‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 20 sur 239 · PI. III · texte numérisé non relu

PI. III

1 , Quatre fleurs de silphium épanouies et groupées en croix autour d'un point central.

ï^. Carré creux. Or. Statére, 7 gr. 12.

Cabinet de France. PI. III, fig. 1.

Les fleurs de silphium qui forment le type de cette monnaie d*or ne permettent pas de l'attribuer à un autre pays que la Cyrénaique. Ce statère rentre donc dans la catégorie des pièces que M. Ludwig MûUer * a classées sous la rubrique « Monnaies autonomes sans noms de ville », et qui sont les plus anciennes qu'on ait frappées en Cyrénaïque. Cependant, la place chronologique à assigner, dans cette série même, à la pièce que nous venons de décrire, ne laisse pas que de soulever quelques difficultés. Au début du monnayage

< L. MûUer, Numismatique deVanciennc Afrique^ t. I, p. 9 et suiv. B. 3

cyrénéen^ MùUer classe deux pièces en électrum : un distatère attique de 17 gr. 40, et un stalère de 8 gr. 64 *. Le statère que nous publions aujourd'hui ne saurait être rapproché de ces deux pièces, sous aucun point de vue. D'abord, il est en or pur, tandis que les monnaies décrites parMûUer sont en électrum, comme les cyzicènes et les autres pièces d'électrum globuleuses d'Asie Mineure ; les fleurs de silphium sont disposées tout autrement et de manière à former un type inconnu jusqu'ici dans toute la série cyrénéenne ; la forme du carré creux du revers est aussi différente, car sur les pièces données dans MùUer, ce sont des rectangles allongés; enfin, le poids lui-même ne concorde pas : noire stalère de 7 gr. 12 suppose un distatère de 14 gr. 25 : c'est le système lydien, tandis que les électrum de MûUer sont taillés dans le système attique.

Ces différences sont si fondamentales qu'il est permis de croire que les deux pièces d'électrum attribuées à la Cyrénaïque par MûUer ne sont, en réalité, pas de ce pays. Au surplus, en les examinant attentivement, on reconnaît que les rugosités qui en décorent le flan ne sauraient figurer des fleurs de silphium, ainsi qu'on l'a dit. Il y a donc, ce semble, des raisons sérieuses de reporter à l'Asie Mineure, à côté de toutes les autres pièces d'électrum de cette contrée, ces deux curieuses monnaies. A la vérité, le rectangle creux, partagé en deux parties par une arête saillante, qui caractérise leur revers, se rencontre sur des pièces d'argent incontestablement cyrénéennes : par exemple, le tétradrachme n° 2 de MùUer, deux autres tétradrachmes globuleux

^ L. MûUer, t I. p. 9, n» 1, et Suppl., p. 1, n» l, a.

trouvés à Rahineh et publiés par Longpérier *, enfin un quatrième, formant une variété peu importante, qu'a récemment publié M. le chanoine Greenweli ^. Cette considération est même le seul argument qu'on puisse légitimement faire valoir en faveur de l'attribution à la Cyrénaïque des deux pièces d'électrum ; ce n'est pas, néanmoins, une raison suffisante, puisque ce rectangle creux se rencontre identique sur des monnaies d'autres contrées, particulièrement sur des statères d'électrum d'Asie Mineure, au type de la tortue, sur des tétradrachmes archaïques de Xanthus en Lycie, de Camirus dans l'île de Rhodes, de Poseidiondans l'Ile de Carpathos ^, etc.

Si l'on persistait, malgré tout, à classer à la Cyrénaïque les deux électrum en question, on serait, dans ce cas, forcé d'admettre qu'une distance considérable les sépare du statère que nous publions, et en outre que, dans cet intervalle, une révolution s'est opérée dans le système monétaire de la Cyrénaïque pour les types, le style, le poids et le métal des espèces. Pour ma part, je préfère admettre que le monnayage cyrénéen ne connaît pas de monnaies en électrum, et que les deux pièces de ce métal publiées par MûUer doivent être reportées a l'Asie Mineure. Observons enfin que, si le statère que nous avons décrit en tête de cette notice ne concorde en aucune façon avec ces électrum, il rentre parfaitement dans le système des pièces d'or que Mûller appelle de la seconde époque ^. Le métal

« lUvue numùmatiqut, 1861, pi. XVIII, n<» 12 et 13. t IfumUiMiie ekronxclt, 1885, pi. l,n*lS.

s Imlioof-Biumer^ Choix de monnaie* grecques, pi. IV, fig. 143, et Texte, p. 317.

« liaUtr, op. cit., p. Î4.

est également pur ; le système monétaire est le même, puisque Mûller donne un demi-statère de 3 gr. 43, un quart de statèrede 4 gr. 68, ce qui fournit un statère lydien de 7 grammes environ, en tenant compte du frai. Ainsi donc, en éliminant les deux |)ièces d'électrum que nous considérons comme étrangères à la Cyrénaïque, le statère que nous venons d'étudier prend place en tête des monnaies d'or cyrénéennes ; il a été frappé vers Tan 500 avant notre ère, sous la dynastie desBattiades.

2. Sanglier passant à gauche ; dessous, un globule et deux fleurs de silphium, latéteen bas, séparées par un globule et réunies par une tige qui forme à ses extrémités deux enroulements symétriques.

i^. Carré creux divisé en quatre compartiments.

Ar. 4. Didrachme, 8 gr. 15.

Cabinet de France. PI. III, fig. 2.

Ce didrachme se rapproche, par son type, de celui de la collection de lord Strangford queMùUer a décrit *. Ces deux médailles sont, en outre, de même style et de même poids ; elles sont contemporaines, c'est-à-dire des premiers temps du monnayage en Cyrénaïque. Si on les compare attentivement, on verraque le type de la nouvelle monnaie oflfre des différences notables avec le type de la pièce dessinée dansMùUer. Lesangliern a pus la même attitude; sur le didrachme de la collection Strangford, trois tiges de silphium émergent d'un point central ; elles sont elles-mêmes séparées par trois points. Enfin, les deux enroulements symétriques que

« Mûifer. op. cit., p. iO, n' 15.

nous avons signalés sur notre pièce ne sont pas sur celle de MûUer. Or, ces enroulements sont particulièrement remarquables, comme nous allons le démontrer. Disons préalablement que, sans énumérer toutes les villes grecques qui ont des monnaies au type du sanglier, celui qui figure sur notre médaille a une ressemblance frappante avec celui qu'on voit sur des pièces archaïques de même style et de même poids, attribuées à la Lycie, ainsi que sur des pièces de lalysus, dans THe de Rhodes. L'analogie est si parfaite qu'elle ne saurait être attribuée au hasard, et qu'on est amené à conclure à une imitation directe des types monétaires, occasionnée sans doute par des rapports commerciaux. D'autre part, le duc de Luynesa publie, dans ses monnaies cypriotes, quatre pièces d'argent ayant, au droit, un sphinx ou une tète, et au revers une grande fleur qui occupe tout le champ de la pièce. Cette fleur, qu'on regarde comme celle du lotus, est

identique à la fleur de silphium qu'on voit sur notre pièce, et, de plus, elle e^t munie d'une tige qui forme deux enroulements symétriques semblables à ceux que nous avons signalés tout à l'heure *. Sur quelques-unes de ces monnaies données à un roi incertain d'Llalium par M. J.-P. Six^, on lit des caractères cypriotes qui rendent incontestable leur attribution à l'île de Cypre. Mais leur type, rapproché de celui de notre médaille, atteste les relations commerciales de Cypre et de la Cyrénaïque, relations d'ailleurs signalées par les auteurs.

* Duc de Luynes, Aumitmatiqve cl inxrriptiont njpriotet, pi. YI, fig. 3 el 9, et pi. XII, fig. 4 et 5.

* Bet^e numismatiqur, 18^3, p. 31b.

3. Personnage courant à gauche et détournant la tête, tenant dans chaque main étendue une fleur de silphium.

i^. Carré creux en quatre compartiments.

Âr. 4. Didrachme, 8 gr. 48.

Cabinet de France. Pi. III, fig. 3.

Le style de cette monnaie, la forme du carré creux, l'épaisseur du flf^n, le grénetis, le poids, tout, en un mot, la rapproche de la pièce précédente et la classe au même pays et à une époque contemporaine. On peut aussi constater que la fleur que tient à la main le personnage est identique à celle qui figure sur le didrachme précédent, ainsi que sur plusieurs médailles publiées parMûller *. Il convient d'insister particulièrement sur l'attitude de l'homme en course et comme à demi agenouillé. Cette posture réaliste de l'homme qui bondit en faisant un violent effort musculaire se rencontre sur un grand nombre de monnaies grecques de style archaïque et appartenant aux pays les plus éloignés. Des pièces attribuées à Lete de Macédoine représentent un Satyre dans la môme expression^. Le type de quelques tétradrachmes de Mallus a aussi la même attitude qu'on observe encore sur des pièces pamphyliennes et sur des statères d'électrum de Cyzique '. Il est non moins intéressant de constater que le personnage en course de notre médaille a encore une pose pareille à celle du Minotaure sur les monnaies archaïques de Cnossus en Crète. Le Mino-

« Op. cit.. p. 40. no» 15 et il, et SuppL, pi. I, n* <4, o.

« Pcrcy-Gardner, Typet of grcck coins, pi. I, 6g. 3 et 6.

^ Fcrcy-GariJner, pi. lY, 6g. 19, 20,24,30. Duc de Luynes. Numùmmtiqme et irucriptwn» cyprioUs, pi. II, fig. U ft 15 ; pi. VI, fig. 7 el 8; pi. VII, fig. t, 3 et 4.

taure, représenté courant à gauche, tient dans sa main droite qu'il élève, non unefleurdesilphium,il est vrai, mais un objet incertain, probablement un glob^. Il y aurait beaucoup à dire sur ce type étrange qui s'est partout répandu et propagé avec les modifications secondaires que comportaient les usages et la religion de chacun des pays où il s'est transplanté. Sur les grandes pièces de Caulonia, dans le Bruttium, on voit un Apollon, dans Tattilude de la lustration, tenant un rameau de laurier à la main et portant sur le bras une petite figure nue qui court de la même façon que les types archaïques que nous venons de signaler ; cette figurine tient dans chaque main une branche de laurier, et Raoul Rochette la regarde comme le génie de la lustration personnifié *. ATarente, un homme nu, et courant avec une pareille contraction des muscles, parait sur de grandes pièces qui ont déjà provoqué les recherches de divers savants. D'une main, il tient une lyre et, de l'autre, une fleur liliacée qu'il rapproche de son visage. Ottfried MûUer * a vu dans ce type un Satyre portant la fleur satyrion {(jazùpicv)^ plante à racine bulbeuse dont la tige était semblable au lis : c'est une allusion à la fondation de Tarente dans un site nommé Satyrion et à l'oracle qui y avait présidé. D'autres voient dans ce type un Apollon ou Taras lui-même ', tenant en main la fleur satyrion : cette fleur est pareille à celle que tient le personnage représenté sur la pièce cyrénéenne. Quoi qu'il en soit, ces

1 Raoul Roclictlc, Observations sur le type des monnaies de Caulonia, dans SCS Mémoires de numismatique et d'antiquité {in-A*,iSAO)t p. 26.

> Annales de l'Institut archéol. de Rome, t. V. p. 166.

> Raoul Rochette, Estai sur la numismatique tarcntinef dans ses Mémoires dé humistnaliqut et d'antiquité, p. 192-193.

exemples suffisent à démontrer que cette même allure forcée et violente d'une figure en course se rencontre sur un grand nombre de monnaies de style archaïque, dans presque toutes les contrées grecques, chaque ville donnant cette attitude à des divinités diverses, selon les variantes que commandaient les traditions locales. Il y a imitation artistique et non traduction d'une même légende ou interprétation d'un même mythe.

4. Personnage ailé courant à droite, avec des ailes aux pieds, tenant de la main droite élevée une sorte de disque perlé ; devant lui, une fleur de silphium.

1^. Carré creux en quatre compartiments.

Ar. Didrachme, 7 gr. 45.

British Muséum. PI. III, fig.4.

Cette pièce d'argent est au British Muséum, où elle est classée parmi les incertaines de la Macédoine ; elle appartenait auparavant à Borell,. qui se l'était procurée dans une ville d'Orient, peut-être, dit-on, à Salonique, mais cela n'est pas sûr *. La position du personnage est analogue à celle que nous venons de décrire plus haut ; le style est le même, le carré creux est identique, le poids est également un indice de rapprochement. Mais ce qui achève de nous convaincre que cette pièce doit être classée à la Cyrénaïque, c'est la fleur qui figure dans le champ et qui n'est point une rose, comme on l'a dit, mais une fleur de silphium. Elle est semblable à celle qui figure sur la pièce précédente, et il est évident qu'on ne saurait séparer ces deux médailles l'une de l'autre. D'ailleurs, la figure ailée elle-même se voit

i British Muscum, Catalogue of greek coins. Macedonia, p. 136. Cf. Percy Gnrdner, Typet of greek coins, pi. Ml.no 8.

sur une drachme cyrénéenne publiée par Mûller *. L'attribution de la monnaie précédente (n° 3) à la Cyrénaïque n'étant pas douteuse, celle-ci ne saurait i'ôlre, bien que des indices de style et de poids aient pu faire croire que cette médaille appartenait à une contrée voisine de Lele et de Mende, en Macédoine.

5. Tête barbue et diadémée de Jupiter Ammon à droite, dans un carré creux.

û. La nymphe Cyrène assise sur un siège, tournée à droite et étendant la main droite vers une grande tige de silphium ch:u'gée defruils, qui se dresse devant elle; dans le champ, à gauche, le fruit du silphium.

Ar. Tétradrachme , 47 gr. 50.

Cabinet de France. PI. III, fig. 5.

Nous n'avons rien à dire de la tête de Jupiter Ammon qui figure au droit de ce létradrachme, sinon à en signaler l'archaïsme et la barbarie. On peut, au point de vue du style, comparer cette médaille à plusieurs autres publiées par Mûller et par F. Bompois^ Le type du revers, où nous croyons reconnaître la nymphe Cyrène cueillant le silphium, est à rapprocher du type de la médaille où Ton voit Hercule cueillant les pommes du jardin des Hespérides ^.

6. Tête cornue de Jupiter Ammon, vue de trois quarts, à droite.

i^. Tête casquée de Pallas à droite. Br. 4 */j. Collection de M. A. Baudry. PI. III, fig. 0.

» MulliT, op. cit., t. I., p. 12 cl p. 25. Cf. p. 19.

* Mûller, op. cit., p. 12, a- 26, cl Suppi., pi. I, 20, a el b; F. Bompoi«, Bévue numismatique, {S69, pi. I, p. 10, el pi. III, n' 2. î Millier, op. cit., p. li, fig. 23.

Cette jolie petite pièce de bronze fait partie de la collection de M. Ambroise Baudry, au Caire, qui me l'a communiquée avec une parfaite obligeance. La tête de Jupiter Ammon se voit de face sur des tétradrachmes de Barcé, et jusqu'ici cette tête de face n'avait été signalée que sur ces grandes pièces. Quant à la tête casquée de Pallas, qui figure au revers de la médaille de M. Baudry, on la rencontre plusieurs fois dans la série cyrénéenne, mais avec le casque corinthien * qu'ont les têtes d'Alexandre. Nous n'avons trouvé en Cyrénaïque le casque rond de la Pallas athénienne que sur une pièce de bronze qui a le silphium comme type de revers*.

7. Jupiter debout, le buste à moitié couvert d'un manteau, tenant une patère de la main droite, la gauche appuyée sur un long sceptre ; devant, le thymiatérion ; derrière, un crabe et un monogramme composé des lettres AKE.

lî.KYPANAION. La Victoire debout dans un quadrige allant au pas à droite.

Or. 4 '/j. Statère, 7 gr. 15.

Cabinet de France. PI. III, fig. 7.

Sur un statère aux mêmes types publié par Mùller' il n'y a pas de crabe au droit, et on lit le nom du magistrat nOAIAN0EY2 à la place du monogramme. Celui-ci, qui peut être lu \\yA70L\fOuCi ou 'Ajcs^ria^, est le nom d'un magistrat qui restera probablement toujours indéterminé. Il est intéressant de constater la présence de cv même monogramme sur un didrachme au type de

« «ullfr, op. rU , p. 52, no» 209, 210, 211 ; p. 53, n- Î21.

i 3lu;Urr, op. r</.,p. 54, n* 233.

* Op. r.u., I. f, p. *9. n* 192. Cf. Percy Gardner. Types of grttk coint,

pi. IX. ftg. 33.

Bacchus libyen et du silphium, qui a, sans doute, été frappé par le môme magistrat*. Ces pièces, sorties de l'atelier de Cyrène, sont contemporaines des premiers Lagides.

Page 1