Arrien, Exped. Alex. y H
tout sa victoire à Issus, en 333, déconcertèrent ef démoralisèrent la flotte perse, en même temps qu'elles prédisposaient les villes phéniciennes à faire défection et à accueillir le conquérant macédonien. En quittant Aradus avec son contingent de navires, le roi Gerostratos avait laissé V intérim du gouvernement à son fils Straton. Alexandre, parvenu sur les bords de l'Oronte, s'apprêtait à envahir la Phénicie, lorsqu'il vit venir à sa rencontre le jeune Straton, qui lui offrit le royaume de son père absent, avec une couronne d'or*. Les autres villes phéniciennes, à l'exception de Tyr et de Gaza, accueillirent aussi le vainqueur. Alexandre était occupé au siège de Tyr en 332, lorsque les rois Gerostratos d'Aradus et Enylos de Gebal, se séparant de la flotte d'Autophradate, vinrent à leur tour offrir d eux-mêmes leur soumission et coopérer au siège de la vieille cité phénicienne*. Ce fut au prix de cette honteuse défection qu'ils conservèrent leur trône.
Les premières monnaies que les rois d'Aradus firent frapper sous la domination perse paraissent remonter, comme celles des rois de Sidon, de Gebal et de Tyr, à l'an 490 environ, peut-être jusqu'à Tavènement d'Artaxerxès II Mnémon en 405. A l'encontre des monnaies de Gebal et de Sidon, mais à l'imitation de celles de Tyr, les monnaies d'Aradus ne portent
1 Arrien, Exped. Alex., II. 13.
2. Arrien, Exped. Alex., II, 13. Quinte Gurce (IV, 1, 15) dit à tort que Straton était roi d'Aradus; il n'était que le fils du roi Gerostratos. Il ne faut pas d'ailleurs confondre ce Straton, avec le roi de Sidon, Straton II, qui fut détrôné par Alexandre après treize ans de règne. M. Droysen parait être tombé dans cette erreur, en voulant rectifier Quinte Curcc (Droysen, Hitt. de rhellénisme, t. I, p. 278).
pas les noms des rois qui les ont émises, et il serait impossible de les distribuer par règnes, alors même que Ton connaîtrait les successeurs de Merbal, c'est-àdire les prédécesseurs de Gerostratos. 11 faut donc se contenter de les grouper chronologiquement, d'après les types, le style et les dates. Ce classement a déjà été entrepris sommairement par divers savants, notamment par M. Six, dans Tune de ses belles études sur les monnaies phéniciennes*. Mais il m'a semblé que ces travaux étaient incomplets et appelaient une révision générale; je l'ai entreprise, en prenant pour base la suite des monnaies du Cabinet de France qui est particulièrement riche dans cette série.
Les monnaies d'Aradus soulèvent, en premier lieu, une question d'attribution, car si les noms des rois n'y sont pas inscrits, on n'y trouve le nom d'Aradus lui-même que sous une forme abrégée, énigmatique, et dont l'interprétation peut être controversée.
Sur la plus grande partie des pièces de l'époque perse, que nous attribuons à Aradus, on ne lit pour toute légende que les deux lettres phéniciennes j^hj (ND). Que signifie cette courte inscription à laquelle nous avons déjà fait allusion dans notre étude sur Marathus'?
Remarquons d'abord que ces lettres se trouvent non seulement pendant tout le temps de la domination achéménide, mais encore sur un tétradrachme d'Alexandre frappé après la venue en Phénicie du