal de Québec se moquent des colères du Shareholder, et certes ils ont raison. Mais nous voulons faire remarquer à nos confrères qu'une certaine école, qu'ils connaissent bien, qui se montre si fière, si hautaine même envers les Anglais quand il s'agit de questions politiques ou nationales, invoque constamment la crainte des protestants pour étouffer toute revendication énergique des droits de l'Eglise.
C'est une triste inconséquence que nous avons reprochée plusieurs fois déjà à l'école catholique libérale et que nous lui reprochons de nouveau à l'occasion de cet incident de la Rivière-du-Loup.
Autre exemple du peu de cas que nos catholiques libéraux font des Anglais... quand cela leur plaît.
Le projet de loi pour constituer la grande loterie nationale a donné lieu à d'assez longs débats devant la
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législature. Après avoir été plusieurs fois amendé, ce projet de loi a été voté par l'Assemblée législative à une forte majorité.
Sans partager le moins du monde les idées puritaines du Chronicle et d'autres feuilles anglaises au sujet des loteries, nous croyons sincèrement qu'une loterie, établie pour 25 ans, offre des dangers très réels, et nous regretterions de voir ce projet devenir loi.
Les protestants se montrent très exaspérés à l'endroit de ce bill, mais les promoteurs de l'entreprise et leurs amis se moquent des scrupules, réels ou affectés, de nos frères séparés. S'il s'agissait de défendre les droits de l'Eglise, se montrerait-on aussi brave ?