PAR
Lazare SAINÉAN
Ouvrage couronné par l'Institut (Prix de linguistique Volney).
In-8° de vii-350 pages : 5 fr. franco.
Rien n'est plus difficile à établir que l'origine des mots argots. D'une façon générale les plus érudits y ont échoué. Dans cette obscurité d'origine, M. Lazare Sainéan a essayé de porter le flambeau. Il l'a fait d'une façon vraiment remarquable. Son travail' est bien composé, vaste dans son érudition. A ceux de nos collaborateurs qui s'occupent d'étymologie, nous ne saurions assez dire l'importance de cet ouvrage pour la somme des matériaux qu'il renferme, et la lumière qu'il apporte dans la plus ténébreuse des explorations.
' L'Intermédiaire des chercheurs, du 1 1 octobre 1907.
Voici une étude développée sinon complète sur l'argot. M. Sainéan a conçu son étude d'une façon historique, et l'a fait porter sur la période de quatre, siècles qui s'étend de 1455 à 1850. Après des considérations générales intéressantes. . . voici le plan qui a été adopté pour le classement des faits : d'abord sont examinés les éléments originaux de l'argot; puis viennent les éléments empruntés au provençal, à la germania, au fourhesque, au calao (et cette partie est à certains égards très neuve) ; enfin les éléments dits indigènes, c'est-à-dire ceux qui remontent en réalité jusqu'à l'ancien ou moyen français. Le livre de M. Sainéan reste une œuvre méritoire et d'une vraie portée scientifique ; il sera indispensable à tous ceux qui voudront s'occuper désormais de cette question de l'argot.
E. BouRCiEZ, Revue critique, de 1908.
On a beaucoup écrit sur l'argot français; mais presque aucun des auteurs qui s'en sont occupés n'a appliqué à ce sujet, difficile entre tous, les règles d'une bonne méthode philologique. M. Sainéan applique aux sources une critique exacte et les principes de la linguistique. L'objet du livre reste important et les conclusions de l'auteur présentent beaucoup d'intérêt. Le vocabulaire argotique apparaît désormais beaucoup moins étrange et moins romantique qu'on ne se plaît souvent à l'imaginer. Le mérite essentiel de l'ouvrage de M. Sainéan est dans la détermination précise des sources dialectales et étrangères du vocabulaire argotique et dans l'application de la méthode philologique à'i'étude des sources. Après son livre, l'étude scientifique de l'argot est fondée et l'ère des amateurs est finie.
A. Meillet, BuUetiîi de la Société de linguistique de Pam, novembre 1908.
Un filologo noto, Lazare Sainéan, nel suo récente e dotto volume L'Argot ancien ^ considéra per la prima volta Vargot francese nel suo sviluppo cronologico. La comparazione vi è pure largamente esercitata. Indubbiamente, fra i paesi romanzi, la Francia è quello che ha maggior ricchezza di letteratura gergale : il libro del Sainéan puô farne larga testimonianza. Sono quattro secoli di gergo che si possono studiare ed ognuno comprende l'importanza d'una sifatta indagine. Il Sainéan considéra il gergo francese ne' suoi elemcnti indigeni e nella sua costituzione intima, cioè nella trasformazione semantica dovuta specialmente all'uso quasi continuo délia metafora : poi esamina i suoi influssi e gli elementi tolti da altre lingue e da
altri gerghi. Lo studio è di estrema curiosità, non solamente per il glottologo, ma anche pel letrerato e per lo psicologo.
R. Renifr. Gionmle storicc àella hllcratura italiana, 1908, p. 466 à 467.
Étudier l'argot à la fois organiquement, dans ses éléments et ses procédés constitutifs, et chronologiquement depuis le xv^ siècle jusqu'au milieu du xix^", tel est le but que s'est proposé, dans un ouvrage fort intéressant, un érudit linguiste. M. Lazare Sainéan. Tâche assez neuve. Indiquons brièvement ses principale conclusions. D'abord, ce qu'il montre bien, c'est que l'argot n'est pas un langag spontané. C'est un langage i't'/////,'et un langage .ûYrc/. Puis procédés sémantiquL^ surtout : l'argot est par excellence le langage métaphorique. Il y aurait une belle étude à faire, et curieuse, de toutes ces métaphores au point de vue psychologique et sociologique. Celui qu'elle tentera n'aura que la peine d'ouvrir l'ouvrage de M. Sainéan pour trouver, ramassés et groupés en bon ordre, des matériaux de choix, éprouvés et classés. Au reste, l'argot ne transpose pas seulement, il ■emprunte... Entîn, dans l'argot, il y a du vieux français et du patois... M. Sainéan signale les origines de l'invasion de l'argot dans la langue, parlée ou écrite : il pénètre partout, gagne tous les milieux. Progrès qui ne désarment pas les véritables connaisseurs. Ils vont hochant la tête tristement : « La pègre n'a plus d'argot ; l'argot se perd, l'argot est perdu ». Du moins, grâce à M. Sainéan, à son grand, patient et méthodique labeur, ne sera-t-il perdu ni pour les linçjuistes, ni pour les historiens de la langue — ni même, le cas échéant, pour les historiens tout court, les psvcholooues et les sociolosmes.
Lucien Febvre, Revue de synthèse bisioriijiie, 1908, p. 233 à 236.
Le terme d'argot a fini par prendre en français un sens très vague, très élastique : chaque groupe social a son argot^ langage plus ou moins factice où figurent des mots inconnus au français proprement dit, et où les mots français sont souvent pris dans une acception détournée. Primitivement le mot argot s'est appliqué, dans notre pavs, à la « classe » et non à la « langue » des malfaiteurs. C'est un terme collectif, dont M. Sainéan a fort bien élucidé l'origine. Donc c'est à la langue des malfaiteurs, étudiée dans ses monuments les plus anciens et les plus authentiques, que M. Sainéan a consacré le livre que nous nous proposons de faire connaître et auquel l'Institut a décerné en 1908 la plus haute récompense dont il dispose, dans l'ordre des études linguistiques, le prix Volney. M. Sainéan a eu à sa disposition les matériaux nouvellement donnés au public par les lexicographes et les éditeurs de textes ; il a, pour les mettre en œuvre, une connaissance générale des langues et des patois les plus divers que sonJaborieux devancier, Francisque Michel, était loin de posséder au même degré. Aussi ingénieux que Schwob et Guieysse, il est guidé par un principe excellent, dont ils ne se sont pas toujours inspirés, celui de procéder historiquement : aussi se garde-t-il d'attribuer arbitrairement à l'argot ancien les tendances qui ne se manifestent que dans l'argot de nos jours. L'introduction de M. Sainéan est de tout point excellente. J'v louerai surtout le chapitre intitulé : Critiques des sources^ où il montre combien les recueils et impressions modernes ont altéré,* p^r suite des fautes typographiques, l'ancien vocabulaire argotique.- Méticuleusement documenté, M. Sainéan a soumis à une analyse approfondie l'argot ancien de France, tant au point de vue lexicographique qu'au point de vue sémantique. Il repousse la plupart des rapprochements qu'on a proposés entre certains termes d'argots et des termes celtiques, grecs, latins, hébreux, bohémiens, etc. ; et il proclame que, malgré quelques points de contacts avec l'argot d'Italie (le furhcsco), d'Espagne (Iz ger mania), de Portugal (le calao'), l'argot de France est un produit foncièrement indigène. M. Sainéan s'efforce de réduire l'élément mystérieux ' de l'argot. Il n'y aurait plus, en effet, de mystère si l'on acceptait sans réserve l'idée maîtresse de son livre : l'argot a emprunté son vocabulaire au français commun ou dialectal, qu'il a parfois conservé tel cjuel, et plus souvent détourné de son sens propre par le jeu capricieux de l'imagination. L'étude des éléments originaux est fort bien conduite et fort intéressante : c'est un manuel de sémantique argotique où l'auteur fait preuve de beaucoup de perspicacité et éclaire singulièrement le sujet.
Antoine Thomas, Journal des Savants, octobre 1909, p. 437 à 445.
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