PAR M. ÉMILE PICOT
Les seigneurs de Pacy, issus de la maison de Châtillon ont joué un certain rôle dans l’histoire de France, et spécialement dans l’histoire du Valois, du xm° au xve siècle. Le personnage dont nous nous proposons de parler, Régnault de Pacy, était né vers 1367. Il était fils de Jehan de Pacy, dit Hutin 1 2, seigneur de Nanteuil et de Pacy, et d’Ade
1. Voy. Fautrat, dans les Comptes rendus et Mémoires du Comité archéologique de Sentis, IIIe série, t. VI (1891), p. 71.
2. Un acte de vente de soixante-treize arpents et demi de bois assis au Jarriel, devant la Justice de Senlis (forêt de Pontarmé), acte daté du 29 juin 1381, mentionne : « Jehan de Pacy, chevalier, dit Hutin, seigneur du Plessier de Pomponne, et Nicholas de Pacy, dit Choisel, escuier, freres; madame Ysabel L’Ange et demoiselle Jaqueline de Nanteuilg, leurs femmes. » (Archives de Chantilly, K, carton 8, dossier 8.) Dans l’acte de vente du domaine de Chantilly passé entre Guy de Laval, chevalier, seigneur d’Attichy et de La Malmaison, et Pierre d’Orgemont, chevalier, seigneur de Méry-sur-Oise, le 1 8 mai 1386, Régnault de Pacy est dit simplement « filz feu messire Hutin de
Pacy » (Arch. de Chantilly). Un aveu rendu par Pierre d’Orgemont au roi le 10 mars 1401 cite encore Hutin de Pacy, sans autre prénom, comme seigneur « du Plessié et de Pomponne » (voy. Siméon Luce, Jeanne Paynel à Chantilly, dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXIV, i, p. 343); mais le scribe reproduit sans doute un acte antérieur en oubliant de changer le prénom du seigneur du Plessier. Le même acte soulève |une autre difficulté. Il attribue la propriété du vivier de Rosières à Jacquet île Pacy ; mais, comme on le verra, Rosières et Le Plessis-Pomponne se trouvaient dans les mêmes mains, et, si l’on n’avait l’acte de 1381, on pourrait croire que c’est à Jacques que le surnom de Hutin appartenait; or, nous ne
É. PICOT. — AVEU EN VERS
de Pisseleu \ Hutin devait sans doute ce surnom à son humeur processive et batailleuse. A la suite d’excès de zèle commis par son receveur, Robin Le Pescheur, il eut avec l’évêque de Meaux et le procureur général du roi des démêlés dans le détail desquels nous n’avons pas à entrer 2.
Régnault, tout jeune encore, se trouva mêlé aux querelles de son père. Le prieur des bénédictins de Nanteuil, Jehan Cousin, s’étant permis en 1385 d'empiéter sur les droits du seigneur, le digne fils de Hutin fit bâtonner le religieux par ses valets, tant et si bien qu’il mourut de ses blessures, un mois plus tard. Le principal coupable et ceux qui l’avaient conseillé dans cette affaire : Colart de Pacy, dit Choisel 3, Thonnet de Gondreville, écuyer, et Jehan de Fay, écuyer, furent appelés en justice ; mais ils obtinrent de Charles VI des lettres de rémission. Le roi les condamna seulement à donner chaque année douze livres et dix sols tournois pour faire dire tous les jours une messe basse à l’intention du prieur; à payer cent sols tournois de rente pour deux cierges qui devaient brûler devant le grand autel, etc. Ils durent verser 100 francs pour la couverture et les réparations de l’église et du prieuré ; enfin, Régnault fut obligé de visiter le Saint-Sépulcre dans un délai de cinq ans. Il était dit que, s’il venait à mourir avant d’avoir pu faire ce pèlerinage, sa succession serait grevée d’une somme de cent livres qui serait employée en bonnes œuvres de concert avec les parents du prieur 4.
Régnault se soumit aux conditions imposées par le roi : il paya en cinq ans une indemnité de 20 livres parisis ;
connaissons alors qu’un seul Jacques de Pacy, qualifié conseiller du roi, que nous suivons de 1346 à 1354 (Bibliotb. nat., Pièces originales, t. 2178, dossier Pacy, nos 3, 4, 5).
1. Tel est le nom que l’abbé Carlier (Histoire du duché de Valois, II, 205) et Fautrat (loc. cit., p. 74) donnent à la mère de notre Régnault. On voit par l’acte de 1381 que Jehan de Pacy avait contracté une seconde alliance.