‹ MélangesChapitre 104 sur 111 · SCENE XXI. hhî · texte numérisé non relu

SCENE XXI. hhî

Aborde , sans savoir même parler français ,

La capitale de la France !

De ce point de départ qu'on juge la dislance Au point où, parmi nous, le voici parvenu !

G\r, j'en conviens, j'ai manqué d'indulgence, El par plus d'un succès il restera connu : Dans ses Mois à la mode, un peu trop verts d'allure, Son vers a le tour net ; verve et style en sont francs ; Les qualités , de lui ; les défauts , de son temps ! Une franche gaieté règne dans son Mercure. Son Esope est charmant de naïveté pure , De fine bonhomie; il plaît à tous les yeux.

Ce sont moins des pièces, peut-être , Que des scènes qu'enchaîne un art ingénieux ; Mais où la vertu brille , où , toujours odieux , Qu'il le ridiculise ou prenne au sérieux , Le vice est mainte fois frappé de main de maître !

De sa Reine Marie on a trop peu vanté Le plan , plus d'un vers même; et la postérité. Oubliant cet effort au-dessus de sa lyre , Verra plus d'un auteur fureter, sans le dire,

Dans cette injuste obscurité, Se parer de ces traits dont j'eus tort de médire, Et qu'il en aura dérobés '

4no BOILKAU ET DOURSALLT.

Là , comme ailleurs, an resle, à mes yeux comme aux S'il est trop inégal et trop peu corrigé, [vôtres,

Il a Tinvention, Toriginalîté ,

Mérite qui manque à tant d'aulres!

Quelquefois il a plus : quand son cœur parle aux noires , il a le ferme accent de nos grands écrivains!

De nobles sentiments empreints,

Ses Etudes des Souverains Et cet Esope a la Cour, enProi^incey Montrent tant de vertus, de bon sens, d'équité ,

Et de haute moralité , Qu'on voit assez pourquoi, lorsqu'il fallut au Prince Un précepteur, Boursault, sans s'en être douté , Pour un si noble emploi fut alors présenté; Et quand de l'accepter son Roi le sollicite,

Son refus , aussi bien que ces œuvres qu'on cite. Prouve qu'il l'avait mérité !

Mais en lui, je dois dire , en toute vérité ,

Que je vois un autre mérite :

Je vois sa verve , inculte à son départ , S'élancer, s'égarer, marcher à l'aventure ;

Longtemps sa nature est sans art; Mais de son siècle , enfin, ne restant plus à part , Dans ses nouveaux essais on reconnaît , plus tard, Que l'art, sans l'énerver, corrige la nature !

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