LA QUESTION DU DIEU PERSONNEL
Le fondement de la religion, c'est la notion d'un Dieu personnel, à la fois :
Distinct du monde,
Antérieur au monde,
Auteur du monde et fin de tous les êtres.
11 i MELANGES
La veUgiOïi e^t un rapport dont l'homme est l'un des termes: l'autre terme est Dieu : si l'on supprime Dieu, il n'y a plus de rapport ; donc il n'y a plus de religion.
Le culte^le sentiment religieux sont naturels à l'homme; aussi survivent-ils aux vérités qui leur servent de fondements, quand ces vérités sont obscurcies dans l'intelligence. Mais logiquement, en dehors de la théologie véritable, toute religion est un non-sens.
L'objet de ces conférences n'est pas de d&montrer la vérité de la religion chrétienne, mais de Vnxposer.
Nous commencerons par le dogme fondamental : celui du Dieu prrsonncl.
L'idée du Dieu personnel est au fond de toutes les idées premières : elle doit par conséquent se rencontrer sur tous les chemins de la pensée.
Donc il faut ou l'accepter ou la rejeter.
Mais on peut la rejeter de deux manières : ou en cherchant à la remplacer par une autre explication de l'origine des choses ; ou en l'écartant par une lin de non- recevoir purement négative.
La première manière est celle du paiitliélsme^ qui substitue sa métaphysique à la nôtre.
La seconde manière est celle du positivisme^ qui récuse toute métaphysique et prétend s'en tenir à l'observation des faits, età la détermination systématique des conditions de leur manifestation.
Entre ces deux écoles qui se subdivisent à l'inlini sans varier notablement quant au fond de la doctrine, on peut chercher une place pour des systèmes intermédiaires.
Les deux principaux sont :
le dualisme, h' matérialisme antique.
Le dualisme se rapproche du panthéisme : 1° en ce qu'il est une explication métaphysique de l'origine des choses ;
2° GQ ce qu'il iutroduit partout l'irrésistible nécessité. Seulement il admet deux principes au lieu d'un^ et substitue les chances diverses de la lutte aux- phases inévitables d'un développement uniforme.
Le matérialisme, s'il entreprend avec Epicure de faire la métaphysique de la matière, retombe dans le panthéisme. S'il renonce aux explications métaphysiques il devient^ sous la plume des sceptiques de l'antiquité, un avantcoureur du positivisme moderne.
Ainsi l'on pourrait dresser ce tableau :
admise : Théisme orthodoxe.
Idée \ •,■ „ . ( Panthéisme.
du ) P°t !f'î'"^ Epicurisme.' Dieu \ "^^J^^^® Dualisme.
personnel j laissée \ Matérialisme.
de côté ( Positivisme.
Nous n'entreprenons pas la réfutation successive de ces différentes erreurs. Mais destinés aies rencontrer tour à tour sur le chemin de nos recherches, nous avons voulu indiquer tout d'abord le point de contact et d'opposition de chacune d'elles avec la vérité primordiale que nous avons à établir.
Question : Existe-t-il un Dieu personnel ?
Raisons de la poser. — 1° Dès que l'homme réfléchit sur lui-même et sur ce qui Tentoure, ilprend conscience d'un sentiment qui préexistait chez lui à la réflexion : le sentiment du passage des choses.
De l'idée du passage, il est conduit naturellement à la question d'origine.
Mais en regardant en lui et autour lui, il conçoit deux origines possibles : l'une contingente^ l'autre nécessaire.
Quelle a été l'origine du monde pris dans son ensemble ou du moins des premiers êtres qui ont donné naissance
aux autres^ Si elle a été contingente, il y a en une volonté, par conséquent une personnalité Distincte du monde, j
Antérieure au monde, ' il y a un Dieu personnel. Auteur du monde. )
2° Si cette question est à la base, elle aussi au sommet de la science religieuse. — Miracles.
3° Elle donne le ton aux sciences morales et sociales.
Légitimité de la question. — Il y a des esprits qui la contestent. Au moment où nous allions ouvrir le débat avec les panthéistes de toute nuance, ils nous arrêtent court et nous disent : Vous dépassez la compétence de la raison.
Les sceptiques anciens opposaient cette fin de non-recevoir aux recherches métaphysiques comme à toutes les opérations de l'entendement humain. Ils étaient conséquents avec eux-mêmes.
Les positivistes modernes sont plus singuliers. Ils commencent par exalter les certitudes des connaissances exoérimentales.
Puis, dès que l'esprit veut sortir du cercle des réalités sensibles^ ils se récrient en disant : vous ne pouvez rien connaître au delà.
Il faut en deux mots faire justice de cette étrange prétention.
Vous prenez pour point de départ les faits observés. — Soit. Mais : 1° de quel droit prétendez-vous me confiner dans le cercle des faits sensibles ? Les faits psychologiques ne sont-ils pas des faits? Le sens intime est il un instrument d'observation moins parfait que la vue ou le toucher 1 Or les faits psychologiques contiennent les idées métaphysiques : si je prends ma pensée sur le fait, j'y trouve l'idée de cause, de force, elc... Donc ces idées sont du domaine de la science.
2° Vous ne cherchez pas, dites-vous, les causes des faits
sensibles; VOUS VOUS bornez à les classer. — Soit : mais par là vous reconnaissez implicitement qu'il y a un ordre ds-us les choses, c'est-à-dire une idée qui domino les faits. Vous avez beau faire, vous n'échappez pas à la recherche des causes Qnales. Et vous retombez ainsi malgré vous dans la métaphysique.
Donc laissez-nous en faire librement.
De deux choses l'une :
Ou il faut être sceptique absolu ; se défier de toutes ses facultés, de toutes ses opérations ; ne jamais prononcer une parole, sans en ajouter bien vite une autre qui mette en suspicion la première. Ou il faut accepter pour bon l'instrument intellectuel qui nous a été donné, et alors l'employer tel qu il est, sans faire un choix arbitraire entre les diverses opérations qui lui sont propres.
En marchant dans cette voie, on ne fait pas trois pas sans rencontrerla grandequestion del'originedes choses : cette origine est-elle contingente ou nécessaire'? Existet-il oui ou non un Dieu personnel?
DEUXIEME CONFERENCE 29 novembre.