ÉTUDE SUR UNE COLLECTION CANONIQUE
DU XIe SIÈCLE PAR M. PAUL FOURNIER
Les dialogues De emendatione Gratiani, œuvre posthume de l’archevêque de Tarragone 1 Antoine Augustin, mentionnent fréquemment, parmi les anciennes collections canoniques dont l’auteur cite les textes, un recueil manuscrit invariablement désigné sous le nom de Liber Tarraconensis. Le jésuite Antoine Augustin, neveu de l’illustre canoniste, a donné sur ce manuscrit quelques informations, les seules qu’on ait possédées jusqu’ici 2. Grâce à lui, nous savons que le Liber Tarraconensis , offert à l’archevêque de Tarragone par un monastère de sa province, le couvent cistercien de Poblet (Populetum), contenait une collection canonique, divisée en six livres, qui comprenait beaucoup de décrétales des papes depuis les premiers temps de l’Église jusqu’à Grégoire VII.
Antoine Augustin avait libéralement communiqué les textes canoniques qu’il avait découverts aux membres de
1. Publiée pour la première t'ois en 1587, l’année qui suivit la mort d’Augustin ; puis avec des notes par Baluze, Paris, 1672; c’est cette édition qui sera citée au cours de cette étude.
2. On les trouvera au chapitre xxxm du traité De collectoribus canonum inséré en tête du tome II du Juris pontificii veteris epitome d’Antoine Augustin ; édition de Rome, 1614. Cf. De emendatione Gratiani, édition Baluze, p. 427.
P. FOURNIER. — LIBER TARRACONENSIS
la commission romaine chargée par Pie Y de reviser le texte du Decret de Gratien : c’est ainsi que plusieurs fragments contenus dans le manuscrit de Poblet furent connus à Rome dans le dernier quart du xvie siècle. Que les membres de la commission en aient fait usage, c’est ce que prouvent les mentions suivantes, insérées dans la liste publiée par eux en tète de l’édition du Décret donnée en 1582 :
Bonifacii Papæ Concilium, ex Hispania, ex vetusto codice monasterii Populeti.
Capitula aliquot Pontiflcum, ex eodem codice monasterii Populeti.
Peut-être est-il fait allusion à la même collection dans cette autre mention, assez vague :
Collectio decretorum Romanorum Pontiflcum, ab Augustino archiepiscopo Tarraconensi 1 .
En tous cas un point est certain : dans la seconde moitié du xvie siècle, des fragments tirés de la collection canonique contenue dans le manuscrit de Poblet, dit Liber Tarrciconensis , ont été connus et utilisés tant par Antoine Augustin que par les Correctores Romani.
Depuis lors cette collection paraît être tombée dans l’oubli. Blondel, l’auteur du Pseudo-Isidorus et Turrianus vapulantes, ne la connaît que de nom 2 ; Doujat ne possède que les renseignements fort maigres qui proviennent des ouvrages d’Antoine Augustin 3. Au xvme siècle, les Ballerini ne sont pas mieux informés 4 ; quant à Berardi, l’auteur de tant d’études critiques sur Gratien, il ne mentionne pas le Liber Tarraconensis 5. De nos jours les historiens du droit canonique les mieux informés, comme, par exemple,
1 . Voir aussi les notes des Correctores sur C. 16, Q. 1, c. 25 et C. 16, Q. 2, c. 1 . La première de ces notes montre Lien que les Correctores ne connaissaient que des copies prises sur le ms. de Tarragone.