‹ Mélanges Julien HavetChapitre 567 sur 567 · ARCHIDIACRE DE MEAUX · texte numérisé non relu

ARCHIDIACRE DE MEAUX

XIe SIÈCLE

Parmi les travaux d’érudition dédiés à la mémoire de Julien Havet (Mélanges Julien Havet, Paris, Leroux, 1895), se trouvent les « Epitaphes métriques en l’honneur de différents personnages du XL siècle, composées par Foulcoie de Beauvais, archidiacre de Meaux, publiées par M. Henri Omont. »

J’apporterai, en cette note, quelques indications complémentaires au savant travail deM. Omont et publierai V Eloge (inédit) de la ville de Meaux, par Foulcoie.

De cet archidiacre, l’un des plus féconds poètes du XI0 siècle, on a près de 11,000 vers : et encore, est-ce là toute son œuvre poétique ?

Né à Beauvais, dans la première moitié du XIe siècle, d’Anselme le Petit, et d’Emma et non Ambroise et Emone), il eut deux frères, Adam et Tetricus. Il dut étudier d’abord à Beauvais, puis se fixa à Meaux, où il devint archidiacre et non sous-diacre. C’est là et dans le monastère de la Celleen-Brie, qu’il composa la plus grande partie de son œuvre poétique, à l’instigation surtout de l’archevêque de Reims, Manassès L1', dont les bonnes relations avec Foulcoie nous sont rapportées par Du Plessis (Hist. de l’Egl. de Meaux, I, 117) er, Mabillon (Musœum Italicum, II, 118).

Cette œuvre, — qui se divise en 3 parties : Uter (essais, épitres et épitaphes), Neuter (vies de Saints, en vers), et Uterque ou de Nuptiis Christi et Eeclesiæ, dialogue en 3,800 vers entre l’Homme et l’Esprit sur les principaux faits de l’ancien et du nouveau testament, — est entièrement conservée dans un volume manuscrit, in-folio, du XIIe siècle, relié en parchemin, composé de 172 feuillets en parchemin de 250 sur 170 millim., qui appartenait, dès le XIIIe siècle à la Bibliothèque de la Cathédrale de Beauvais et y porta au XVIIIe siècle le n° 120 et est maintenant le 6121 de la bibliothèque de cette ville [Calai, gén. des mss. des bibl. des départ.. 1885, III, 317 — 326).

On trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris : le Carmen de Nuptiis, dans le ms. latin 16701 ; et VU trumque ou de Nuptiis christi et eeclesiæ ou de quibusdam dimnœ gratia donis erga hominem, livres I à V, dans le ms. latin 53U6, fjS 67 v’ 110 ; et livres I — VII, dans le ms. latin 1670 L.

Au f° 81 v" de Beauvais 6121 sont d’intéressants Vers en l’honneur de la ville de Meaux. Je les crois inédits et les publie d’après une copie qu’a bien voulu faire pour moi l’aimable et excellent bibliothécaire de Beauvais, M. Habert, à qui j’adresse mes remerciements sincères.

Ils commencent par une allusion ( Mellifluœ ) à la légendaire étymologie (?) du nom de Meaux, exprimée déjà dans ce passage de la Vie de Saint-Faron par Hildegarius (LY° siècle) : «... Urbem Meldis, cujusnomen sonat dulcissime, quasi a nielle ef dite deductum, eô quod sit mellita omni abundantia dignitatis atque ditata. » ( Bouquet, Recueil des Historiens, III, 502 b ). —

Mellifluœ Meldi Belvacus Belgica pacem Fulcoius meus atque tuus tua commoda tecum Commendat tociens, et commendata reposait Sufficienter habet, sed non sunt sufficienter Que non sunt cordi, quod habemus habet, sed habere Exoptat. quod habes, quod non habet, unde vicissim Fac habeam quod habes falso quod habemus habebis.

Que nulli terre sunt inveniuntur apud te,

Luciscus grandis poli bete pertica pinguis Caseus insane pastus per prata Lavane Fructibus his et piscibus his mihi prevaluisti,

Ast habeo quod non habeas, quod habere placeret,

Quod per me fero, quod mare, quod vicinia confert. Grata, placentia sunt allecia, piraque magna,

In quibus et nummo simul et tibi pondéré presto.

Si mea partiri vis tnecum, fac tua tecum,

Incipe largiri, det amor quod negat aer,

Pande viam, fac curre prior, par munere curram.

Si quod habes quod non habeam placeatque, remittas,

Si quod habeo quod non habeas placeatque, remittam, Filia sic matri placuit per mutua dona.

A la lecture de ces vers, on peut songer à ces mots de Du Plessis, sans y souscrire entièrement : « son principal talent (de FoulcoieJ étoit de faire des vers : mais quel est l’auteur du XIe siècle qui en ait fait de bons ? Ceux de Fulcoius se ressentent extrêmement de la barbarie du du temps (?) » (Hist. Egl. Meaux, I, 116).

F0 07 : la vie de Saint Aile, abbé de Rebais (636 — vers 650, 30 août), Vita beati Agili dont le début est pompeux :

Cœsareas acies romana trophea referre

F0 113 v° : Vita S. Faronis. En voici le titre écrit en capitales : « Fausti Faronis principis terrœ | nobilissimi, Meldensis œcclesiae | pastoris piissimi, vita a, Gai | frido abbate et fratribus | Karissimis postulata. a Fui | coio. Belvacensi archidiacono, | eronyce composita ad lau | dein Domini. »

On remarquera que la virgule devrait se trouver après Belvacensi et non après Fuleoio.

Foulcoie a « simplement mis en vers héroïques» ( eronyce au titre) la vie du même saint par Idildegarius. Le prologue commence par le vers :

Breclaïus quidam preclaram condidit arcem. .

et la Vie, par celui-ci :

Bims sideribus fulsit Burgundia tellus. . .

qui désigne Saint Baron et sa sœur Sainte Fare, Burgundofaro et Eurgunclofara .

Cette vie est aussi dans le ms. latin 13789 B. N., fu 10 v°, etc, et dans le vol. n° 84 de la collection Duchesne à la Bibl. Nat. fos 277-296.

La Vit a Sancti Blandini, anachoretœ Brigensis, qui commence au f° 124 et renferme une belle description du prieuré de La Celle-en-Brie et des campagnes environnantes, a été publiée dans les Analecta Bollandiana, VII, (1888), 145 — 166. Du Plessis, op. cit., II, 452-453, en donne par extraits, 28 vers. Il existe de cette vie une traduction française à la bibliothèque communale de Meaux, vol. in- 4°, 36 feuillets, papier, que Lemaire ( Relevé des documents intér . . . .S. et M.. 1883, p. 24, n° 38) analyse brièvement : a 630 — 1070 — Vie de Saint-Blandin, ermite de la Brie, par B'ulcoi, du diocèse de Beauvais, tirée d’un manuscrit de l’église-cathédrale de Saint-Pierre de Beauvais, traduite du latin en français par Nicolas Le Coq, diacre du diocèse de Meaux, chanoine de Courpalay, en l’année 1605. — Dédiée : « Aux vénérables Parères de l’Hermitage de Saint- Blandin, proche Faremoutier-en-Brie. Mes vénérables Frères, lorsque je m’engageai à traduire en notre langue le manuscrit latin que l’un de vous m’a mis entre les mains, on m’avait fait entendre qu’il ne contenait qu’environ une quarantaine de vers, et c’est ce qui me détermina si facilement à vous donner ma parole ; néanmoins, il s’en est trouvé plus de quatre cents, qui, pour certains, nonobstant leur simplicité, m’ont coûté plus de peine que ne m’aurait fait un volume entier de quelque poète ancien des plus difficiles. » — Avis au lecteur

L’auteur (Foulcoie) déclare qu’on ne connaît pas les parents de son héros, mais qu’il eut pour parrains Raimerie et l’incomparable Sion. Suivent des récits miraculeux.

L’une des épitres de Foulcoie, n° 4 (f° 135) est adressée à

l’abbé Hugues : Hugoni abbati directa :

Meldis erat murus celebratus teste ruina. . .

Cette épitre dont Du Plessis donne les 22 premiers vers (op. cit., II, 453), est relative à un temple du Dieu de Mars qui aurait existé à Meaux et dans les ruines duquel on aurait découvert au XI" siècle une statue de cette divinité (Du Plessis, I, 4). L’existence de temples païens à Meaux dans les trois premiers siècles de notre ère ne fait aucun doute ; d’intéressants vestiges, bas-reliefs, auxquels j’ai consacré un article dans le Publieateur (Meaux) du 7 juin 1896, en ont été découverts en avril-mai, même année ; ils sont aujourd’hui conservés, grâce à l’intelligente initiative de mon aimable confrère, M. Gassies, de Meaux.

Parmi les 49 épitaphes ( tituli ) composées par Foulcoie en l’honneur soit de personnages morts depuis longtemps, soit de contemporains et compatriotes, dédiées à Yves Ier, abbé de Saint-Denis, mort le 28 janvier 1094, et par suite, écrites entre 1084 et 1094, se trouvent notamment celles de : Gilbert, évêque de Meaux, mort en 1009 (Omont. Bollandistes) ou en 1015 (Du Plessis) ; — Gauthier Saoeir, évêque de Meaux, mort le 20 octobre 1082 ; — Ogerius et Beneclictus ; — Hildric, prévôt de Meaux, mort vers 1070 ou 1075, fondateur du prieuré de Saint Pierre ou Saint Père de Cornillon sous la dépendance de l’abbaye de Saint Faron ; — enfin, d’un comte Guillaume, Willelmi comitis, qui pourrait être Guillaume des Barres, 1er du nom, chevalier, seigneur d’Oissery, vidame de Trie le Bardoul, bienfaiteur, en 1153 de l’église de Chaage et du prieuré de Noéfort (Du Plessis, op. cit., I, 152, 153 ; II, 42, n° 74 ; De Courcelles, Hist. généal. et liérald. des Pairs de France, I, 1822, not. sur la famille des Barres, 18 p.) — 11 n’est pas le même que le fameux Guillaume des Barres dont E. Grésy à publié le rouleau mortuaire.

Maurice LECOMTE

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