DE LA " VÉRITÉ " XI
part de mon projet, je montai, à Saint-Roch, à des frais assez considérables, un atelier d'imprimerie générale.
Me voilà donc directeur, rédacteur en chef et administrateur du journal, et, par surcroît, chef d'imprimerie, tait une folle entreprise.
Heureusement, saint Joseph, qui a toujours été le véritable homme d'affaires de ]aVérité, me fit comprendre, à temps, qu'à vouloir conduire deux besognes à la fois je les gâcherais inévitablement toutes deux. Il m'inspira l'idée de me faire petit, au lieu de vouloir me faire grand. J'abandonnai donc, le plus tôt possible, mais non sans d'assez lourdes pertes, ma téméraire entreprise d'agran- •ment qui eût fini par m'entraînera la ruine complète ; et je résolus de m'ocjuper à l'avenir exclusivement du journal. Je transportai bureaux et ateliers à la maison que, grâce à la générosité d'autres amis, je venais d'acquérir sur les hauteurs de Sainte-Foye, près de la ville. J'installai la Vérité dans la cave et en fit une œuvre domestique, très modeste, mais solide.
Depuis le mois de février 1891 que la Vérité est ainsi domestiquée, tout va bien, sous le rapport matériel. Plus de crises financières périodiques, plus d'inquiétudes, plus de billets à négocier — les gérants de banque ne me consent seulement pas de vue — plus de créanciers à pacifier. Le journal durera nécessairement aussi longtemps que le bon Dieu me laissera la santé. Les coups de veut, les affaires montées, le mauvais vouloir de celui-ci ou de celui-là n'ont plus de prise sur la Vérité. Eu se faisant petite, et en se retirant dans une cave, fort convenable du reste, elle est à l'abri de toutes les intempéries.
Par contre, si la Vérité, dan- à l'abri des
tempêtes, l'air tranquille et parfois un peu humide qui l'enveloppe, l'empêchera toujours de grandir. Elle sera