LAZARE DE BAÏF MAITRE DES REQUETES I
lettres qui nous montrent Lazare de Baïf dans l'exercice de ses nouvelles fonctions et opérant une de ces « chevauchées » dans le sud-est de la France. Elles sont toutes les cinq adressées au chancelier Antoine Dubourg, et donnent des détails curieux sur la luanière dont Baïf s'acquittait de sa mission. Il s'agissait de recueillir le produit de l'imposition des trois décimes mises sur le clergé '. Malgré les pouvoirs très étendus dont il était pourvu, notre maître des requêtes se heurta à de nombreuses diflicultés sur lesquelles il s'explique avec précision, en demandant conseil au chancelier. Ces témoignages sont assez intéressants pour mériter d'être reproduits.
Monseigneur -, je suis arrivé en ceste ville de Vienne ce lundi viii""^ de ce moys pour hiire dilligence de acomplyr la commission qu'il vous a pieu me donner et y ay trouvé deux ditficultez desquelles m'a semblé faire le debvoir de vous advertyr pour en sçavoir vostre voulenté. La première est que j'ay trouvé icy ung conseiller de la court de Parlement de Grenoble envoyé pour faire saisir les grains et vins qui sont en ce pays pour fournyr aux estappes dressées entre cy et Briançon et envoyer au pays de Pyedmont ', avecques deffences de non transporter lesdictz grains et vins ; laquelle chose pourra empescher de trouver acheteurs, s'il me fault procedder à
ci-dessous, cette liasse en contient une sixième datée de Venise et se référant à l'ambassade de Baïf dans cette ville (1529-1554). Ce sont des originaux.
1. Le texte de la commission du 25 mars, complétée par le mandement du 29 mars suivant, est Bibl. nat. fr. 25721, no 498. Cf. Calaloi:^iiL', etc., t. III, p. 514, no 9879, et 517, no 9892. Les maîtres de requête avaient pouvoir de saisir les biens des personnes qui se refuseraient à paver et de les emprisonner elles-mêmes.
2. Antoine Dubourg, chancelier de France après la mort de Duprat (de juillet 1535 à novembre 1538).
5. Le Piémont était occupé militairement par les troupes françaises depuis la fin de 1557 et l'une des principales difficultés de cette occupation était constituée par la nécessité de chercher au dehors les matières de ravitaillement.
BOURRILLY
quelque éxecution et vente de fruictz, car nul ne y vouldra mectre argent s'il n'a puissance de les transporter ailleurs ; par quoy, bien que je puisse procedder et passer oultre nonobstant oppositions ou appellacions quelconques, toutesloiz je ne pourré vendre si je ne treuve des acheteurs. — L'aultre difficulté est que ce que j'ay trouvé en mon roolle cottise l'abbé de Rommans ' et l'abbé de Sainct Theodoric, qui est Sainct Chef-, ainsi que l'on dict [et] sont tous deux de long temps uniz à l'archevesché de Vienne. A ceste cause, si en taxant l'archevesque de Vienne l'on a eu esgard à tout son bien et revenu, de taxer de rechef ces deux membres qui sont du nombre de son revenu, ce seroyt tiré d'un sac deux moutures. Il vous plaira, Monseigneur, me en mander vostre bon plaisyr, athn qu'il soyt par moy accomply selon mon povoir. Je en eusse escript au Roy, mais il m'a semblé advis ne estre besoing de le ennuyer par ma lettre, et vous, Monseigneur, si voyez que bien soyt le en pourrez advertyr.
Monseigneur, je treuve les gens de ce pays icy bien denuez d'argent et croy qu'il sera bien difficille de en tirer beaucoup, car ilz ont esté grandemant fouliez de toutes sortes, et tant plus je yray avant, tant plus les trouverré pouvres. Je me suis arresté icy à Vienne pour ung peu les soubzattendre, car si promptemant je procedoys à l'exécution, je ne auroys pas faict en troys moys les deniers en vendant leurs fruictz comme je pourré avoir d'eulx par gracieuseté. Mais je n'ay encores peu toucher denier et si me fault icy faire teste et rompre le foussé affin qu'ilz donnent exemple aux aultres.
Monseigneur, je supplye le Créateur vous donner en santé très bonne et longue vve. De Vyenne, ce x'"" jour d'apvril
\'ostre humble serviteur,
de Bayf \