JOAN., I
La réponse est simple. Dieu les connaît parce qu'il les fait. 11 les voit dans sa volonté de les produire. Ainsi connaît-il tous les êtres, parce qu'il les crée; ainsi connaît-il tous leurs actes non libres, parce qu'il est la cause première de leur activité.
2° Connaissance des contingents libres. Difficulté particulière tirée de la notion de la liberté morale. Pouvoir de faire ou de ne faire pas. L'agent créé garde ici le domaine de ses actes. Les motifs peuvent le guider; ils ne le déterminent pas nécessairement ; il peut lui-même en varier comme arbitrairement l'importance.
Il semble donc qu'il ne suffise pas de connaître un agent libre pour connaître d'avance sa détermination ; car en restant le même être, il pourrait prendre la détermination coniraire.
Aussi, généralement, on fait reposer toute la difficulté sur la prescience : — et on croit y répondre suffisamment par la théorie de V éternité simultanée.
Au fond ce n'est là qu'un accessoire..
La prescience n'est guère plus difficile à appliquer que la science.
Un acte libre, pour être présent^ n'est pas plus facile à connaître.
Nous ne voyons jamais un acte libre, nous ne voyons que ses résultats.
Dieu sans doute voit au fond du cœur ; mais si quelque chose ss passe là que Dieu ne fait point, comment Dieu le voit-il? Il acquiert donc du dehors une connaissance nouvelle ? Que devient Vactus punis ?
En face de cette difficulté, les théologiens s'accordent à chercher un moyen, un intermédiaire pour la science de Dieu.
Deux grandes 6co]es : molinistes et thomistes: les uns plus préoccupés de sauvegarder la liberté humaine ; les
autres de ne pas altérer la simplicité de l'acte divin.
A] Molinistes. — Le moyen qu'ils imaginent est la science des conditionnels: science conjecturale chezles hommes, mais dont les calculs sont d'autant plus sûrs qu'on a une connaissance plus parfaite du sujet sur lequel on fait des conjectures. Ainsi je connais mon frère : je suis sûr (vous voyez de quelle certitude) que, si je lui propose telle chose, il refusera. — Poussez maintenant jusqu'àl'infini de la connaissance, vous aurez écarté jusqu'à la dernière chance d'erreur — ; vous aurez la science de Dieu.
Dieu donc sait de chaque homme que, placé dans telle situation, environné de tels secours, etc., il se déterminera librement à faire ceci ou cela. Si donc Dieu veut le placer dans cette situation, il connaît d'avance, par sa science moyenne, le parti que l'homme prendra.
B) Thomistes. — Dieu ne peut rien connaître hors de lui qu'il ne voie en lui. Autrement il est modifié. —
En dehors de la pensée ou de la volonté de Dieu, rien n'est infailliblement vrai ni sûr. Il n'y a de vrai que ce que Dieu pense ; il n'y a de faits certains que ce que Dieu veut.
La science des conditionnels tire toute sa certitude d'une volonté conditionnelle de Dieu. Autrement fatalité.
La science moyenne ne fournit donc pas un moyen infaillible de connaître les contingents libres.
Le seul moyen sûr, c'est la volonté de Dieu.
Il n'y a donc aucune différence à introduire, sous ce rapport^ entre les contingents libres et ceux qui ne le sont pas.
Dieu connaît les uns et les autres, parce qu'il les veut.
Mais entendons-nous bien. S'il s'agit d'actes de la créature;, ce n'est pas Dieu qui les fait ; pas plus si l'acte est libre que s'il ne l'est pas, Dieu n'agit pour la créature :
Il la fait agissante.
Il est cause première ; elle est cause seconde: mais vraiment cause de ses actes.
Autrement panthéisme.
Si l'agent, cause seconde, est incapable de liberté. Dieu le fait agissant fatalement. S'il est libre, Dieu le fait agissant librement.
Et il connaît son acte, parce que l'agent sort des mains de Dieu en le produisant.