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SERMON ET COMMUNIQUE

5 janvier 1884.

Jj' Evénement du 26 décembre contenait un communiqué contre lequel nous devons protester ; car s'il y a un temps pour se taire, il y a aussi un temps pour parler. Les choses en sont rendues au point où garder le silence est un acte de lâcheté.

Sous prétexte de résumer le sermon de M. le G. V. Légaré 2, l'auteur de ce communiqué répand les flots de fia haine hypocrite et perfide. Ecoutons-le :

" Les perturbateurs de la paix et de la tranquillité des consciences ont reçu là une leçon ou plutôt une mercuriale qui ferait rentrer sous terre les coupables, s'il leur restait encore un peu de vergogne. Le prédicateur ne les a pas désignés, mais nous les connaissons parfaitement, et il était absolument inutile de les désigner. Ceux qui, dans le banc d'œuvre et ailleurs dans l'enceinte sacrée, se sont épongé le front tout le temps qu'a duré le sermon, nous eussent bien intéressé s'ils nous eussent conté leurs impressions au sortir de la messe. Mais comme des prévaricateurs, ils se sont glissés hors de l'église par des portes

1 — Le Cercle catholique est tombé, bien des années plus tard, mais il n'a pas succombé sous les coups des adversaires du dehors. 2 — Voir appendice.

ou recueil d'études 69

latérales et des couloirs, sans nous donner la chance de les interroger. Il est vrai qu'ils avaient été, pendant une demi-heure, suffisamment mis à la question.

" Le prédicateur s'est demandé si les perturbateurs de l'ordre public avaient bien conscience de leurs actes, s'ils ignorent d'où émane l'autorité du pape et des évêques et quels sont les devoirs des brebis devant la houlette du pasteur. Il s'est demandé comment ils peuvent établir les accusations qu'ils osent porter à l'aveugle contre l'archevêque et les prêtres distingués par leur savoir, leur vertu et leur dévouement; comment ils pourront toucher du doigt un mal qui n'existe pas, comment ils pourront prouver ici l'existence du radicalisme français, du libéralisme belge et du protestantisme allemand."

Croit-on ramener la paix avec de pareilles injures? Croit-on faire œuvre de pacification en blessant ainsi la charité ? Croit-on être agréable à Dieu en calomniant ainsi son prochain ?

Ceux que le masque de V Evénement désigne comme perturbateurs de la paix, des prévaricateurs, sont des catholiques sincères et pratiquants. Tel qu'on semble viser plus particulièrement est un chrétien modèle *.

Parmi ces citoyens respectables qu'on veut ainsi flétrir devant tout un public, les uns n'ont absolument rien fait du tout, les autres n'ont fait que troubler la paix maçonnique et la tranquillité des consciences coupables.

l'on nous dise donc en quoi ceux que les souffleurs

de V Evénement veulent atteindre ont manqué au respect

dû à L'autorité '.' On ne peut rien préciser, on ne peut

.ruer aucun fait. Toujours des accusations et encore

des accusations, mais jamais une preuve.

1 — Le communiqué visait manifestement feu M. Ferdinand Ifamel, l'un des hommes les plus estimables de Québec.

Quand les catholiques visés dans ce communiste ont-ils porté publiquement des accusations contre l'Archevêque et des prêtres distingués? Quand ont-ils porté atteinte à l'autorité religieuse en l'attaquant devant le public ? Jamais.

S'ils ont eu à se plaindre de quelque dignitaire ecclésiastique, ils ont eu soin de ne porter leurs plaintes que devant un tribunal supérieur. De ce qu'ils ont pu dire au Pape, ils n'ont de compte à rendre à personne sur la terre.

Ah ! s'ils avaient fait comme ceux qui les vilipendent, ou pourrait les accuser, à bon droit, d'avoir porté une main sacrilège sur les oints du Seigneur.

S'ils avaient passé leur vie à miner l'autorité de Mgr Bourget, s'ils avaient remué ciel et terre pour le faire résigner, s'ils l'avaient calomnié et noirci, s'ils l'avaient traîné dans la boue, s'ils l'avaient couvert d'opprobre, s'ils l'avaient traité de fou jusque dans la Ville Eternelle, comme ont fait les pharisiens qui crient aujourd'hui au scandale ; s'ils avaient travaillé dans l'ombre pour ruiner ce saint évêque coupable d'avoir aimé l'Eglise et la Papauté, d'avoir combattu l'erreur libérale et l'esprit maçonnique ; s'ils s'étaient honteusement cachés pour lancer leurs traits empoisonnés, comme ont fait les hypocrites qui accusent maintenant d'insubordination ceux qui demandent une enquête canonique,c' est-à-dire une enquête faite au grand jour : s'ils avaient porté dans l'ombre des accusations calomniatrices contre tout un clergé, comme ont fait ceux qui parlent aujourd'hui de respect et de soumission ; s'ils avaient intrigué bassement et criminellement pour détruire la lettre pastorale du 22 septembre

1 >lsr Larlèche, évêque des Trois-Eivières.

ou recueil d'études 1

louée par Pie IX, comme ont fait ceux qui accusent en ce moment leur prochain de révolte contre le Saint-Siège ; si, pour abattre un autre évêque, 1 connu pour son ardeur rendre les droits de l'Eglise, ils avaient eu recours au sarcasme, au ridicule dans la presse, à la calomnie et finalement au /aux, comme a fait la coterie de Y Evénement ou ceux qui ont ses sympathies ! s'ils avaient fait toutes ces vilenies, on pourrait les anématiser. Mais jamais ils n'ont rien fait de semblable ; jamais on ne pourra les convaincre d'avoir manqué à leur devoir de catholiques sou mi 8.

Et leurs accusateurs, après avoir, dans les ténèbres, porté des coups perfides à l'autorité épiscopale, après avoir, tour à tour, cherché à compromettre et maudit les cardinaux, les congrégations et le Pape lui-même, après avoir mérité cent fois que la foudre du ciel tombât sur eux, s'en vont, comme le pharisien de l'Evangile, remercier le Seigneur de ce qu'ils ne sont pas comme ces '* perturbateurs de ht paix et de la tranquillité des consciences," qui, dans le banc d'oeuvre et ailleurs, s'épongent le front !

Vous parlez de respect pour l'autorité ecclésiastique à ceux qui ne se plaignent jamais d'un prêtre ou d'un évêque, si ce n'est à un tribunal supérieur. Mais que M. Chapleau, par exemple, fasse publiquement la leçon à tout l'épiscopat en proclamant que, par la déclaration demandant la modification de la loi électorale de manière à protéger les droits de l'Eglise, les évoques avaient sollicité une chose incompatible avec la paix publique ; que M. Chapleau régente ainsi les évêques devant le peuple ; que M. François Langelier nous donne le scandale de ses contestations d'élections pour influence indue; qu'à la

1 — M«r Laflèche, éfêque des Trois-Rivières.

Patrie on louange l'Institut-Canadien justement condamné par l'Ordinaire à cause de ses impiétés ; que de vrais scandales se produisent, que de véritables attentats contre l'autorité se commettent et vous êtes muets comme la tombe !

Vous n'avez de colère que pour les catholiques sincères qui vont à Rome !

Pharisiens !

Et au milieu de vos injures, de vos calomnies, vous trouvez le moyen de placer votre détestable libéralisme. Ecoutez encore l'auteur du communiqué :

" Dans une société mixte comme la nôtre, où les nationalités les plus diverses se rencontrent sur le terrain neutre d'intérêts matériels, où les sociétés secrètes interdites aux catholiques ont des représentants, la tolérance des uns envers les autres, la tolérance s'inspirant de V esprit de charité, est la garantie par excellence de la paix générale."

Sachez donc que la tolérance que vous prêchez là envers les sociétés secrètes s'inspire, non de l'esprit de charité, mais de la lâcheté la plus abjecte.

Et vous demandez ! " Où est le mal ? " Vous parlez des " laïques qui cherchent à usurper les droits et les pouvoirs " des évêques. Vous seriez bien en peine de prouver votre accusation contre ceux que vous visez. Et par un aveuglement étrange, vous tombez, à la fin de votre communiqué, dans la faute que vous reprochez aux autres. Vous dites :

" Nous sommes heureux de voir l'attitude virile, énergique et juste que le grand vicaire Légaré a prise.

" Elle devrait maintenant être appuyée a'actes aussi virils et aussi énergiques de la part de ceux qui ont, de droit divin, mission de nous diriger dans la voie de la sagesse et de la vertu."

ou recueil d'études 73

Est-ce que vous ne dictez pas à l'Archevêque la ligne de conduite qu'il doit suivre ? Est-ce que vous ne lui dites pas : Frappez ceux que M. Légaré vient de désigner, si vous voulez être considé comme un évêque viril et énergique ?

Voilà comment les geus qui s'opposent à toute enquête, qui fuient la lumière, veulent rétablir la paix ! Par des accusations sans preuves, par des mensonges, en prêtant aux autres leurs propres forfaits, et finalement en cherchant à forcer la main de l'Archevêque par des dénonciations violentes !

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