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M. TARTE ET LA FRANC-MAÇONNERIE

13 octobre 1883.

Sous ce titre : La vérité vraie, M- Tarte a publie dans le Canadien du 6 octobre l'article suivant :

" Comme nous l'avons dit, les curés ont reçu l'ordre de transmettre à leurs évêques respectifs le nombre des catholiques de leur paroisse, qui sont membres des loges maçonniques. Cette manière de procéder ne plaît pas à l'archiconfrérie des Castors, qui sentent que leurs exagérations sur ce point vont être dévoilées et mises à néant. Nous voudrions bien savoir quel mode ils seraient en état de proposer qui ferait mieux connaître la vérité vraie. Est-ce que le curé n'est pas, règle générale, celui qui connaît mieux ses paroissiens ? A moins que la " Castorerie " ne croie qu'il est urgent de faire des inquisitions sous la haute surveillance de messieurs Trudel, Tardivel, etc.

" Nous avons hâte de connaître, par exemple, combien il y a de francs- maçon s parmi les catholiques de l'archidiocèse de Québec. Il est ('vident que nous n'avons pas à nous occuper des protestants sur la religion desquels nous n'avons ni influence ni contrôle.

" Le temps est venu de parler avec des faits. Or les faits confondront les perturbateurs, mais ils neleurimpo-

seront pas silence. Ils continueront de voir des francsmaçons dans les airs et sous le sol que nous foulons.

" Personne ne condamne plus que nous la conduite des catholiques qui, contre les ordres formels de l'Eglise, deviennent membres des loges. Mais personne aussi ne désapprouve, plus que nous, la campagne de diffamation systématique poursuivie par des gens sans gouvernail, contre l'honneur de notre province et sa bonne renommée, contre la paix religieuse dont le Saint-Siège a si ardemment recommandé le rétablissement."

On se demande tout d'abord pourquoi M. Tarte fait intervenir les Castors dans cette affaire. Veut-il faire appel aux préjugés des francs-maçons contre ses adversaires politiques ? C'en a tout l'air, assurément.

M. Tarte ne peut donc plus traiter aucune question chrétiennement, au point de vue religieux ? Il faut qu'il mêle à tout ses haines politiques.

Cette question de franc-maçonnerie est pourtant un terrain où les catholiques sincères peuvent se rencontrer, s'unir, s'entendre. On peut différer d'opinion sur une question d'administration, sur la vente du chemin de fer, par exemple ; mais quand il s'agit de combattre la francmaçonnerie, tous ceux qui aiment réellement l'Eglise, qui acceptent sans arrière-pensée les enseignements du Saint-Siège, devraient être animés d'un même esprit et mettre de côté, pour un instant, leurs querelles purement politiques.

Que fait M. Tarte ? Sans aucune provocation de notre part ou de la part de M. Trudel, il recommence contre nous ses attaques insensées, il nous lance de nouvelles accusations qu'il n'appuie pas plus que les anciennes de l'ombre d'une preuve.

Après avoir crié sur les toits que V Etendard, la Vérité et le Journal des Trois- Rivières étaient en révolte contre le

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Sai ut-Siège, après avoir été réduit au silence sur ce point, le voilà qui reprend sa campagne contre nous sous une nouvelle forme.

Xous sommes accusés d'exagérations, de diffamation, nous troublons la paix. Tous ces cris-là les libéraux les ont proférés pendant des années contre M. Tarte, qui est si pauvre, malgré son " indépendance sous le rapport de la fortune," qu'il est obligé de ramasser les vieilles armes de ses anciens ennemis.

•us avons déjà mis M. Tarte au défi de fournir la preuve de ses accusations. Qu'il dise donc eu quoi nous avons exagéré, qui nous avons diffamé, et comment nous troublons la M paix religieuse."

Veut-il insinuer que nous travaillons contre la "paix religieuse" en combattant la franc-ma<onnerie? Voilà le vrai sens de ses paroles, ou bien elles ne signifient rien du tout. .Or ce sens comporte un véritable blasphème. Car, qu'on le remarque bien, nous n'avons point porté des accusations de franc-maçonnerie à tort et à travers ; nous n'avons pas accusé un tel et un tel d'être francs-maçons ; nous avons flétri l'œuvre et l'esprit maçonniques d'une manière générale, nous appuyant sur l'enseignement des papes ; nous avons combattu les idées maçonniques partout où nous les avons rencontrées.

Si nous sommes tombé dans l'erreur sur quelque point, que M. Tarte nous le fasse voir ; mais si nous n'avons fait qu'exposer la doctrine catholique, comment ose-t-il nous accuser de troubler la paix religieuse ?

Et quand avons-nous dit ou insinué que la manière de procéder de l'autorité ne nous plaît pas ? Jamais.

Kt quelle est cette manière de procéder ? Assurément, elle n'est pas celle que M. Tarte nous indique, car ce que le Canadien nous dit est tout simplement ridicule. " Les

curés ont reçu l'ordre de transmettre à leurs évêques respectifs le nombre de catholiques de leur paroisse qui sont membres des loges maçonniques." Tout comme s'il s'agissait de faire un relevé des mariages, des baptêmee et des sépultures dans chaque localité ! M. Tarte croit-il, en bonne vérité, que chaque curé a un registre où chaque franc-maçon vient inscrire son nom à côté des noms des membres de la Saint-Vincent de Paul ou de l'Archiconf ré rie ?

Mais le rédacteur du Courrier du Canada lui-même nous dit que les francs-maçons se cachent, et quand même notre savant confrère ne l'aurait pas dit, on s'en serait douté.

Naturellement, nous ne savons pas ce que les autorités religieuses jugent à propos de faire, mais il est évident que les curés n'ont pas pu recevoir un ordre de cette nature, car un tel ordre n'aurait pas de sens. Peut-être les prêtres ayant charge d'âmes ont-ils reçu l'ordre de s'enquérir des agissements de la franc-maçonnerie, de recueillir sur cette secte ténébreuse autant de renseignements que possible. Cela se peut très bien. Mais pour ne point nuire à ces recherches, les journaux auraient dû garder le silence et ne point donner l'éveil aux francsmaçons.

M. Tarte dit qu'il a hâte de connaître le nombre des francs-maçons *' parmi les catholiques de l'archidiocèse de Québec." Donc il ne le connaît pas encore. Ce qui ne l'empêche pas de dire, quelques lignes plus loin, que les faits confondront les perturbateurs ! Queh faits t M. Tarte est-il dans les secrets de la franc-maçonnerie pour connaître d'avance de tels faits f Ou prétend-il avoir mis le nez dans les archives de l'archevêché et d'y avoir vu et compulsé les réponses de tous les prêtres ?

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Et quel chiffre va-t-il falloir pour " confondre les pertubateurs ? " Quand la Vérité, par exemple, a-t-elle prétendu établir le nombre des francs-maçons dans le diocèse de Québec ? Elle a publié les condamnations des papes contre la franc-maçonnerie, elle a signalé les idées et les tendances maçonniques qui se manifestent parmi nous, elle a crié gare, à la suite de bien d'autres. Elle n'a fait que 6on devoir, et aucun fait ne peut la confondre. Elle continuera, non à voir des maçons en l'air ni sous le sol, mais à signaler leurs agissements dans la politique et surtout en matière d'enseignement.

M. Tarte a beau avoir hâte de connaître le nombre des francs-maçons dans le diocèse, il ne le connaîtra probablement jamais, car c'est une de oes choses qu'on ne peut guère savoir d'une manière précise, vu le secret dont les loges s'entourent.

A qui M. Tarte va-t-il s'adresser pour obtenir le renseignement après lequel il soupire si ardemment? Aux francs-maçons? Mais nous savons qu'ils ont juré de ne point révéler les secrets de la secte. Aux personnes en dehors des loges ? Mais comment peuvent-elles pénétrer dans les ténèbres de cette association ? C'est tout au plus si les -profanes parviennent, de temps à autre, à lever un petit coin du voile qui cache les agissements de la francmaçonnerie. Aux francs-maçons convertis? Mais qui va donner à M. Tarte l'assurance que ces francs-maçons sont sincèrement convertis? Et leur sincérité tût-elle prouvée, M. Tarte pourra-t-il les soustraire à la crainte d'encourir les vengeances des loges, s'ils dévoilent les secrets qui leur ont été confiés ?

Non, on ne lait pas un relevé exact du nombre des francs-maçons dans un pays où la franc-maçonnerie a

intérêt à se cacher ; mais on peut suivre les progrès des idées maçonniques et leB combattre. C'est ce que M. Tarte devrait faire, au lieu de nous accuser sans raison et sans preuves.

20 octobre 1883.

Dans Y Evénement, M. Tarte risque la terrible réponse que voici à l'article que nous avons consacré, la semaine dernière, au rédacteur du Canadien en sa qualité de protecteur de la franc-maçonnerie :

" Le premier desservant du Grand Vicaire à Québec dit sérieusement que' nous commettons un blasphème en livrant à la risée du public ses luttes à propos de la francmaçonnerie.

"Cardinal Tardivelli \ nous blasphémerons derechef : car il est sûr que vous serez encore ridicule."

M. Tarte nous a accusé de troubler la " paix religieuse " en attaquant la franc-maconnerie ; il a voulu mettre cette secte sous la protection du Saint- Père lui-même. Nous lui avons dit que son langage est blasphématoire, et nous le répétons.

M. Tarte dit qu'il livre à la " risée du public nos luttes à propos de la franc-maçonnerie." Il les y livre si peu qu'il n'ose pas citer honnêtement dix lignes de la Vérité ! Il accuse, il ne cite pas.

L'autre jour, M. Tarte disait que nous troublons la " paix religieuse " ; aujourd'hui, il affirme que nous sommes " ridicule," et que nous le serons encore.

1 — A cette époque, M. Tarte avait la détestable manie d'affubler ses adversaires de titres ecclésiastiques. M. Trudel, directeur de V Etendard, était le Grand Vicaire, M. Tardivel, son desservait jetait cardinal, etc.

Si nous troublons la" paix religieuse," nous ne sommes certainement pas ridicule, et si nous sommes ridicule, nous ne voyons guère comment nous pouvons troubler la " paix religieuse."

Un homme qui trouble la " paix religieuse " est méchant, non point ridicule.

Un homme ridicule, ne saurait, quoi qu'il fasse, troubler quoi que ce soit.

La preuve que nos luttes contre la franc-maçonnerie ne sont pas ridicules, c'est que certaine presse et certaine coterie jettent des cris de douleur ; et ces mêmes cris sont la preuve que nos luttes troublent, non point la paix religieuse, mais la paix maçonnique. Or, cette paix-là, nous voulons la troubler.

nous avions entrepris une lutte contre le mahométisme, croit-on que If. Tarte et ses souffleurs nous eussent accusé de " troubler la paix religieuse " ? Nous aurions été vraiment ridicule, attendu que cet isme ne nous menace pas ; et nos adversaires nous auraient laissé nous escrimer en paix contre ce danger imaginaire. Mais nous parlons de franc-maçonnerie, et aussitôt, dans un certain camp, on hurle. C'est que nous avons mis le doigt sur une plaie.

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