‹ Mélanges littérairesChapitre 4 sur 25 · OKDONNEE PAU LA CONVENTION · texte numérisé non relu

OKDONNEE PAU LA CONVENTION

(^•JoiTcnn imprimé In 21 janvier 17'J6 , dans h journal intitulé le Censeur des Journaux),

Je suppose que, transporté chez un peuple inconnu, je visse tout l'appareil d'inie grande Tète nationale; je me dirais: Peut-être est-ce aujourd'hui l'anniversaire d'une victoire éclatante ou d'une paix long-temps désirée , ou d'une l'évolution heureuse. Si j'apprenais que l'objet d'une telle fête fût le supplice d'un homme qui aurait péri dans le cours d'une révolution sanglante , d'une révolution souillée par des crimes inouis: ces crimes, me dirais-je, auront été sans

doute son ouvrage (1). Peut-être est-ce un prince insensé et cruel qui aura voulu étendre au-delà des bornes l'autorité de ses pères/ Pour lui la probité aura été une chimère , la religion un ridicule , la contrainte salutaire des lois un attentat , le cri respectable des peuples un blasphème (2) ; ou, au lieu d'un prince né sur le trône , peut-être est-ce un monstre né de la lie des factions qui aura usurpé tous les pouvoirs. L'envahissement des propriétés , la tyrannie des consciences, la proscription des talents, auront signalé cette désastreuse époque. Je suppose qu'un vieillard , auquel j'ouvrirais ainsi mon âme , m'arrêtât et me dit : « Les derniers crimes , dont votre imagination vient d'ébaucher la peinture, et d'autres encore, que je vous pardonne de ne pas pouvoir imaginer , ont effectivement souillé notre âge. Mais ce n'est pas leur éclatante punition que nous célébrons ici; nous célébrons plutôt leur affreux prélude.

« Le prince qui à pareil jour fut conduit à l'échafaud n'y avait fait monter personne.

(1) Ce que Loris XM iic fui pas.

(2) Ce (lue Robespierre fut.

« S'il eût eu quelques vertus de moins , il n'aurait pas péri.

« Son prédécesseur, au milieu des transports d'amour de tout son peuple, disait: Qu'ai-je donc lait pour être tant aimé? Lui, il aurait pu dire: Qu'ai-je donc fait pour être tant haï?

« Revêtu d'immenses pouvoirs , il a mieux aimé ies communiquer que d'en user. 11 est. dans une longue suite de siècles, le seul prince qui ait voulu voir son peuple libre, et le seul qui ait été puni comme un tyran. »

Surpris d'un récit aussi étrange, et déchiré tout ensemble par le contraste de ce que j'aurais imaginé d'abord et de ce que je viendrais d'entendre, je me croirais transporté dans une contrée barbare, où les idées de justice seraient effacées: je verserais des larmes amères sur l'aveuglement de ce peuple , qui perpétuerait ainsi lui-même sa honte, en consacrant, en immortalisant ses propres écarts; et me hâtant do fuir une terre oîi le crime aurait des fêtes, je supplierais le ciel de préserver à jamais ma patrie d'aussi déplorables excès.

AU DIREGTOIRI^,

QUI AVAIT RKNVOVK l'aUTECR 1)F, l'ÉCOLK POLYTKCUNIOIIK A CAUSK Ut; l'article VRÉCKDEiNT.

'Morceau imprimé dans ]e Censeur des Journaux en 1796.'

« Les princes équitables n'ont jamais l)aiancé à se « condamner eux-mêmes dans les discussions dou- « leuses ; et la position la plus avantageuse au bon « droit est d'avoir à se défendre contre une partie in- (1 tfgrect éclairée, juge dans sa propre cause. »

J.-J. RotSSEAl.

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