Cf. Brandis, pp. 512 et
\y. Proue de galère, à droite; dessous, un dauphin, aussi à droite. Autour, un carré creux limité par un grènetis.
JR. 8 mill. Obole, 0 gr. 70. — PI. VIII, fig. 4.
La figure de Dagon est particulièrement intéressante à analyser dans ses détails. Les cheveux du dieu sont nattés et retombent en cordelettes abondantes sur ses épaules. Sa barbe est frisée, taillée en pointe. Sur les exemplaires bien conservés on voit, sur le ventre du dieu, un cercle ou disque qui parait mettre à nu ses entrailles: cette particularité rappelle un type des monnaies de Mallus en Cilicie, représentant un dieu qui tient des deux mains un disque sur son ventre*.
Le dieu phénicien Dagon, dont la forme se rapproche de celle du monstre marin des monnaies d'Itanus, qu'on désigne généralement sous le nom de Glaucos, était particulièrement adoré à Gaza et à Azot chez les Philistins : c'est de là, sans doute, que son culte s'est répandu jusque dans la Phénicie du nord. D'après l'étymologie généralement acceptée, son nom signitisixt poisson (Jll, 1^)*, et la Bible nous le dépeint comme un dieu marin qui avait un buste humain terminé par un corps de poisson.
Quant à l'hippocampe du revers, qui nage sur les flots, c'était évidemment, lui aussi, un dieu marin de la Phénicie, dont le nom nous échappe. On le retrouve
1. Imhoof-Blumer, Mallos^ dans V Annuaire de la Société de numismatique, 1883, pi. V, fijr. l'a à 19.
2. Il Y a une autre étymologie qui avait déjà cours dans Tantiqaité ; elle fait M'uir lJa:;on tic 731, froment: on ottribuuit, en conséquence, rioTention de lu <>hurruc et de la culture du blé ù Dagon identifié & Zeut Arotriot.
sur les monnaies des rois de Gebal et de Tyr contemporaines , et c'est sans doute par les colonies phéniciennes de l'Occident qu'il est venu prendre place dans la symbolique de la Sicile et de Tltalie méridionale, mais avec une véritable tête de cheval, et non plus avec une tète de griffon comme ici.
M. Six* place les pièces au type de Dagon un peu plus tard, c est-à-dire après les monnaies de notre deuxième période et immédiatement avant la conquête d'Alexandre. Les arguments que Ton pourrait faire valoir en faveur du classement de M. Six peuvent aussi être invoqués à notre avantage. 11 y a des pièces fourrées, d'un style très négligé, qui indiquent que ce monnayage s'est prolongé longtemps; la tète de griffon de l'hippocampe ressemble parfois à une tête de cheval. Mais ces exemplaires de mauvais aloi ou même de cuivre, ont pu être frappés dans un moment de crise financière, par exemple durant les guerres d'Evagoras P% qui se terminent en 386 : il existe aussi des monnaies fourrées de ce roi de Salamine. On pourrait songer également à la révolte dç Tan 351, à moins que l'on ne considère ces pièces comme des monnaies d'imitation postérieure, sans que leur existence puisse influer sur le classement des monnaies de bon style et de bon aloi.
Nous dirons tout à l'heure les raisons qui nous auto* risent à mettre en second lieu les pièces au type de Melqart. Remarquons seulement ici que la comparaison du revers des pièces aradienncs au type de
1. Dan 4 le Numism. chronide , 1877, p. 180; cf. B. llcad, ///*/. numoruntf p. 666.
Dagon, avec les plus anciennes monnaies des rois de Gebal, justifie entièrement notre classement. A Gebal, nous trouvons, en elTet, entre les années 400 et 350, des pièces qui ont au revers une galère phénicienne avec un hippocampe, et leur style ne permet pas de descendre à une époque plus basse les pièces aradiennes qui ont un type analogue. Ce monnayage parait donc prendre fin à Aradus, en 350, lors de la répression de la révolte de la Phénicie contre Artaxerxès III Ochus. Ainsi que nous lavons dit, Aradus était au nombre des cités qui, en 351, favorisèrent l'insurrection du roi de Sidon Tenues; après avoir raconté la ruine de Sidon et le châtiment de Tennès en 350, Diodore de Sicile ajoute (XVI, 45): « Toutes les autres villes de la Phénicie, effrayées parce terrible exemple, se soumirent aux Perses. • Il faut donc comprendre Aradus parmi les villes qui s'inclinèrent alors sous le joug du grand roi.
Aux pièces que nous venons de décrire se rattache une série de petites monnaies qu'on peut qualifier de microscopiques, car ce sont bien les plus petites que l'art monétaire ait jamais produites. Ces pièces sont anépigraphes, et il ne parait pas qu'on doive les attribuer à un autre pays que la Phénicie, bien qu'on trouve des monnaies presque aussi petites à Lesbos. Le duc de Luynes, qui en avait la plus remarquable collection, les avait reçues de Syrie; elles provenaient, d'ailleurs, probablement d'ixM trouvaille unique. Les autres pièces du Cabinet des Médailles, acquises il y a quelque quarante ans, venaient aussi de Syrie; M. le docteur Bouvier,
professeur à la faculté française de médecine de Beyrouth, en possède un assez grand nombre d'exemplaires qui, tous, à ce qu'il m'affirme, ont été ramassés dans les sables de l'île de Ruad ; enfin M. Feuardent en a également quelques-uns qu'il tient de F. de Saulcy, qui les avait recueillis dans la région aradienne. J'ajoute que ces monnaies se laissent classer assez bien par leurs types et leur style au milieu des monnaies d'Aradus. La première, plus grande que les autres (pi. VIII, fig. 5), a, au droit, une tète de style archaïque, à la barbe pointue , qui ressemble à la tête de Dagon sur les plus anciennes des pièces que nous avons décrites tout à l'heure. Le revers est une proue de navire pareille à celle des monnaies d'Aradus classées dans notre seconde période.
Voici, d'ailleurs, la description de ces menues monnaies et les groupes que forment leurs variétés.
4. Tète de style archaïque, à barbe pointue, les cheveux calamistrés, à droite.
J^\ Proue de navire à droite (elle pourrait, à première vue, être prise pour une tête de lion ou de taureau). Carré creux bordé d'une ligne de perles.
ift. 7 mill. 0 gr. 37. — PL VIII, fig. 5.
5. Tête de style archaïque, barbue, à droite (style différent de la pièce précédente), les cheveux en stries parallèles et perpendiculaires.
9'- Proue de navire à droite; dessous, un dauphin. JR 5 mill. 0 gr. 135. — PI. VIII, fig. 6, 7 et 8.