‹ Mélanges numismatiquesChapitre 80 sur 109 · Imhoof-Blumer, Monnaie» grecquee^ p. 447 et · texte numérisé non relu

Imhoof-Blumer, Monnaie» grecquee^ p. 447 et

Si Ton remontait aux travaux antérieurs à Brandis, la liste serait longue des ouvrages où se trouvent décrites au moins quelques-unes des pièces dont il va être question. Aussi, si j'ai annexé deux planches au présent mémoire, c'est à seule fin de rendre ma démonstration plui$. saisissante et d'épargner au lecteur qui voudra bien me suivre, la peine de recourir à d'autres écrits : en fait de documents numismatiques, je ne lui offre rien d'inédit.

Bien que susceptibles de se grouper, comme on le verra tout à l'heure, en plusieurs séries distinctes, nos monnaies, si l'on n'en considère que les caractères généraux, sont manifestement de la même famille. Elles offrent le même aspect extérieur; le flan est très épais; la gravure est presque toujours d'un style lourd ; les types eux-mêmes répondent à une description peu variée que nous caractériserons comme il suit :

D'un côté, une galère phénicienne dont la proue est ornée d'une figure de patèque, et qui est généralement sans voiles. Tantôt elle est amarrée au pied d'une forteresse, tantôt elle vogue sur des flots représentés par des lignes parallèles ondulées. Au dessus de la galère, on relève des chiffres ou des lettres phéniciennes et araméennes. Au revers, le roi de Perse, debout dans un char traîné par deux ou trois chevaux* ; l'aurige est dans le char à côté du Roi des

1. Les auteurs Tarient sur le nombre des cheyaux; je n'en ai jamais tu que trois et quelquefois deux seulement, sur tous les exemplaires qui me sont passés par les mains et sur lesquels les détails de l'attelage étaient suffisamment reconnaissables.

rois. Celui-ci est barbu et coiffé de la haute tiare appelée cidaris; il étend et élève la main droite. Le plus fréquemment, suit à pied, derrière le char, un personnage qui tient un long sceptre terminé, à sa partie supérieure, par une tète d'animal, la gueule béante. Dans le champ, au dessus des chevaux, il y a presque toujours des caractères phéniciens ou araméens variables.

Les plus grandes de ces monnaies sont des doubles sicles ou octodrachmes , et leur poids varie de 25 grammes à 28 gr. 40 environ. Il y a des demisicles ou didrachmes, des quarts de sicle ou drachmes, des seizièmes de sicle ou oboles. Ces divisions répondent, pour la plupart, à la même description que le double sicle ; elles n'y ajoutent guère qu'un type nouveau ; c'est le roi achéménide debout, luttant contre un lion qui se dresse devant lui.

Quelques pièces de bronze, enfin, se rattachent à la même série. Elles ont, au droit, soit une tête barbue coiffée de la tiare, soit un roi à demi agenouillé et tirant de l'arc, type ordinaire des dariques; soit, enfin, le char royal achéménide. Le revers est occupé par le type ordinaire de la galère phénicienne surmontée d'une indication numérale.

Telle est, sommairement décrite, la série monétaire dont je vais essayer de déterminer l'origine et que je voudrais faire contribuer à éclaircir quelques points obscurs de l'histoire de la Phénicie sous les derniers Achéménides. On peut dire que ces monnaies sont restées jusqu'ici une énigme pour les numismatistes ; car les nombreuses attributions qu'on en a faites, les

variations, les contradictions même des auteurs à leur égard, montrent bien jusqu'à quel point Tincertitude est restée dans les meilleurs esprits. D'aucuns, comme Charles Lenormant*, attribuaient ces pièces à Xerxès et cherchaient à reconnaître dans les types principaux une allusion à la marche triomphale de ce roi à travers l'Asie, quand il entreprit son expédition contre la Grèce. D'autres ont songé à Aryandès, ce fameux satrape égyptien qui, suivant le récit d'Hérodote (IV, 166), fut mis à mort par ordre de Darius, fils d'Hystape, pour avoir fait frapper une monnaie d'argent de meilleur aloi que celle du Grand Roi*.

Brandis classe cette série monétaire dans la IX"' satrapie, celle qui comprenait l'Assyrie et la Babylonie, et il la répartit, on peut dire au gré de sa fantaisie, entre les rois de Perse, Xerxès, Artaxerxès II et Artaxerxès III'. Les auteurs plus récents n'ont, en dépit de leurs efforts, pas fait sensiblement avancer la question. Dans son livre, paru en 1877, sur les monnaies de la Lydie et de la Perse, M. Barclay Head déclare qu'il est difficile de dire si ces monnaies perses ont été frappées dans les villes de la côte de Phénicie, ou si elles doivent être, au moins en partie, attribuées aux villes de l'intérieur de la Syrie et de la vallée de l'Euphrate. Avec beaucoup d'hésitation il propose d'en donner quelques-unes à

1. Trésor de numismatique et de glyptique. Rois grecs, p. 138.

2. F. Lenormant, La monnaie d ins ^antiquité, II, p. 6; B. Head, The Coinage of Lydia and Persia, p. 36.

3. J. Brandis, Das Mum-Mass-und Gewichtswesen in Vorderasien, p. 226, et 424 à 426.

Thapsaque elles autres àTyr*. Mais le même auteur fait lui-même bon marché de ces attributions ; car, dix ans plus tard, en 1887, dans son Historia numoruniy il classe ces monnaies sous la rubrique de Sidon et il les considère comme frappées à Tripolis, dans le quartier de cette ville qui appartenait aux Sidoniens*.

En ceci, d'ailleurs, M. Head ne fait qu'abandonner ses propres hypothèses pour accepter celles ou, plus exactement, l'une de celles de M. Six. Dans une étude publiée en 1884 dans le Numismatic Chronicle^ le savant hollandais propose en effet l'attribution à Tripolis. M. Six donne les plus anciennes de nos monnaies au satrape Bélésys, le prédécesseur de Mazaios dans le gouvernement de la Syrie, et, s'il reconnaît sur plusieurs autres le nom même de Mazaios, il croit que ce satrape a battu monnaie dans le quartier sidonien de Tripolis. Enfin, M. Imhoof- Blumer, plus prudent, se contente de ranger toutes ces pièces parmi les incertaines de la Phénicie*.

Je n'insiste pas davantage sur ces hypothèses multiples qui représentent l'état actuel de la question. L'exposé qui va suivre suffira, si je ne m'abuse, à démontrer, mieux qu'une réfutation directe, l'insuccès des efforts tentés jusqu'ici ; car il me paraît substituer aux anciens classements un système entièrement conforme aux exigences les plus rigoureuses de la numismatique et de l'histoire.

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