‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 205 sur 220 · I. Coll. pers · texte numérisé non relu

I. Coll. pers

comme précédemment au restaurateur chargé d’en vérifier l’état à l’arrivée, puis d’en faire la remise à l’architecte. Peut-être M. Nepveu, — ce qui lui ferait honneur, — aurait-il volontiers renvoyé ces statues aux Invalides? — En tout cas, elles étaient encombrantes et difficiles à loger dans les galeries du Musée. C’est alors probablement que dut germer dans l’esprit du roi le projet d’en décorer la cour d’honneur, en leur adjoignant les douze autres de même dimension, mal placées, de l’avis général, sur le pont de la Concorde. Une objection se présenta. De simples généraux de brigade ou de division, comme Colbert, d’Espagne, Roussel et Walhubert, malgré leur héroïsme, pouvaient-ils être mis au même rang que Bayard, Condé, Turenne, Duguesclin et autres illustrations de notre histoire? Ne fallait-il pas au moins des maréchaux de P' rance? — Louis-Philippe pensa qu’il serait facile, en changeant les têtes des quatre statues en question, d’en faire les portraits de Lannes, de Masséna et de deux autres maréchaux pour lesquels il avait une estime particulière : Jourdan, qu’il avait nommé gouverneur des Invalides et qui était décédé récemment en i833, et Mortier, duc de Trévise, qui venait de périr, le 28 juillet i835, victime de l’attentat de Fieschi. M. de Cailleux, consulté, s’adressa à un sculpteur habile, Laitié, ancien prix de Rome, auteur de nombreux ouvrages qui lui avaient valu une médaille en 1824 et plusieurs commandes de l’État. Il le chargea d’étudier les changements demandés par le roi et de lui en présenter des croquis. Laitié alla examiner les quatre statues déposées dans la cour du château et envoya à M. de Cail-

DU CHATEAU DE VERSAILLES. 5oi

leux, le 14 août i835, avec ses quatre croquis, la* réponse que voici ^ :

Monsieur le Directeur, '

J’ai l’honneur de vous adresser les croquis des quatre statues que je termine par votre «ordre dans la cour du palais de Versailles avec les changements que vous m’avez indiqués pour les faire servir à représenter de nouveaux sujets.

La première [Comte de Colbert) est tellement défectueuse qu’il serait indispensable de rapporter cinq morceaux de marbre pour en obtenir un ensemble satisfaisant.

Le premier de ces morceaux serait sur l’épaule gauche et le deuxième sur l’avant-bras gauche, pour donner plus d’ampleur au manteau de ce côté ;

Le troisième à la partie interne de la cuisse droite, afin de la mettre en harmonie avec la jambe;

Le quatrième servirait à faire disparaître les mauvais plis du manteau qui sont entre les jambes et à en faire de nouveaux qui s’harmoniseraient avec ceux que produit le mouvement de la main droite de la statue;

Enfin, le cinquième morceau, placé à la partie interne du pied droit, permettrait de tourner en dedans ce pied qui est trop en dehors.

La deuxième statue [Général d’Espagne) ne présente aucune difficulté, car la cuirasse étant en saillie sur le torse, on trouverait facilement l’habit et les décorations; on placerait dans la main droite le bâton de maréchal et l’on remettrait les bottes à l’écuyère.

La troisième statue (par M. Espercieux) recevrait comme la précédente le bâton de maréchal dans la main droite, et, en rapportant un morceau à la partie externe du pied droit, on le ferait tourner plus en dehors.

La quatrième statue resterait telle qu’elle est, sauf quelques broderies et le grand cordon de la Légion d’honneur, qui, ainsi qu’aux autres statues, nécessiterait peut-être quelques morceaux à rapporter.

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