‹ Mélanges Julien HavetChapitre 297 sur 567 · PAR M. CH. PETIT-DUTAILLIS · texte numérisé non relu

PAR M. CH. PETIT-DUTAILLIS

Nicole de la Haie, fdle de Richard de la Haie et de Maud de Vernon, naquit vers le milieu du xne siècle *. Richard mourut en 1169, sans postérité mâle; Nicole et ses deux

1. En 1215, Nicole de la Haie disait à Jean sans Terre qu’elle était très âgée : « Dixit quod esset magne etatis »(Rotuli hundred., Londres, 1812 1818, 2 vol. in-fol., t. I, p. 309). Nous verrons qu’elle se maria pour la seconde fois avant l’avènement de Richard Cœur de Lion. — Sur la famille de la Haie, v. Dugdale, Baronage of England, Londres, 1675-1676, 2 vol. in-fol. , t. I, p. 597-598. Comme le suppose Stapleton (Magni Rotuli Scacc. Normann., Londres, 1840-1844, 2 vol. in-8°; t. I, Index, p. cciv), il s’agit de la Haie du Puits, Manche, arr. de Coutances. M. de la Fontenelle a prétendu que le « cadet de la maison de la Haye » qui avait accompagné Guillaume le Conquérant en Angleterre était de la Haie en Touraine ( Coopérât . des Poit. à la conq. de l’Angl., dans Rev. Anglo-Fr., t. I, p. 39 ; t. Il, p. 229). Mais ce patriote poitevin, qui reproche aux érudits de « monopoliser » au profit des Normands la gloire d’avoir conquis l’Angleterre, ne fournit aucun argument sérieux pour appuyer son paradoxe. M. de Gerville a fait remarquer que Nicole de la Haie avait épousé Gérard de Camville et qu’il y a une localité du nom de Camville dans le canton de la Haie du Puits (Ane. chât. du dép. de la Manche, dans Mém. Soc. Antiq. Nonn., t. II, p. 188). Nous ajouterons que dans le Cartulaire de la léproserie de Bolleville (Bibl. Nat., Nouv. acq. fr. 4162, nos 1, 4, 6, 19, etc.) il y a de nombreux actes de donation des familles de Camville et de la Haie à cette léproserie, située près de la Haie du Puits. — Le lecteur curieux de détails généalogiques pourra les puiser dans le Baronage of England et dans les Indices des Recueils de textes qui seront cités plus bas. L’objet de ce Mémoire est de déterminer seulement le rôle politique joué par Nicole de la Haie.

CH. PETIT-DUT AILLIS . — NICOLE DE LA HAIE

sœurs héritèrent de lui les domaines qu'il possédait en Normandie et en Angleterre h Nicole eut de plus la garde et la coimétablie du château de Lincoln; ces fonctions, exercées déjà par son père et son aïeul 1 2, étaient d’autant plus importantes que le comté de Lincoln était vacant depuis la mort de Gilbert de Gant en 1156, et que ce château, réputé presque inexpugnable et situé sur le flanc d’une ville populeuse, commandait tout le pays 3 4 5.

Dans les dernières années du règne de Henri II, Nicole, qui avait perdu son premier mari, Guillaume Fils-Erneis h épousa le riche et noble Gérard de Camville, fils du fameux Richard de Camville, que Roger de Hoveden cite souvent dans son récit de la troisième croisade s. Gérard exerça avec sa femme la garde du château et acheta au roi le droit de surveiller tout le pays, sans doute à titre de vicomte 6. Richard Cœur de Lion, dès 1190, confirma aux deux époux leurs fonctions et leurs domaines 7.

Au commencement de l’année suivante, tandis que le roi se rendait en Terre Sainte, Gérard de Camviïle entra en lutte avec le régent d’Angleterre Guillaume de Longchamp, prit le

1. Robert de Torigni, Chronique, édit. Léop. Delisle, Rouen, 1872-1873, 2 vol. in-8° (Soc. hist. Norm.), t. II, p. 12. Voy. la note de M. Delisle sur les deux autres filles de Richard de la Haie.

2. Voy. une charte de Richard Cœur de Lion éditée dans YArchæologia , t. XXVII, p. 112; et Richard de Devizes, Chronicon de rébus geslis Ricardi I, édit. Stevenson, Londres, 1838, in-8°(Engl. historié. Soc.), p. 30.

3. John Gough Nichols, The descent, of the earldom of Lincoln, dans : Memoirs illustrative of the hist. and antiq. of the country and city of Lincoln (Londres, 1850, in-8°), p. 267 et suiv. — Edw. Ring, Observations on ancient castles, dans YArchæologia, t. VI, p. 261.

Page 1