LES STATUES DU CHATEAU DE VERSAILLES
et alors que faudrait-il en faire? Avant de répondre à cette double question, il peut être intéressant d’abord de rappeler, en les précisant, les circonstances dans lesquelles les susdites statues sont venues à Versailles.
D’après les projets de Perronet, chargé en 1786 de la construction du pont dénommé à cette époque pont Louis XV ^ les douze larges plates-formes, qu’on voit aujourd’hui encore inoccupées sur la balustrade, devaient recevoir de grands candélabres de dix-huit pieds de hauteur. Le pont s’acheva sous la Révolution, mais les candélabres n’étaient sans doute pas posés lorsque Napoléon eut le désir de glorifier la mémoire des nombreux* généraux tués glorieusement à l’ennemi. Par un décret signé le i®** janvier 1810 et publié au Moniteur le 10 février suivant, voici ce qui fut ordonné :
Les statues des généraux Saint-Hilaire, Espagne, Lasalle, Lapisse, Gervoni, Colbert, Lacour (voulant dire Lacoste, tué à Saragosse le i^r février 1809) et Hervo, morts au champ d’honneur, seront placées sur le pont de la Concorde, conformément au projet qui nous sera présenté par notre ministre de l’Intérieur.
L’Empereur ne pensant alors qu’à ces huit braves morts en 1809, le ministre dut leur adjoindre, pour garnir les douze piédestaux vacants, d’autres généraux tués aussi sur le champ de bataille, et c’est ainsi qu’il commanda en outre une statue pour Walhubert, blessé mortellement à Austerlitz, et une autre pour Roussel, tué en 1807, en se réservant de commander plus tard les deux dernières. Il fut spécifié que toutes ces statues, substituées aux candélabres prévus, auraient environ quatre mètres de hauteur. Plusieurs sculpteurs furent désignés, et, en 1812, cinq blocs de 1913 32
marbre leur furent distribués. Deseine en eut un pour la statue du général Colbert, Espercieux un autre pour celle du général Roussel, Callamard un troisième pour celle du général d’Espagne, et Debay père un quatrième pour celle de Walhubert. Sans rechercher le sort du cinquième bloc dont nous ignorons l’emploi, nous savons seulement que les quatre statues faites par Deseine, Espercieux, Callamard et Debay étant achevées furent déposées provisoirement sous un hangar aux Invalides.
Survint la Restauration. Le nouveau gouvernement voulant à son tour décorer pompeusement le pont baptisé alors pont Louis XVI préféra y placer les effigies d’hommes illustres de l’ancien régime. Le 18 février 1816, le Moniteur 'çuhXm l’information suivante :
Par ordonnances rendues les 19 janvier et 14 février courant, le roi a prescrit l’achèvement de l’église de la Madeleine, etc...
Douze statues colossales et quatre trophées, formeront la décoration du pont Louis XVI. Ces statues représenteront :
Bayard et Duguesclin ;
Turenne et Condé;
L’abbé Suger et le cardinal de Richelieu;
Sully et Colbert;
Tourville et Duguay-Trouin;
Duquesne et Suffren.
L’exécution de ces statues est confiée à MM. Roland, Houdon, Ramey, Bridan, Stouf, Gois fils, Espercieux, Marin, Lesueur, Roguier, Milhomme et Dupasquier.
M. Montpellier est chargé de l’exécution des trophées.
Roland étant mort en juillet 1816, et Houdon, très âgé, ne pouvant plus guère travailler, tous deux