DE LA " VÉRITÉ " XV
bien débourser pour moi — car alors, comme aujourd'hui, je n'avais aucun fonds de réserve, — la somme de huit cents piastres, l pour un mot inexact, il est vrai, mais retiré aussitôt et qui, en réalité, représentait M. Sauvalle sous un jour trop favorable ! Sans la générosité de mes amis j'étais un homme ruiné. Huit cents piastres, c'était beaucoup plus que mon revenu annuel d'alors. Qui soutiendra qu'un tel jugement était proportionné à la faute 1
Et songez aux efforts d'esprit qu'il m'a fallu déployer, depuis lors, pour éviter de nouvelles poursuites, tout en menant un peu résolument la lutte.
À ce propos, qu'il me soit permis de faire une observation. La presse, en ce pays, peut se permettre de grandes licences. Elle bat en brèche, à peu près sans entrave de la part du pouvoir civil, la foi et les mœurs du peuple. Mais la véritable liberté de la presse n'est guère connue ici. Particulièrement à l'égard des personnes, le journaliste canadien se trouve dans une position très difficile. Il lui est loisible de faire une guerre acharnée aux principes fondamentaux de la société ; mais s'il a la maladresse de dire un mot de trop sur le compte d'un homme public, il se trouve aussitôt aux prises avec Dame Justice, et rien, on peut le dire, ne peut le sauver d'une condamnation.2
1 — Les frais auraient été encore bien plus élevés n'eût mon avocat, M. Gustave Lamothe, généreusement fait remise de tous ses honoraires.
2 — Au moment de corriger les épreuves de ce travail, je trouve dans la Presse, de Montréal, en date du 18 avril 1903, l'entrefilet Buivant qui dit bien ce qu'il faudrait pour donner aux journalistes un peu de saine liberté :
" La législature «l« l'Etat de New-York vient d'adopter une loi permettant aux éditeur* de journaux, dans les poursuites en libelle auxquelles ils sont si souvent exposés là4>as comme ici, de justifier