DE LA " VÉRITÉ " LVII
effréné ; amour déréglé des plaisirs ; démoralisation des classes ouvrières de plus en plus travaillées par les sociétés internationales et suspectes ; organisation de la Ligue de l'enseignement et de l'Alliance française ; propagande très active de la franc-maçonnerie par le moyen de deux loges canadiennes-françaises, sans parler des autres ; et par-dessus tout le reste, puisque ce dernier mal peut engendrer tous les autres, l'esprit de parti 1 poussé au point d'aveugler complètement les catholiques, de les paralyser d'une façon désolante dans la revendication de leurs droits les plus sacrés : témoin, l'affaire des écoles manitobaines ; on ne saurait douter, je le répète, que toutes ces misères ne doivent être attribuées, en grande partie, selon la pensée de Léon XIII, à V empoisonnement par les journaux. Qui oserait dire que nous en serions là aujourd'hui si la presse catholique avait pu, avec l'aide et les encouragements de tous, remplir sérieusement son rôle parmi nous ? 2
1 — " Ils semblent être néanmoins dans le vrai ceux qui estiment que les plus grands maux furent causés par les factions des partis politiques, par les discordes intestines et les troubles des séditions populaires." — Encyclique de Léon XIII Pergrata Nobiê, du 14 septembre 1886.
2 — Entendons L'on XIII:
" On journal catholique dans une paroisse, c'est une mission perpétuelle. Que tous ceux qui désirent véritablement voir la Religion défendue par l'intelligence humaine et la littérature, et établie dans un état prospère, s'efforcent, par leur libéralité, de défendre et «le protéger la presse catholique; et que chacun, selon ses ressources, la supporte de son argent et de son influence : car à tous ceux qui consacrent leur temps à la presse catholique, il faut absolument apporter cette sorte de secours, sans quoi leur industrie n'aura aucun résultat ou n'aura que des résultats incertains et misérables."
Je saisis l'occasion pour montrer l'injustice d'une autre accusation.
Quelques-uns voudraient nous faire croire que, si, à l'heure qu'il
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C'était par là même indiquer le remède au mal. Je m'arrête ici : ce n'est pas que la matière soit épuisée. Je n'ai voulu dire que ce qui semblait plus nécessaire à
est, nous sommes à peu près sans presse catholique en ce pays, c'est uniquement dû à l'apathie et à un manque de zèle de la part de nos compatriotes. Ce mot uniquement est de trop : je n'admettrais pas, non plus, le mot principalement. Sans doute, même après de ferventes exhortations en faveur des bons journaux, même après avoir entendu louer la presse catholique comme ''• une œuvre pie " par Pie IX, et comme une défense absolument nécessaire à V Eglise, de nos jours, et que tous les vrais enfants de V Eglise devraient encourager, des indifférents se rencontreraient encore parmi nous. C'est le sort des meilleures œuvres, ici-bas, de rencontrer de l'indifférence, voire même de l'hostilité. Mais le zèle chez nos bonnes populations, généralement, surtout dans les classes instruites, plus capables d'ajiprécier l'importance du rôle de la bonne presse dans la société, ne manquerait pas ; et nos journaux catholiques ne seraient pas condamnés à vivoter ou à périr misérablement. A preuve, l'expérience du passé.
Ainsi, pour ne parler que de la ville et du district de Montréal, sur lesquels j'ai des renseignements plus complets, je puis dire que, d'après des informations puisées aux meilleures sources, les souscriptions versées par les catholiques de la ville et du district en question pour la fondation et le support de V Etendard pendant les dix années de son existence, se sont élevées à près de 100,000 (cent mille) piastres ou 500,000 francs. Avant lui, le Nouveau-Monde avait coûté presque autant ; et, après lui, vers 1895, la Croix, en 2 ou 3 ans, reçut en purs dons pas moins de 25,000 (vingt-cinq mille) piastres ou cent vingt-cinq mille francs.
A cela, pour se former quelque idée des sacrifices qu'ont faits nos concitoyens catholiques, il faudrait ajouter ce qui a été accompli pour la même cause sur divers autres points du pays ; il faudrait ajouter, en particulier, l'aide accordée à la Vérité ou à son directeur, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, aide se montant à plusieurs mille piastres, provenant en bonne partie des citoyens de la ville et du district de Montréal.
Jugez par là que serait la presse catholique parmi nous si l'appui moral que Pie IX et Léon XIII veulent qu'on lui accorde ne lui avait pas manqué !