‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 55 sur 239 · PI · texte numérisé non relu

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ri) A. Cartkult, /a Tnirc at/ii'unnne, p. />. (2; V Wr aussi ci-dessus, pp. 20-2 1 .

décida de faire la guerre aux Perses, sous l'hégémonie du roi de Macédoine, Atliènes avait dans son port plus de 35o vaisseaux de guerre, c'est-à-dire, à elle seule, presque autant que le Grand Roi (i). S'il est démontré que la stylis est le symbole de la domination sur les mers, comme l'api ustre et le gouvernail, nous comprenons aisément ce svmbole entre les mains d'Astarté debout sur un navire, sur les monnaies "de Sidon : ici encore, aussi bien que sur les monnaies d'Alexandre, le nom de hampe de trophée donné à cet emblème ne saurait se justifier et s'expliquer (2).

Il ne nous reste plus à présent qu'un point important à élucider. Pour quels motifs Alexandre place-t-il sur ses monnaies le type athénien qui se trouve figuré en même temps sur les amphores panathénaïques de l'année de son avènement?

Je rappellerai d'abord Thabilude qu'avaient les Grecs de mettre sur leurs monnaies des types relatifs aux jeux publics : c'est un fait si connu qu'il est superflu d'en citer de nombreux exemples, et je me bornerai à signaler l'amphore des jeux des Panathénées qui figure constamment sur les monnaies d Athènes du nouveau style: je

(i) Droysen, Hist.de l'Hellénisme, trad. Bouché- Lcclercq, t. I, \>. i63.

(2) Sur la monnaie de Sidon dont nous donnons une reproduction (PI. VII, tig. 7) on voit Astarté debout sur la galère sidonienne ornée de Taplustre; la déesse tient d'une main la stylis et de Tautre le manche d'un gouvernail symbolique, indépendant du gouvernail du navire sur lequel elle se trouve. Dans lintéressant article qu'il a publié récemment sur la Victoire de Samothrace (Ga:çette des Beaux-Arts, i^f semestre 1891), M. Salomon Reinach cite im passage de Tertullien dans lequel l'apologiste chrétien compare la croix à un trophée dépourvu d'armes. Ce rapprochement littéraire, qui ne saurait infirmer notre explication, est néanmoins curieux à noter.

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noierai aussi les monnaies de Philippe, le père d'Alexandre, dont les types rappellent les prix que remporta ce prince aux jeux olympiques, à la course en char ou h cheval. Les rapports d'Alexandre avec les Athéniens, dès le début de son règne, nous permettent de croire qu'il fut le principal héros des fêtes des Panathénées en 336. Après le châtiment terrible infligé par le jeune roi à la ville de Thèbes. qui avait refusé de reconnaître l'hégémonie macédonienne, les Athéniens, saisis d'épouvante, avaient envoyé à Alexandre des ambassadeurs pour excuser leur tiédeur. Contrairement à leur attente. Alexandre leur fit bon accueil et conclut avec eux un traité d'amitié, leur donnant rendez-vous, pour le complément des négociations, à Corinthe où la diète panhellénique allait se réunir (i). Dans cette assemblée, Alexandre fut nommé stratège des Hellènes, avec des pouvoirs illiuiités pour faire la guerre aux Perses. Ce fut alors qu'on ccflébra h Athènes la fête des Panathénées. Le peuple athénien, pris d'un bel enthousiasme pour le jeune roi qui s'était montré si magnanime, décréta pour lui des honneurs phis grands que ceux qui avaient été accordés à son père deux ans auparavant. Une inscription de cette année, dans laquelle l'orateur Lycurgue rend compte de son administration, contient un pcissage (hins lecpiel il est dit que dcfix couronnes d'or furent votc'vs à xAlexandre (2).

C'est (le ces circonslances et de ces honneurs extraordinaires accordés au roi de Macédoine, stratège des Hellènes. (|u'il faut rapprocher la création de la nouvelle monnaie d Alexandre et. en pnrliculier. la leHe d'Athéna

(t I>i.>a Sic. XVII. 4; C I. Attic, t II. n'> i«"x>. (2' r Koiii.FR. danb VUcrmcs, l. V, pp. 224 tt 22O.

roiflée d'un c.as(|ue corinthien, et la \ ictoîrc tenant une couronne et une stylis. A cette époque, grâce surtout à la sage administration de Ljcurgue, Athènes était dans une ère de prospérité qui lui rappelait les jours de sa plus grande puissance. Les économies accumulées dans les années florissantes qui suivirent la bataille de Chéronée permirent enfin aux Athéniens de s'acquitter envers la déesse poliade d'une dette d'honneur et de pieuse reconnaissance qu'ils avaient contractée dès le temps de la guerre du Péloponnèse. Ya\ 4^7: ^^^ effet, par suite de la détresse financière et des nécessités de la guerre, les Victoires en or qui ornaient le Parthénon et avaient été antérieurement consacrées à Athéna furent fondues pourêtre converties en monnaie. Sur dix qu'elles étaient, deux seulement échappèrent au creuset. Mais on avait laissé les socles en place, comme pour témoigner de l'enlèvement des statues et pour rappeler aux Athéniens que, conformément à leur engagement solennel, ils devaient remplacer les Victoires d'or, dès que leurs ressources le leur permettraient. Une fois déjà, au commencement du iv« siècle, l'occasion s'était offerte de réinstaller une Victoire d'or, fabriquée probablement avec les biens des Trente (i). Mais jusqu'à l'avènement d'Alexandre, il resta toujours sept supports à remplir. c( Ce fut, dit M. P. Foucart, l'orateur Lj^curgue qui procura à la République les ressources nécessaires pour

la fabrication des Victoires GrAce à lui l'œuvre fut

menée à bonne fin, et les auteurs anciens citent l'achèvement des Victoires en or comme un de ses titres de gloire (s). »

(i) p. Foucart, dans le Bm// decorr.hell , 1888, p. 292. Cf. ci-dessus, p. 190. (2) P. Foucart, loc. cit.; Pausan., I, 29; cf. Hermès, t. II, p. 24; C. /. Attic, t. II, 110739.

Dans les fêtes des Panathénées qui eurent lieu en 336. le rétablissement des Victoires fut roccasion de réjouissances extraordinaires, et il donna un éclat tout particulier aux jeux publics : les circonstances, en effet, étaient solennelles et émouvantes, puisque le dernier souvenir des malheurs de la patrie était effacé l'année même où l'on décrétait d'entreprendre la guerre nationale contre les Perses.

Voilà, on n'en saurait douter, pourquoi une Victoire est peinte à côté d'Athéna sur les amphores panathénaïques de Tan 336, date de la fin de l'administration de Lycnrgne. Voilà pourquoi aussi, sur les statères d Alexandre dont la frappe est inaugurée en cette annéelà, nous voyons figurer la même V ictoire qui porte d'une main la stylîs, emblème de la puissance maritime d'Athènes, et de l'autre, la couronne qui rappelle celles qui furent offertes à Alexandre, en même temps qu'elle* est un gage des succès militaires futurs. Au congrès panhellénicjue de Corinthe. on ne s'était pas contenté de décréter la guerre contre les Perses, sous l'hégémonie d'Alexandre, on avait aussi pris les mesures nécessaires pour équiper l'armée et se créer des ressources pécuniaires. Pour payer cette armée composée d'éléments arrivés de toutes les parties du monde hellénique, l'uniformité ilu système monétaire s'imposait comme une nécessité. De là. la création de la monnaie d'Alexandre, avec ses types nouveaux, son bon alui, son système si simple et si commode. Suivant l'expression d'un historien, l'or d'Alexandre déclarait ia guerre à l'or des Perses, avant que le futur conquérant eut mis le pied sur le sol de l'Asie.

Ainsi, pour résumer cette courte notice, nous avons réussi, si je ne m'abuse, à expliquer à tous les points de

vue. Ic> lype de la \ ietoire siii- les inoiinaie:! d'or d'Alexandre. Nous avons démontré que cette divinité tient à la main, non pas, eonmie on le dit généralement, une armature de tropliée, mais la stylis d'un navire : c'est une Victoire athénienne, et elle a pour attriliiit l'un des emblèmes de la puissance sur les mers. Ce type monétaire a été inauguré à roccasîon des honneurs sans précédents qu'on décerna h Alexandre aux Panathénées de l'an 336. et il rappelle qu'en cette année-là on acheva de rétablir, dans le temple d'Athéna Parlhénos, des Victoires d'or, à la place de celles qui avaient été fondues soixante-dix ans auparavant.

ËXTR4IT IIKS MFMOIRK^ PKtSKKTKS kV COIGRKS IlTtRIATIO^IL BC NI MI«>a4TI<^lR.

Bruxelles. J. Goem\erb, imp. du Roi.

ru« «le la I JmiU;. ii.

PI. VIII, IX et X.

L'île d'Aradus (IIIN, Ar^ad^ aujourd'hui ftuad), est mentionnée dans la Genèse (X, 18) qui donne les Arvadites comme fils de Canaan. Strabon dit qu'Aradus fut fondée par des fugitifs de Sidon, information qui pourrait bien faire allusion à la prise de Tile par les Sidoniens vers Tan 751 avant notre ère*. Quoi qu'il en soit de ces origines lointaines, qui ne paraissent pas avoir laissé de traces dans les types monétaires d'Aradus, cette ville devint rapidement le centre du commerce de la Phénicie du nord ; trop à l'étroit sur leur rocher, qui n'a pas deux kilomètres de tour*, les Arvadites fondèrent de nombreux établissements sur la côte de Phénicie ; nous avons eu l'occasion, il y a quelque temps, de rappeler ici les noms des filles cTAn^ad^ et de dire que Tune d'elles, Marathus, n'était, en quelque sorte, qu'un faubourg d'Aradus séparé de la cité par un large canal*.

Comme le reste de la Phénicie, Aradus eut à subir

1. MoTers, Die Phacnizier, t. II, 1" partie, pp. 368 à 370 ; cf. Maspcro, Uiai. de$ anc. peupUi de l'Orient (4* ëdit.), p. 474 .

3. Ruad a la forme d'un ovale d'environ 800 mètres de long sur 500 mètres de large. E. Renan, Mission de Phénicie, p. 22.

3. Marathus, dansla Reifuenumismatif/ue, 4' tri m., 1888, p. 497; cf. E. Renan, Mission de Phénicie, p. 22; G. Perrot et Ch. Chipiez, Uist. de l'art dans l'anti^ quité, t. IH, pp. 18 et suiv. Voyez ci-dessus, p. 86.

tour à tour, au gré des événements politiques, le joug des Pharaons et des Assyriens. Alors, elle avait déjà des rois, et plusieurs d'entre eux sont énumérés dans les récits que font les monarques ninivites de leurs conquêtes en Phénicie. Le dernier qui soit cité dans ces inscriptions, Yakinlu, fut déposé par Assurbanipal vers Tan 666 avant notre ère*.

Sous la domination des Perses achéménides, Aradus continua à avoir des dynastes héréditaires, et ceux-ci commencèrent à battre monnaie; ils étaient, comme ceux de Tyr, de Sidon, de Gébal, tributaires du grand Roi, et tenaient leur flotte à son service. Malheureusement, les auteurs ne nous ont conservé que quelques-uns de leurs noms. Nous voyons, chez Hérodote, que la flotte de Xerxès comptait un certain nombre de vaisseaux commandés par le roi d'Aradus, Merbal, fds d'Agbal. Nous ne connaissons pas les successeurs immédiats de Merbal. Pourtant, à cette époque, Aradus était la troisième ville de Phénicie, et elle égalait presque en importance Tyr elle-même. C'est, en effet, ce qu'on doit conclure du témoignage des anciens : ils nous informent que le commandement suprême de la flotte phénicienne était dévolu à un amiral perse dont le lieutenant était le roi de Sidon, et ce dernier avait sous SCS ordres les rois de Tyr et d'Aradus mis sur le même rang'. Les Aradiens paraissent être restés fidèles au roi de Perse, lorsque le roi de Salamine,

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