‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 279 sur 320 · CH. DE LA RONCIÈRE · texte numérisé non relu

CH. DE LA RONCIÈRE

Les absents ont toujours tort : la suite le fit bien voir. Le Gascon évincé se vengea. Il se rapprocha du roi de France et promit de lui livrer la ville de Nantes, moyennant diverses pensions pour lui et les siens, pour le jeune Odet d'Aydie entre autres. Et ce qui prouve qu'Alain d'Albret agissait dans toute la fureur d'un dépit amoureux, c'est que la convention passée avec Charles VIII le fut au lendemain du mariage d'Anne et de Maximilien '. Odet d'Aydie, soupçonné d'intelligences avec le parti du roi, avait été un moment écroué au château de Nantes par les Bretons ; il y rentra en maître dans la nuit du 19 au 20 mars 149 1, en profitant d'une absence du maréchal de Rieux ; et les Gascons d'Odet d'Aydie et d'Alain d'Albret ouvrirent les portes de la ville aux troupes royales. Là-dessus, Guillaume de Brosse nous donne plus d'un détail inédit.

« Le roi des Romains a épousé la duchesse de Bretagne, écrit philosophiquement le notaire périgourdin. Il aura la femme, mais non la terre, dont le Roi est maître. » La femme même lui échappa. Réduite comme place forte à sa capitale^ la duchesse Anne y fut investie par Charles VIII et, le 15 novembre 1491, forcée de faire la paix, mais quelle paix ! Trois semaines plus tard, le 6 décembre, au château de Langeais, avait lieu l'épilogue bien imprévu de la Guerre de Bretagne. Le roi de France conduisait à l'autel sa jolie vassalle, Anne de Bretagne, ex -reine des Romains sans avoir eu d'époux. Et Guillaume de Brosse achève sa chronique par la naissance du dauphin dix mois plus tard, ce pauvre petit être souffreteux de Charles-Orland, qui vécut quelques mois, mais dont le pinceau de Bourdichon nous a conservé le saisissant portrait. Ce fut l'épilogue de la guerre.

Ch. DE LA RONCIÈRE.

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