‹ Mélanges Julien HavetChapitre 299 sur 567 · Archæologia, t. XXVII, p · texte numérisé non relu

Archæologia, t. XXVII, p

GARDIENNE DU CHATEAU DE LINCOLN

parti du futur Jean sans Terre, comte de Mortain, et lui fit hommage pour le château de Lincoln. Le régent conféra alors le titre de vicomte de Lincoln à Guillaume d’Estouteville et se mit immédiatement en route pour châtier la rébellion de Gérard. Celui-ci, laissant sa femme à Lincoln, était allé avec Jean mettre le siège devant les châteaux de Nottingham et de Tickhill. Nicole de la Haie, qui, nous dit le chroniqueur Richard de Devizes, n'avait rien des sentiments d’une femme, révéla alors son courage et se défendit virilement. Jean, devenu maître de Nottingham et de Tickhill, menaça de venir en personne secourir Nicole de la Haie; il produisait les éternels arguments des seigneurs anglo-normands contre la dynastie angevine : le régent , prétendait-il, n’avait point le droit d’enlever aux familles bien famées du royaume la garde des châteaux pour la remettre aux mains d’étrangers et d’inconnus. Guillaume de Longchamp céda et leva le siège; après une nouvelle tentative sur Lincoln, il finit par entrer en pourparlers avec le comte de Mortain à Winchester ; on connaît la suite : l’humiliation et la fuite du régent, le triomphe de Jean et de ses partisans. Mais en 1194, au retour de Richard Cœur de Lion, Gérard de Camville fut traduit devant la cour royale : il dut donner 2,000 marcs pour faire oublier sa trahison, et Nicole, de son côté, paya 300 marcs pour avoir le droit de marier sa fille à son gré b

La garde du château et du comté de Lincoln ne fut rendue aux deux époux qu’à l'avènement de Jean sans Terre, qui les combla d’honneurs et maria richement leur fils 1 2. Gérard de Camville mourut sans doute en 1214 3. Peu de

1. Richard de Devizes, p. 30 et suiv. — Guillaume de Newbury, p. 338 et suiv. — Hoveden, t. III, p. 134 et suiv., 241 et suiv. — Dugdale, t. I, p. 627 (d’après Rot. Pip. 6 Ricli. 1 , Lincoln) — Miss Kate Norgate, England under the Angevin Kings (Londres ,1887, 2 vol. in-8°), t. II, p. 298 et suiv.

2. Rotuli de liberale ac de misis et præstitis régnante Johanne, édit. Th, Duffus Hardy (Londres, 1844, in-8°), p. 43. Dugdale, loc. cit. (d’après Rot. Pip. I Joli., Lincoln). En 1200 Nicole donna 60 marcs seulement à Jean sans Terré pour que sa fille pût se marier librement. Voy. Rotuli de oblatiset finibus tempore regis J ohannis, édit. Th. Duffus Hardy (Londres, 1835, in-8°), p. 85.

3. Voyez une lettre du 12 janvier 1215 par laquelle Jean sans Terre livre à Richard, fils de Gérard de Camville et de Nicole, le château de Middleton,

CH. PETIT-DUTAILLIS. — NICOLE DE LA HAIE

temps après, Lincoln reçut la visite de Jean. Dame Nicole sortit du château pour lui remettre les clefs. « Je suis vieille, dit-elle au roi, j’ai subi dans ce château bien des fatigues et des angoisses, et je ne veux plus en éprouver de semblables. » — « Ma chère, lui répondit Jean sans Terre, je veux que vous gardiez encore ce château jusqu’à nouvel ordre, comme vous l’avez fait jusqu’ici h » Nicole de la Haie obéit et elle n’allait pas tarder à donner des preuves nouvelles de sa vaillance.

Au moment, en effet, où cette vieille femme acceptait le soin de garder l'iine des places les plus importantes du royaume, l’Angleterre était en pleine crise 2. Une grande partie des barons et des prélats anglais s’était soulevée pour mettre un terme à la tyrannie de la dynastie angevine. Le 15 juin 1215, Jean sans Terre accorda la Grande Charte, mais au bout de quelques semaines il viola ses promesses. L’immense majorité de la noblesse l’abandonna et appela Louis de France au trône. Au milieu de la débandade générale, Jean sans Terre ne garda guère auprès de lui pour diriger ses mercenaires que quelques aventuriers comme Fauquet de Bréauté, des Poitevins comme Hubert de Bourg, Pierre des Roches, Savari de Mauléon; les seigneurs anglo-normands qui lui restèrent fidèles peuvent aisément se compter et Nicole de la Haie fut de ce petit nombre.

Le titre de comte de Lincoln était convoité par Gilbert de Gant, l’un des rebelles, et par Renouf de Blondeville, qui resta fidèle à Jean sans Terre 3. Dès le mois de juin ou de juillet 1216, Louis de France investit Gilbert de Gant du titre qu’il désirait et l’envoya avec Robert de Roppesley dans le Lincolnshire ; ils soumirent le comté et en tirèrent un tribut,

héritage que Richard tient de son père, dans Rotuli litter. pat., édit. Duffus Hardy (Londres, 1835, in-folio), p. 127. La charte de Nicole de la Haie, qui est publiée dans le Monasticon Anglicanum (nouv. éd., t. VI, p. 1116) et qui se rapporte certainement à son second veuvage, n’est malheureusement pas datée.

Page 1