‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 197 sur 239 · IO · texte numérisé non relu

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d'Edesse (i). Ce long et remarquable mémoire, auquel TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres a décerné le prix Bordin en 1891, m'a paru appeler, comme complément, une étude sur les monnaies d'Edesse et de ses rois dans l'antiquité. De même que les écrits publiés sur l'histoire politique méritaient une refonte complète, de même aussi les recherches dont la numismatique édessénienue a été l'objet de la part de Bayer (2), de Visconti (3), de Charles Lenormant (4), de Victor Langlois (5), doivent être soumises à une revision totale, dont le principal fondement sera, à la fois, le récent renouvellement des données historiques et les découvertes numismatiques des cinquante dernières années.

Édesse était bâtie sur les bords d'un affluent du Chaboras (Khabour), auquel les historiens grecs et romains ont donné le nom de Scirte (2«if«f) à cause de la rapidité de sa course («-«^r*»-) (6), Ce

(i) Dans le Journal asiatique , 1891 (8« série, t. XVIII et XIX).

(2) Bayer, op. cit.

(3) Visconti, Iconographie grecque, t. II, pp. 4 a 12.

(4) Cn. Lenormant, Trésor de numismatique. Rois grecs, pp. i3o ;j 134.

(5) V. Langlois, Numismatique de l'Arménie dans V antiquité, pp. 48 à 82.

(6) Les historiens du moyen âge doiment à ce torrent le nom de Daiçan ; il s'appelle aujourd'hui le Cara-Koyoun. R. Duval, toc, cit., p. 93.

torrent, ainsi que le mont Masios d'où il descend, sont rappelés, comme nous le verrons, sur les monnaies, où Ton voit le génie de la ville, Tij^ti 'EdïTTHr^f, assis sur une montagne et ayant à ses pieds le génie du fleuve, nageant dans les flots.

D'après la tradition classique recueillie par les

chroniques syriaques, Edesse devait son nom à une colonie de Macédoniens transplantés en Mésopotamie par Séleucus I Nicator : ces colons étaient originaires d'Edesse en Macédoine : "E/ia»*,

M««f<A,«'«, dit Etienne de Byzance. Antérieurement à l'arrivée de ces Macédoniens, la ville portait le nom de Ourhoi, d'où le terme d'Orrhoène ou Osrhoene^ qui désigne toute la contrée. Ce nom oriental a persisté dans l'usage populaire pendant toute l'époque gréco-romaine, en concurrence avec le nom officiel Edessa ; ^ni^^ quand les Romains furent définitivement chassés du pays, l'appellation orientale redevint exclusive, sous les variantes Ourhoi, Ourha, Orfa, Roha, les seules que connaisse le moyen âge. La forme que fournissent les médailles dont nous devons nous occuper ici, est toujours liàESiA, dont l'ethnique est EAESIHiNiiN; les monnaies d'Edesse de Macédoine donnent une autre ethnique : EAE22ÀliîN ou quelquefois EAE2:2EÛN.

Les premières monnaies qui aient été frappées à Édesse sont des bronzes à l'effigie du roi de

Syrie Antîochus IV Épiphane (i). Ces pièces ont pour u-pe de revers Zeus aétophore debout, avec la légende : ANTIOXFiiN TÛN EHI KAAAIPOHI; cette

inscription prouve qu'Edesse porta un instant le nom d'Antioche, à cause d'une colonie d'Antiochéens qui vinrent s'y installer. Ce fait n'a rien qui doive surprendre puisque d'autres villes syriennes, dans lesquelles Antiochus IV installa aussi des colonies d'Antiochéens, changèrent leur nom véritable en celui d'Antioche. C'est ainsi que nous pouvons énumérer, d'après les monnaies, Antioche sur le Sarus (Adana), Antioche de Mygdonie (Nisibe), Antioche de Ptolémaîde (Acé), Antioche, près Daphné, la capitale de la Syrie.

Edesse adoptant, comme tant d'autres colonies, le nom d'Antioche, dut ajouter un qualificatif à sa nouvelle dénomination pour se distinguer des villes homonymes et particulièrement d'Antioche de Mygdonie, sa voisine. Elle fut ainsi amenée à prendre le nom d'une belle et limpide fontaine que Pline signale dans ce passage : Edessam quœ qnondam Antiochiadicebatur, Calirhom a fonte mmti' natam. Imitant encore en cela les autres villes, Antioche près Callirhoé reprit son nom d'Édesse à la mort d'Antiochus IV ; elle répudia bien vite le vocable d'emprunt qui lui avait été officiellement imposé, et les monnaies à l'effigie du roi de

(i) E. Babelon, Les rois de Syrie, d'Arménie et de Commagène, (Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque nationale.) Introd. pp. en et suiv.

Syrie cessèrent d'être frappées dans cet atelier qui n'eut qu'une existence éphémère.

Après bien des bouleversements politiques, ce lut sous le règne de Mithridate I Arsace VI (174 à i36 environ av. J.-C.) que la Mésopotamie tout entière passa définitivement sous la domination des Parthes. C'est alors que s'organisa la vaste confédération de petits royaumes tributaires du monarque parthe qui, pour la première fois, reprit sur ses monnaies l'ancien titre des princes achéménides, BA2IAEY2; BAIIAEÛN. Le royaume d'Osrhoène fut créé dans ces circonstances. La Chronique d'Edesse^ rédigée vers l'an 55o de notre ère, d'après des documents authentiques, fixe en l'an i32 avant J.-C. l'époque de la fondation du royaume de l'Osrhoène : c'est la date adoptée par M. Alfred vou Gutschmid dans son étude sur la chronologie des rois d'Edesse (i), et M. Rubens Duval a suivi le savant allemand (2).

La série chronologique des rois de ce petit État, qui ne dépassait guère, comme limites, la banlieue d'Edesse, est à peu près fixée depuis ces dernières recherches de M. von Gutschmid que M. Duval considère comme définitives à ce point de vue. Nous aurons pourtant, comme on le verra,

(1) A. VON Gutschmid, Untersuchungen ûber die Geschichte des Kônigreichs Osroéne, dans les Mémoires de l' Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, VII* série, t. XXXV, n® i , ^int-Pétersbourg . 1887, in-4«.

(2) R. Duval, dans le Journal asiatique, t. XVIII, 1891, p. 106.

en nous fondant sur la numismatique^ à modifier, sur plusieurs points importants, la liste adoptée par ces savants. Les difficultés proviennent de ce que les auteurs grecs et latins ne nous ont pas transmis de liste suivie de ces dynastes, politiquement négligeables, qu'ils ne citent qu'accidentelment, selon que le veut la marche des événements qu'ils racontent. Quant aux chroniqueurs orientaux, les uns, comme Moïse de Khorène, ne mentionnent également ces princes que d'une manière fortuite, les autres, comme la Chronique d'Edesse, ne nous sont parvenus que mutilés, leurs manuscrits ne nous livrant que des éphémérides incomplètes ou parsemées de lacunes. Le patriarche jacobite Denys de Tellmahrê, qui écrivait vers Tan 776 de notre ère (i), est le seul des auteurs syriaques qui nous ait transmis la série complète des rois d'Edesse; mais cette liste fourmille d'erreurs, et c'est principalement à la revision critique du récit de Denys de Tellmahrê que s'est appliqué M. von Gutschmid dans le travail précité. Laissant donc de côté les systèmes chronologiques proposés dès le siècle dernier par Assemani (2) et par Bayer (3), puis, dans des temps plus

( 1 ) R. DuvAL, dans le Journal asiatique, t. XVUI, 1891, p. 1 16. Le lirrc premier de la Chronique de Denys, qui comprend depuis roriglne du monde jusqu'après Constantin, a été édité en i85o par Otto Tullbp;rg : Dionysii Telmahharensis Chronici, liber primus, Upnlis, i85o

(2) ÂssEMANi, Bibliotheca orientalis, t. H, pp. 98 et iuiv.

(3) Bayer, Historia Osrhaaiœ, p. 43.

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rapprochés de nous, par Saint-Martin (i), Victor Langlois (2) et M. A. von Gutschmid lui-même, dans un premier travail (3), nous nous contenterons de reproduire ici la dernière liste de ce savant, que M. Rubens Duval a acceptée sans réserve : elle représente Tétat actuel de la question.

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