‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 13 sur 239 · D'ASIE MINEURE PI. II · texte numérisé non relu

D'ASIE MINEURE PI. II

Le Cabinet des Médailles a fait récemment Tacquisition des quatre grands médaillons, frappés dans trois villes différentes d'Asie-Mineure, qui se trouvent photographiés sur notre planche II ; bien que deux d'entre eux aient déjà été reproduits*, on me saura gré, je Tespère, de les présenter spécialement aux lecteurs de la Rei^ue, en raison de leur beauté exceptionnelle, car ils peuvent être considérés comme à fleur de coin, et Ton sait combien sont rares les médaillons grecs dans cet état de conservation. La plupart de ceux qui sont renfermés dans les collections publiques sont, à ce point de vue, fort défectueux : et cela est d'autant plus regrettable que leurs légendes sont plus développées que celles des pièces du module ordinaire, et que leurs types comportent naturellement des détails et des particularités qui ne sauraient exister sur un flan de moindres dimensions. C'est donc une bonne fortune véritable que de pouvoir étudier à l'aise et sans avoir besoin de recourir aux conjectures et aux restitutions de types ou de légendes frustes, quelques-uns de ces monuments qui comptent parmi les plus grands que l'art monétaire ait jamais produits.

1. Ce sont les médaillons n** 3 et 4 : je les ai fait reproduire dans l'ouvrage posthame de Fr. Lenormant, Monnaies et médaillée, pp. 181 et 182.

ou un adieu des marins cyzicéniens à leur patrie, ou bien même comme formant le début d'une de ces mélopées populaires chantées par les marins durant leurs voyages ; mais la comparaison avec Tinscription d'une autre médaille va nous permettre de proposer une interprétation plus scientifique.

Eckhel a donné, avec cette science et cette sûreté de critique dont il se départit rarement, une fort ingénieuse explication de la légende d'une monnaie d'Ephèse, à l'effigie de Philippe père, qui se rattache étroitement aux pièces cyzicéniennes que nous étudions ici. Sur cette monnaie, qui est aussi au type d'une galère, on lit €<t>€CinN*A-KATAnAOYC*. Un passage d'Ulpien*, relatif au départ des magistrats romains dans les provinces, est le commentaire direct de ce type et de cette légende. En arrivant dans sa province, le proconsul était reçu avec les plus grands honneurs et il faisait dans la métropole une entrée triomphale. Dans la province d'Asie, où il ne pouvait pénétrer que par mer, son arrivée s'appelait xaTauXo^ç {adnavigatio)^ et il devait aborder d'abord à Ephèse, la première métropole (inier matrices urbes Ephesum primant attingere). Ainsi, d'après ce témoignage, conclut Eckhel, c'est l'entrée du navire du proconsul dans le port d'Ephèse, qui se trouve désignée sur la monnaie par le mot xaTaTrXouç, et la lettre A de la légende signifie qu'Ephèse était la première des villes d'Asie visitée

1 Mionnel, Suppl, t. VI, p. 188, n* 719 ; cf. Eckhel, D. N. K., t. U, p. 518.

2. Ulpien, DigeiC, I, 16, 4, §5; cf. J. Marquardt, Romiache Slaatêverwal" tung, 2« éd. (Leipzig, 1881), p. 337. (Handbuch der rômischen Alterthflmer), et WaddingtoD, Faste* des province* a*iaitfue*, p. 15 et 16.

par le proconsul (upôToç xaTauXoiiç, prima adnaifi" gatio ad Ephesiorum urbem).

Cette interprétation si judicieuse et si intéressante nous paraît jeter une certaine lumière sur la légende cyzicénienne : KAIPE TTOAI. Après avoir visité Ephèse, le proconsul parcourait successivement les villes principales de sa province, surtout les villes qui, comme Cyzique, prétendaient au titre de métropole* ; comme tout nouveau fonctionnaire, il arrivait la bouche pleine de promesses, et il était accueilli avec des démonstrations de joie. Sur le navire qui le portait, Tinscription ce j^arpe, iroXt » était une avance flatteuse faite à la ville qu'il allait visiter, un souhait de bienvenue.

Chaque nouveau proconsul avait recours à un procédé de son choix, à une devise particulière pour conquérir les suffrages des villes qu'il devait administrer : c'est dans ce sens, fort probablement, que Ton doit chercher à expliquer un autre grand médaillon de Cyzique, au type de la galère et à l'effigie d'Hadrien : sur cette nouvelle pièce, on lit, au dessus du navire, le mot €YTYX€CTATOY, dont l'interprétation a rebuté Eckhel lui-même*.

Tout en indiquant la voie dans laquelle on doit chercher, je n'ose formuler des hypothèses, n'étant nullement certain que la forme du génitif masculin, donnée par l'ancien catalogue d'Énnery, soit correctement lue. Peut-être doit-on comprendre :

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