‹ Mélanges Julien HavetChapitre 381 sur 567 · Publié par M. Marcel Fournier, ibidem, p · texte numérisé non relu

Publié par M. Marcel Fournier, ibidem, p

8. Publié par le même, Les bibliothèques de l'Université et des collèges d’Avignon pour les étudiants en droit (Extrait de la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, janvier-février 1891), p. 6.

LABANDE. — UN LÉGISTE DU XIVe SIECLE

onze volumes et le second que cent quarante-sept. Il faut cependant reconnaître que, pour le commencement du xve siècle, c’était là une des plus belles collections d’ouvrages juridiques, et que bien peu de professeurs de droit pouvaient en montrer de semblable.

C’est justement cette générosité de Jean Allarmet, qui permet aujourd’hui de dévoiler un coin de sa vie jusqu’ici inconnu et de placer son nom parmi ceux des légistes du xive siècle, où personne encore n’avait songé à l’inscrire. La bibliothèque d’Avignon conserve, en effet, sous le n°766 de ses manuscrits, un volume qui a appartenu au collège d’Annecy, à qui il a été très probablement donné par l’auteur lui-même. Pourtant, on ne le trouve mentionné d’une façon explicite ni dans l’un ni dans l’autre des inventaires rédigés après la mort du cardinal, à moins que ce ne soit le Breviarium juris anonyme indiqué dans celui de 1427 1 ; peut-être même n’entra-t-il dans la librairie du collège que postérieurement à l’année 1435.

C’est un in-folio (440 X 300 millim.), dont la reliure est formée par deux épaisses planches recouvertes de peau chamoisée. Il contient 224 feuillets en papier; le premier, très mutilé, n’est plus représenté que par un fragment; l’ancien folio 2 est perdu; l’ancien folio 3 (aujourd’hui 146) a été placé par erreur entre les feuillets autrefois cotés 148 et 149. Dans les répertoires et catalogues, ce manuscrit avait été désigné sous la dénomination de « Commentaires sur le droit civil »; mais un examen plus approfondi m’a permis de reconnaître qu’on avait là un Breviarium juris, composé par Jean Allarmet lui-même, pour l’instruction d’Amé de Saluces 2, qui fut plus tard cardinal diacre de Sainte-Marie-la-N euve.

1. Voici comment il est désigné : « 61. Item, quidam liber sine postibus, copertus pelle rubea, intitulatus super ab extra : Breviarum juris ». Si c’est là le volume qui se retrouve aujourd’hui à la bibliothèque d’Avignon, il aurait été relié postérieurement à la donation du cardinal de Brogny : ce serait une raison qui expliquerait et la disparition de certains feuillets dont on ne retrouve plus de trace, et l’intercalation du fol. 3 entre les feuillets 148 et 149.

2. Amé de Saluces fut aussi un bienfaiteur de l’Université d’Avignon; on lit, en effet, dans Cadecombe, Nova disquisitio legalis de fructibus in hypn-

JEAN ALLARMET, CARDINAL DE BROGNY

Cet exemplaire ne représente pas cependant l’original même écrit de la main de l’auteur. C’en est seulement une copie, que celui-ci, sollicité par d’autres devoirs, a dû confier à un tiers. Mais le scribe, peu versé dans les questions de droit, peut-être aussi peu familiarisé avec la langue latine, a commis un assez grand nombre de fautes de transcription, « licet liaberet bonum exemplar scriptum manu mea », dit Jean Allarmet dans une note qu’il a ajoutée sur la marge supérieure du folio 139. Aussi ce dernier a-t-il commencé lui-même la révision de cette copie et a-t-il surchargé certaines pages d’annotations.

A quelle date fut composé ce traité de droit et à quelle époque fut-il révisé, c’est ce qu’il faut maintenant élucider.

Il est fort à regretter que les deux premiers feuillets de cet important manuscrit soient presque entièrement perdus. Ils contenaient, en effet, la préface de l’auteur, qui nous aurait probablement appris quand et dans quelles circonstances l’ouvrage fut rédigé L La note autographe, dont on lit quelques mots sur ce qui reste du folio 1 , nous renseigne très imparfaitement à cet égard. Elle a cependant le mérite de nous révéler d’une façon absolument certaine et le nom de l’auteur et le titre du traité : «... seu litteras continentem, ego, Johannes de Brogniaco, legum... professo-

tliecaria, p. 120 : « Anno 1419, Amaedeus cardinalis Salussiarum, suo ultimo testamento, legavit Universitati Avenionensi, in qua bachalaureatus gradum acceperat, medietatem suae bibliothecae consistentem in libris manuscriptis. » Son testament, du 21 juin 1419, a été publié en partie par M. Marcel Fournier, Les bibliothèques de l’Université et des collèges d'Avignon, p. 3, et Les statuts et privilèges des Universités françaises, t. II, p. 383; il donne le détail de quelques livres légués. J’y relève : « XXVIII libres cum suis repertoriis, qui fuerunt compilât! per dominum Egidium Bellemere, episcopum Avenionensem », intéressants à signaler ici à cause de leur auteur Gilles de Bellamera, évêque d’Avignon, contemporain de Jean Allarmet. C’est encore un juriste avignonais peu connu, auteur de nombreux ouvrages de droit. Cf. Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département, de Vaucluse -, t. 1, p. 160; Schulte, Geschichte des canonischen Rechts, t. II, p. 274. La date de sa mort est incertaine : Schulte la marque en 1392, Ul. Chevalier en 1406, Barjavel en 1409, de Véras ( op . cit., p. 18) en 1410.

1. On distingue à la fin de la première ligne de cette préface les mots : « zelator karusque », qui devaient s’appliquer à la personne qui recevait Ja dédicace.

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rum (sic), cum ab eo ad ejus curiam assump[tus fuerim

djeinde cardinalis et penitenciarius et tandem sancte Romane ecclesie vicecancellarius et secretarius, omnia officia

ab eo assecutus fuerim et istiid Breviarinm presen-

tavi *.»

Heureusement, les notes autographes qui surchargent le folio 146 (ancien folio 3), dans le but de compléter la fin de la préface, sont plus explicites. Yoici la plus importante, transcrite sur la marge supérieure : « Et prout Y. R. perbene novit et vidit, papiricias meas propria manu scriptas incepi combinare, dum vos essetis Amedeus de Saluciis et ego vobiscum, nec habui tempus examinandi lacius, sed eas tradidi scribendas cuidam, prout scitis, qui, non cognoscens interlineaturas, reddidit milii hune scriptum totum corruptum, quem examinassem, correxissem et addidissem ; sed assumptus in cubicularium domini nostri pape [et post factus Vivariensis episcopus]1 2, non feci usque modo nisi apperire hostia et dare operam servicio dominorum. Yos autem, qui nunc estis diaconus cardinalis, studendo poteritis addere vel detrahere et vobis ascribere, quia nichil hic proprie presumptioni ascribere volui, sed ut vobis darem studendi materiam... »

Il ressort donc clairement de ce passage, que Jean Allarmet a dédié son traité à Amé de Saluces, à l’instruction duquel il était destiné ; ensuite qu’il l’a écrit avant d’être cubicularius. Il est probable que c’est Clément VII, en montant sur le trône pontifical (1378), qui éleva son compatriote à cette dignité. Mais il l’avait composé très peu de temps auparavant, puisque ses nouvelles occupations ne lui donnèrent pas le loisir de recopier ses notes. D’autre part, l’auteur révisa son œuvre postérieurement à l’élévation d’Amé de Saluces au titre de cardinal diacre, c’est-à-dire, après le 23 décembre 1383, et il ne semble pas que lui-même ait déjà été revêtu de la pourpre cardinalice. Or, il fut compris

1. Un membre du collège d’Annecy a ajouté îi cette note, quelque temps après, la mention : « et fundator hujus dornus. »

2. Ces mots entre crochets font l’objet d’une autre note; un renvoi indique qu’ils doivent être placés ici.

JEAN ALLARMET, CARDINAL DE BROGNY

clans la promotion des cardinaux du 12 juillet 1385. La conclusion est donc que le Breviarium juris de Jean Allarmet, écrit peut-être pour la première fois un peu avant la date de 1378, fut révisé en l’année 1384 ou dans les premiers mois de 1385. Peut-être encore la dignité du cardinalat a-t-elle empêché l’auteur de terminer une révision, qui ne semble pas avoir porté sur l’ensemble du manuscrit.

Il n’entre pas dans mon sujet d’étudier ici en détail le Breviarium juris. Il est nécessaire cependant de dire qu’il se compose de deux parties : 1° droit civil; 2° droit canon. Étant donné le texte que nous possédons, le plan de Jean Allarmet ne paraît pas avoir été très rigoureux. Il débute, en effet, par des matières qui sont plutôt ecclésiastiques que civiles \ et c’est seulement au folio 3 que commencent les rubriques du droit romain1 2. Cinq livres se distinguent facilement dans cette première partie 3, mais le cinquième « De sponsalibus », est suivi sans aucune distinction des traités de la tutelle et des testaments; puis viennent le chapitre « De verborum signiffleatione 4 », l’étude de l’usufruit, des questions de succession, de propriété 5, de prescription 6 ;

1. Voici l’iocipit de la première partie : « De summa Trinitate et fide catholica. — Azo, in S[u]mma liujus tituli, quem per ordinem prosequar (in materiis, in quibus non reperio bene posse facere partes secundum Hostiensem), faciendo partes extra Summam quinque, facit III partes tantum. Prima, unde dicatur summa Trinitas, et hic posset queri de multiplici judicio Trinitatis... »

Voici les rubriques qui suivent : « De sacrosanctis ecclesiis » ; « De episcopis et clericis » ; « De episcopali audiencia » ; « De hereticis » ; « De scisma ticis »; « De apostaticis » ; « De hiis qui ad ecclesias confugiunt »; « De Judeis et cylicolis »; « De Serracinis »; « De servis Judeorum et Sarracinorum. »

2. « De legibus et constitutionibus. — Quia presens Breviarium de materia legali, priusquam redeam ad canones... » — Suivent les rubriques : « De constitutionibus » (fol. 4 v°); « De juris et faeti ignorantia » (fol. 5); « De precibus imperatoris » (fol. 6 v°) ; « De diversis rescriptis » (fol. 7); etc.

3. Le livre II commence au fol. 10 : « De edendo rubrica. — Edere dicitur multismodis... et hic faciam très rubricellas : primam de ediccione accionum, secundam de ediccione racionum, terciam de ediccione instrumentorum... » — Le livre III commence au fol. 51 v°, et a pour titre : « De judiciis. » — Le livre IV commence au fol. 67 v°: « Hic liber est de contractibus. » — Le livre V commence au fol. 99 v°, et a pour titre : « De sponsalibus. »

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