ST-PAUL ET VALIQUET
Toute cette scène durant Valiquet baraît inquiet, nerveux, effrayé, ST-PAUL.
Ah! te voilà!
VALIQUET.
Vous m'avez dit de venir, je viens.
ST-PAUL
Tu as bien fait. Mets ton enfant à terre. ( Valiquet n'en fait rien.) Mets ton enfant à terre.
VALIQUET (à part).
Seigneur, que faire ?
ST-PAUL. Mets ton enfant à terre.
VALIQUET.
Oh! s’il vous plait, je vous en prie, permettez que je le garde, ST-PAUL.
Pourquoi ?
VALIQUET.
On m'a conseillé d'apporter avec moi un enfant, me recommandant bien de toujours le garder dans mes bras, je le garde.
ST-PAUL
Pourquoi ce conseil ?..... Ah! je comprends. Tu crois sans doute m'avoir dérangé dans ma pénitence, tu crains que jenete mette à ma place, tu espères être à l’abri de tout mal, sous la protection de cet ange de pureté.
VALIQUET.
Oui, c’est cela.
ST-PAUL
Apprends, homme de peu de lumière, qu'il n’apartient ni à toi, ni à qui que ce soit de déranger une ns dans la pénitence que lui a fixée le Dieu toutpuissant. Apprends que pouvoir n’est pas donné a un mort d'imposer sa pénitence à un vivant; c'est à celui qui est souillé, d'être purifié ; il ne peut être soulagé que ar les prières des fidèles. Apprends encore que la meileure protection contre la colère céleste, c'est l’innocence propre et non celle de ses enfants ; celle-ci peut bien suspendre pour un temps le bras vengeur d'un Dieu irrité, mais si le pécheur ne se convertit, elle ne l’arrêtera pas.
VALIQUET.
Alors permettez-moi de vous demander, Ô sainte ame, pourquoi m'ordonnez-vous de mettre mon enfant à terre ?
ST-PAUL
Parce que, dans la circonstance présente, garder ton enfant dans tes bras, pour toi, c’est une superstition ; pe que c’est une insulte à la justice, à la puissance
e Dieu ; parce que, dans le monde, généralement on attribuera ton retour sain et sauf à la vertu de cet innocent ; et par là l'erreur se trouvera plus invétérée qu'auparavant.
VALIQUET.
Puisqu’il en est ainsi, j'obéis. (A part). Ah! mon Dieu, protégez-moi contre tout malheur.
46 L'HOTE A VALIQUET
ST-PAUL
Ecoute, homme coupable, dans un saint tremblement, ce que va te dire par ma bouche le Dieu Tout- Puissant, Créateur du ciel et de la terre qui a sur toi l'empire de vie et de mort.
(Silence de cing ou six secondes.)
Hier, tu t'es enivré honteusement, noyant ta raison dans une boisson malheureuse, te dégradant au rang de la brute, offensant indignement ton Dieu. (Silence.)
Hier, tu as insulté aux restes du malheureux pendu. Quelque coupable qu’il ait été pendant sa vie, toujours le mort est chose sacrée qui mérite égards et respect. (Silence.)
Hier, dans ta maison, à l’occasion d’un repas funeste et d’un bal maudit, il s’est commis bien des fautes, toutes elles crient au ciel vengeance contre toi. (Silence.)
Hier, tu te livrais à une joie insensée, devant prolonger tes orgies jusqu'en ce jour béni consacré par l'Eglise pour le temps de la grande pénitence. Est-ce ainsi sfr chrétien prépare son cœur aux grâces et aux bénédictions du Seigneur ? Quand mettras-tu fin à tes excès, à tes orgies, à tes ivresses ? Quand cesserastu d’offenser le Dieu de bonté et de miséricorde ? Quand ?
VALIQUET.
Pardon, pardon! j'ai péché, sainte âme, oui, j'ai péché contre le ciel et contre vous.
ST-PAUL
Que Dieu te pardonne comme je te pardonne !
Tu fêtes, Ô homme, tu te réjouis, et nous, souffrant dans tout notre être des tourments horribles, nous gémissons, plongés au milieu de cet étang de feu, nous ne sentons que du feu, nous ne voyons que du feu, nous ne respirons que du feu; le feu nous pénètre, nous consume jusqu à la moëlle de nos os.—Cependant, depuis que je te parle, je sens peu à peu s’alléger le ee de mes douleurs. Soyez-en béni, Seigneur, mon
jeu.
UNE voix (suus le théâtre).
Au fond des brûlants abimes
Nous gémissons, nous pleurons ;
Et pour expier nos crimes,
Loin de Dieu, nous y souffrons.
Hélas ! hélas !
Feu vengeur, de tes victimes
Les pleurs ne t'éteignent pas.