SIXIEME LETTRE
S février 1850.
Monsieur,
Vous venez de rendre à la société un signalé service. Jusqu'ici la gratuité du crédit était demeurée enveloppée de nuages philosophiques, méthaphysiques, économiques, antinomiques, historiques. En lasoumettant a la simple épreuve de la compta* bilité, vous la faites descendre de ces vagues régions; vous l'exposez nue à tousles regards; chacun pourra la reconnwtre : . C'est la monnaie de papier. \
Multiplier et égaliser les richesses sur la terre en y jetant
une pluie de papier-monnaie , voilà tout le mystère. Voilà le conclusum^ VulHmatum et le deHderatum du Socialisme.
La gratmié du crédit, c'est son dernier mot, sa dernière formule , son dernier effort. Vous Favez dit cent fois avec raison. D'autres, il est vrai, donnent à ce mot un autre sens. Est Socialiste, disait ces jours-ci la Démocratie pacifiqvie, quiconque aspire à réaliser un peu de bien. -— Certes, si la définition est vague, elle est du moins compréhensive et surtout prudente. Ainsi défini, le Socialisme est impérissable.
Mais un désir, non plus que vingt aspirations qui s*entredétruisent, ne constituent pas une science. Qu'est devenue r/cflfiet Où en sont le phalanstère, Y atelier national, la triade t Ces formules sont mortes, et vous n'avez pas peu contribué à les tuer. Si quelques autres ont fait récemment leur entrée dans le monde, sous des noms sanscrits (que j'ai oubliés), il est permis de croire qu'elles ne sont pas nées viables. Une seule survivait encore : gratuité du crédit. Il m'a semblé qu'elle puisait sa vie dans le mystère. Vous l'exposez au grand jour : survivra-t-elle longtemps î
L'altération des monnaies, pouvant aller jusqu'à la monnaie fictive, c'est une invention qui n'est ni neuve ni d'origine très-démocratique. Jusqu'ici cependant, on avait pris la peine de donner ou de supposer au papier'monnaie quelques garanties: les futures richesses du Mississipi, le sol national, les forêts de rËlat,le3 biens des émigrés, etc. On comprenait bien que le papier n'a pas de valeur intrinsèque, qu'il ne vaut que comme promesse, et qu'il faut que cette promesse inspire quelque confiance pour que le papier qui la constate soit volontairement reçu en échange de réalités. De là le mot crédit (credere, crcHre, avoir foi). Vous ne paraissez pas vous être préoccupé de ces nécessités. Une fabrique inépuisable de papier-monnaie, voilà votre solution.
Permettez-moi d'intervertir l'ordre de la discussion quevous m'indiquez, et d'examiner d'abord votre mécanisme social, exposé sous ce titre : Gratuité du crédit.
Il est bon de constater que vous définissez ainsi le capital : Toute valeur faite en terres, instruments de travail, marchandises subsistances, ou monnaies, et servant ou pouvant servir à la produc, tUm. Cette définition, je l'accepte. Elle suffit à la discussion actuelle.
Ceci posé, Â, B, C, D, E, F, 6, H, I, K, L, etc., sont tout à la fois capitalistes et travailleurs.
Vous faites le compte de l'un d'eux, A, pris en sa qualitC* de
iNTÊRÊt Et I^RINCIPâL SOdl
capitaliste ; puis celui de B, représentant tous les travailleurs; enfin vous dressez la comptabilité de la Banque.
A est détenteur de capitaux, de valeurs faites, en terres, instruments, subsistances, etc. ; B désire se les approprier, mais il n'a rien adonner en échange etne doit pas les emprunter, sous peine de payer un Intérêt.
Il se présente à la Banque et lui dit : « Liyre2-moi pour mille francs de billets, je vous rembourserai sur le produit dé mon travail futur au furet à mesure de mes ventes. La Banque 8*exécute et donne des billets pour 990 fr. (1). Muni de ces précieux* talismans, B se présente à A et lui dit : « Vous espériez peut-être me prêter vos capitaux, mais vous voilà réduit à me les vendre, car je suis en mesure de les payer. » A s'empresse de livrer ses capitaux (terres, marchandises, subsistances) à B contre les billets. B entreprend son travail. En vertu de Taphorisme : Tout travail doit laisser un excédant, il ajoute 10 p. 100 à la valeur qu'il vient d'acheter, court à la Banque payer (en billets sans doute) les 990 fr. qu'il lui doit, et se trouve avoir réalisé 99 fr. de profits. Ainsi de C, D, £, F, etc., en un mot, de tous les hommes.
Ayant imaginé ces données, vous dressez la comptabilité de A, de B, et celle de la Banque. Certes, cette comptabilité, les données étant admises, est irréprochable.
Mais peut-on admettre vos données! Sont-elles conformes à la nature des hommes et des choses! C'est ce qu'il s'agit d'examiner.
Les billets de la Banque offriront-ils quelques garanties! En d'autres termes, inspireront-ils ou non de la confiance! En d autres termes encore, la Banque aura-t-elle ou n'aura-t-elle pas un capital primitif et des valeurs faites sufllsantes pour répondre de toutes ses émissions!
' Comment réuni ra-t- elle le capital en valeur» faites^ Si elle à des actionnaires, dans l'ordre de choses actuel, qui est notre point de départ, ils voudront toucher un intérêt, et comment la Banque prétera-t-elle, à titre gratuit, ce qu'elle emprunte à titre onéreux !
On s'emparera du capital de la Banque de France, dites^ vous, et on remboursera les actionnaires en rentes sur l'État. Ceci recule la difficulté sans la résoudre. C'est la masse, la
(1) Cette retenue de 10 fr. n*ayant pour objet qae les frais de baréta, est improprement nommée escompte. Elle pourrait être réduite à quel'^iaes centimes. Peut-être même eût-il mieux valu, dans la théorie et la oomtabilité, ne point s'en préoccuper.
nation qui empruntera le capital à ô p. 100 pour le prêter gratis. Uintérét ne sera pas anéanti, mais mis sur le dos du contribuable.
Mais enfin, admettons quece capital de 10 000 fr., surlequel vous opérez fictivement, soit réuni, et mettons de côté ce cercle vicieux qui consiste à supposer la gratuité pour la réaiser. Puisque vous Tavez cru nécessaire, vous jugez sans doute indispensable qu'il se conserve.
Pour cela vous raisonnez sur cette hypothèse que B, C, D, £, etc., rembourseront chaque année à la Banque les billets qu'ils auront pris. Mais si cette hypothèse fait défaut f Si B est un débauché qui va dépenser ses 1,000 fr. au cabaret 1 Si C lès donne à sa msûtresset Si D les jette dans une entreprise ridicule! Si £ fait une fugue en Belgique 1 etc., etc., que deviendra la Banquet A qui A s'adressera- t-il pour avoir la contrevaleur des capitaux dont il se sera défait!
Car enfin votre Banque n'aura pas la vertu de changernotre nature, de réformer nos mauvaises inclinations. Bien au contraire, il faut reconnaître que l'extrême facilité de se procurer du papier-monnaie sur la simple promesse de travailler à le rembourser ultérieurement, serait un puissant encouragement au jeu, aux entreprises folles, aux opérations hasardeuses, aux spéculations téméraires, aux dépenses immorales ou inconsidérées. C'est une chose grave que de placer tous les hommes en situation de se dire : « Tentons la fortune avec le bien d'autrui; si je réussis, tant mieux pour moi; si j'échoue, tant pis pour les autres. » Je ne puis concevoir, quant à moi, lejeu régulier des transactions humaines en dehors de la loi de responsabilité. Mais, sans rechercher ici les effets moraux de votre invention, toujours est-il qu'elle ôte àla Banque nationale toute condition de crédit et de durée.
Vous me direz peut-être qu'avant de livrer ses billets la Banque s'enquerra avec soin du degré de confiance que méritent les demandeurs. Propriété, moralité, activité, intelligence, prudence, tout sera scruté et pesé avec soin. Mais prenez garde : si d'un côlé vous exigez que la Banque ait un capital primitif de garantie, si de l'autre elle ne prête qu'en toute sécurité, que fera-t-elle de plus que ne font aux États-Unis les banques libres 1 Et celui qui est pauvre diable aujourd'hui, ne sera-t-il pas pauvre diable sous votre régime! ^
Je ne crois pas que vous puissiez sortir de ces alternatives :
Ou la Banque aura un capital dont elle payera l'intérêt, et alors elle ne pourra, sans se ruiner, prêter sans intérêt;
Ou elle disposera d'un capital gratuit et, en ce cas, expliquez nous d'où elle le tirera en dehors de A, B, C, D, etc. qui forment toute la nation.
Dans Tune et l'autre hypothèse, ou elle prêtera avec mesiiri Et discernement, et alors vous n'aurez pas le crédit universel ou elle prêtera sans garantie, et en ce cas elle fera faillite avan deux mois.
Mais passons sur ces premières difficultés.
A, que vous mettez en scène, est capitaliste, partant avisé, prudent, timoré, peureux même. Ce n'est pas vous qui le nierez. Après tout, cela lui est bien permis. Tout ce qu'il a, il l'a acquis au prix de ses sueurs et ne veut pas s'exposer à le perdre. Ce sentiment, au point de vue social, est éminemment conservateur. Avant donc de livrer ses capitaux contre des billets, A tournera et retournera bien souvent ces billets dans ses mains. Peut-être finira-t-il par les refuser, et voilà votre système en fumée. Que ferez-vousî Décréterez- vous le cours forcé\ Que devient alors la liberté dont vous êtes le champion t Après avoir fait de la Banque une Inquisition, en ferez- vous une Gendarmerie I Ce n'était pas la peine de supprimer l'État.
Mais je vous concède, pour la discussion seulement, le cours forcé. Vous n'empêcherez pas A de calculer ses risques. Il est vrai qu'il n'y a guère de risques qu'un vendeur n'affronte pourvu qu'il trouve dans l'élévation du prix une prime d'assurance satisfaisante. A, capitaliste, c'est-à-dire menuisier, cordonnier, forgeron, tailleur, etc., diradonc àB,C, D: Messieurs, si» vousvoulez mes meubles, mes souliers, mes clous, mes habits, qui sont des valeurs faites, donnez-moi une valeur faiie, c'està-dire vingt francs en argent. — Voilà vingt francs en billets, répond B. — Ce n'est qu'une promesse, répond A, et je n'y ai pas confiance. — Le cours forcé est décrété, réplique B. — Soit, riposte A, mais je veux cent francs de ma marchandise.
Comment arrêterez-vous cette hausse de prix, évidemment destructive de tous les bienfaits que vous attendez de la Banque 1 Que ferez- vous! Décréterez-vous le maximum?
L'universelle cherté se manifestera encore par une autre cause. Certes, vous ne doutez pas que la Banque, dèsqu'elle aura fait battre le rappel par tous les organes de la publicité, dès qu'elle aura annoncé qu'elle prête pour rien, n'attire à elle ie nombreux clients. Tous ceux qui ont des dettes dont ils payent Fintérêt voudront profiter de cette belle occasion de se ibérer. En voilà pour une vingtaine de milliards. L'État vou- Jra s'acquitter aussi des cinq milliards qu'il doit. La Banque
ai à MELANGES. — AETtCLEâ DE JOUBNAVX
sera encore assaillie de tout négociant qui a conçu une opération, de tout manufacturier qui veut fonder ou agrandir une fabrique, de tout monomane qui a fait une découverte merveilleuse, de tout ouvrier, compagnon ou apprenti qui veut devenir maître.
Je ne crains pas de trop m'avancer en disant que rémission des billets, si elle a la prétention de satisfaire tous les appétits* toutes les cupidités, toutes les rêveries, dépassera 50 milliards dès les six premiers mois. Voilà de quel poids la Demande des capitaux pèsera sur le marché. Mais où en sera TOffre? Dans six mois, la France n'aura pas créé assez de valeurs faUes (terres, instruments, marchandises, subsistances), pour satisfaire à ce prodigieux accroissement de prétentions, car les valeurs faites, les réalités, ne tombent pas aussi facilement dans le tablier de dame Offre, que les valeurs fictives dans celui de dame Demande. Cependant vendre et acheter sont des termes corrélatifs ; ils expriment deux actes qui s'impliquent, et. à vrai dire, ne font qu'un. Quel sera le résultat! Une hausse exorbitante de tous les prix, ou, pour mieux dire, une désorganisation sociale telle que le monde n'en a jamais vu. — Et, soyezen sûr, si quelqu'un en réchappe, ce ne sera pas le moins fripon, ce ne sera pas surtout le pauvre diable à qui la Banque a refusé crédit.
Ainsi, mesures arbitraires pour fonder la Banque, inquisition si elle veut mesurer la confiance, cours forcé, maximum, et, en définitive, banqueroute et désorganisation, dont les plus pauvres et les moins roués seront les premières victimes ; voilà les conséquences logiques du papier-monnaie : ce n'est pas tout.
Vous pourriez me dire : Votre critique porte sur les moyens d'exécution. On y avisera. Il ne s'agit que du principe. Or, vous ne pouvez nier que ma Banque, sauf les moyens d'exécution, détruit l'Intérêt. Donc la gratuUé du crédit est au moins possible.
Je pourrais répondre : Non, si les moyens d'exécution ne le sont pas. Mais je vais droit au fond, et je dis : Votre invention n'eût-elle pas tous les dangers que j'ai signalés, n'atteint pas votre but. Elle ne réalise pas la gratuité du crédit.
Vous savez aussi bien que moi, monsieur, que cette rémunération du capital, qu'on nomme Intérêt, ne s'attache pas seulement au Prêt. Elle est aussi comprise dans le prix de revient des produits. Et puisque vous invoquez la comptabilité, je l'invoque à mon tour. Ouvrons les livres du premier entrepreneur venu« Nous y verrons qu'il n'opère jamais sans s'être
Assuré, ûon-seulement le salaire de son travail^ mais encore la rentrée, Tamortissement et l'intérêt de son capital. Cet Intérêt se trouve confondu dans le prix de vente. En réduiscint toutes les transactions à des achats et des ventes, votre Banque ne résout donc pas, ne touche même pas le problème de la suppression de l'Intérêt.
£h quoi 1 monsieur, vous prétendez arriver à des arrangements tels que celui qui travaille sur son propre capital ne gagne pas plus que celui qui travaille sur le capital d'autrui emprunté pour rien 1 Vous poursuivez une impossibilité et une injustice.
Je vais plus loin, et je dis qu'eussiez- vous raison sur tout le reste, vous auriez encore tort de prendre pour devise cesmots: gratuité du crédit. Prenez-y garde en ejffet, vous n'aspirez pas à rendre le crédit gratuit, mais à le tuer. Vous voulez tout réduire à des achats et des ventes, à des virements de parties. Vous croyez que, grâce à votre papier-monnaie, il n'y aura plus occasion de prêter ni emprunter; que tout crédit sera inutile, nul, aboli, éteint faute d'occasion. Mais peut-on dire d'une chose qui n'existe pas, ou qui a cessé d'exister, qu'elle est gratuite t
Et ceci n'est point une querelle de mots. Après tout, d'ailleurs, les mots sont les véhicules des idées. En annonçant la gratuité du crédit^ vous donnez certainement à entendre, que ce soit ou non votre intention, que chacun pourra jouir, pendant un temps indéterminé, de la propriété d'autrui sans rien payer. Les malheureux qui n'ont pas le temps d'approfondir les choses et de discerner en quoi vos expressions manquent d'exactitude ouvrent de grands yeux. Ils sentent se remuer en eux les plus déplorables appétits. Mettre la main sur le bien d'autrui, et cela sans injustice, quelle attrayante perspective 1 Aussi vous avez eu et vous deviez avoir d'abord beaucoup d'adeptes.
Mais si votre mot d'ordre eût été anéantissement du crédit, qui exprime votre pensée réelle, on aurait compris que sous votre régime, on n'aura rien pour rien. La cupidité, ce grand organe de la créance, comme dit Pascal, eût été neutre. On se serait borné à examiner froidement d'abord, si votre système est un progrès sur ce qui est; ensuite, s'il est praticable. Le mot gratuité est toujours fort séduisant ; mais je ne crains pas de dire que s'il a été un leurre pour beaucoup de vos adeptes , il a été nn piège pour votre esprit.
Il explique les hésitations qu'on a pu remarquer dans votre polémique. Quand je m'attachais à circonscrire le débat dans
cette question de la gratuitéf vous étiez mal à l'aise. Vous sentiez bien, au fond de votre conscience et de votre science, que le crédit, tant qu'il existe^ ne peut être gratuit ; que le remboursement d'une valeur empruntée ne peut être identique, soit qu'on l'opère immédiatement, soit qu'on l'ajourne indéfiniment. Vous faisiez à cet égard des concessions loyales qui vous ont été reprochées dans votre église. D'un autre côte, entraîné, engagé par votre devise : Graluilé du crédit^ vous faisiez des efforts incroyables pour vous tirer de ce mauvais pas. Vous invoquiez Vantinomie, vous alliez jusqu'à dire que le oui et le non peuvent être vrais de la môme chose et en même temps. Après la dialectique, venait la rhétorique. Vous apostrophiez l'intérêt, le qualifiant de vol, etc., etc.
Et tout cela pour avoir revêtu votre pensée d'une expression fausse. Notre débat eût été bien abrégé, si vous m'aviez dit : Tant que le crédit existe, il ne peut être gratuit, mais j'ai trouvé le moyen de faire qu'il n'existe pas, et dorénavant j'écrirai sur mon drapeau, au lieu de ces mots : Gratuité du crédit, ceux-ci: Anéantissement du crédit,
La question ainsi posée, je n'aurais eu qu'à examiner vos moyens d'exécution. C'est ce que, par votre dernière lettre, vous m'avez mis à même de faire. J'ai prouvé que ces moyens d'exécution se résument en im mot, papier-^nounaie.
J'ai prouvé, en outre :
Que, pour que les billets d'une Banque soient reçus, il faut qu'ils inspirent confiance;
Que, pour qu'ils inspirent confiance, il faut que la Banque ait des capitaux ;
Que, pour que la Banque ait des capitaux, il faut qu'elle les emprunte précisément à A, B, C, D, qui sont le Peuple, et en paye l'intérêt au cours ;
Que, si elle en paye l'intérêt, elle ne peut les prêter sans intérêt ;
Que si elle les prête à A, B, C, D, gratis, après les leur avoir pris de force, sous forme de contribution, il n'y a rien de changé dans le monde, si ce n'est une oppression de plus ;
Et enfin que, dans aucune hypothèse, même en réduisant I toutes les transactions à des ventes, vous ne détruisez pas ' cette rémunération du capital, toujours confondue avec le prix de vente.
Il résulte de là que, si votre Banque n'est qu'une fabrique de papier-monnaie, elle amènera la désorganisation sociale ;
Que si, au contraire, elle est établie sur les bases de la jus-
tîce, de la prudence et de la raison, elle ïie fera rien que ne puisse faire mieux qu*elle la liberté des Banques,
Est-ce à dire, monsieur, qu'il n'y ait rien de vrai, selon moi, dans les idées que vous soutenez] En m'expliquant à cet égard, je vais faire un mouvement vers vous. Puisse-t-il vous déterminer à en faire un vers moi, ou plutôt vers la vraie solution ; la liberté des Banques.
Mais, pour être compris, j'ai besoin, au risque de me répéter, d'établir quelques notions fondamentales sur le crédit.
Le Temps est précieux, Time is money, disent les Anglais. Le Temps, c'est V étoffe dont la vie est faite, dit le Bonhomme Ri« chard.
C'est de cette vérité incontestable que se déduit la notion et la pratique de l'Intérêt.
Car faire crédit, c'est accorder du temps.
Sacrifier du temps à autrui, c^est lui sacrifier une chose précieuse, et il n'est pas possible de soutenir qu'en affaires un tel sacrifice doive être gratuit.
A dit à B : Consacrez cette semaine à faire pour moi un chapeau; je l'emploierai à faire pour vous des souliers. — Souliers et chapeau se valent, répond B ; j'accepte.
Un instant après, B, s'étant ravisé, dit à A : J'ai réfléchi que le temps m'est précieux ; je désire me consacrer à moi-même cette semaine et les suivantes ; ainsi, faites-moi les souliers tout de suite, je vous ferai le chapeau dans un an. — J*y consens, répond A; mais dans un an, vous me donnerez une semaine et deux heures.
Je le demande à tout homme de bonne foi, A fait-il acte de piraterie en plaçant une nouvelle condition à son profit à côté d'une nouvelle condition à sa charge î • Ce fait primitif contient en germe toute la théorie du crédit.
Je sais que, dans la société, les transactions ne sont pas aussi simples que celles que je viens de décrire ; mais elles sont identiques par leur essence.
Ainsi, il est possible que A vende les souliers à un tiers pour 10 fr. et remette cette somme à B, en lui disant: Donnezmoi le chapeau immédiatement, ou, si vous voulez un délai d'un an, vous me restituerez une semaine de travail, plus deux heures, ou bien 10 fr., plus un vingtième en sus. Nous ronrons tout à faii dans l'hypothèse précédente.
D'accord, je l'espère du moins, sur la légitimité du crédit, voyons maintenant à quels arrangements il peut donner lieu.
B peut n'avoir pris qu'un engagement verbal, et cependant il n'est pas impossible que A ne le transmette et ne l'escompte.
Il peut dire à C : Je tous dois 10 fr. B m*a donné sa parole qu'il me donnerait 10 fr. et 10 sous dans un an. Voulez-vous accepter en payement mes droits sur Bî — Si C a confiance, s'il croit, l'opération pourra se faire. Mais qui oserait dire que pour multiplier les souliers et les chapeaux il suffit de multi* plier les promesses de ce genre, indépendamment de la con fiance qui s'y attache!
B peut livrer un titre écrit. Le titre, sous cette forme, évu tera les contestations et dénégations ; il inspirera plus de confiance et circulera plus facilement que la promesse verbale. Mais ni la nature ni les effets du crédit n'auront changé.
Enfin un tiers, ime Banque, peut garantir B, se charger de son titre et émettre à la place son propre billet. Ce sera une nouvelle facilité à la circulation. Mais pourquoi t précisément parce que la signature de la Banque inspire au public plus de confiance que celle deB. Comment donc peut-on penser qu'une Banque soit bonne à quelque chose, si elle n'a pas pour base la confiance; et comment l'aurait-elle, si ses billets offrent moins de garanties que ceux de Bt
Il ne faut donc pas que ces titres divers nous fassent illusion. Il ne faut pas y voir une valeur propre, mais la simple promesse de livrer une valeur, promesse souscrite par quelqu'un qui est en mesure de la tenir.
Mais ce que je veux faire remarquer, car c'est ici que s'opère le rapprochement que j'ai annoncé entre votre opinion et la mienne, c'est un singulier déplacement du droit à l'intérêt qui s'opère par l'intervention des Banques.
Dans le cas d'un billet à ordre ou d'une lettre de change, qui paye l'intérêt î Évidemment l'emprunteur, celui à qui d'autres ont sacrifié du temps. Et qui profite de cet intérêt! Ceux qui ont fait ce sacrifice. Ainsi, si B a emprunté, pour un an, 1,000 fr. à A, et lui a souscrit un billet de i ,040 fr., c'est A qui profite des 40 fr. S'il négocie immédiatement ce billet à 4 pour 100 d'escompte, c'est le preneur qui gagne l'intérêt, comme il est juste, puisque c'est lui qui iait Yavance ou le sacrifice du temps. Si A négocie son billet au bout de six mois à C, celui-ci ne lui en donne que 1,020 fr., et l'intérêt se partage entre A et C, parce que chacun a sacrifié six mois.
Mais quand la Banque intervient , les choses se passent différemment.
C'est toujours B, l'emprunteur, qui paye l'intérêt; mais ce n'est plus A et C qui en profitent, c'est la Banque.
En effet, A vient de recevoir son titre. S'il le gardait, à quelque époque qu'il le négociât, il toucherait toujours l'inté-
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tH pour toat le temps où il aurait été privé de son capital. Mais il le porte à la Banque; il remet à celle-ci un titre de 1,040 fr., et elle lui donne en échange un billet de 1,000 fr. C'est donc elle qui gagne les 40 fr.
Quelle est la raison de ce phénomène t II s'explique par la disposition où sont les hommes à faire des sacrifices à la commodité. Le billet de Banque est un titre très-commode. Quand on le prend, on ne se propose pas de le garder ; on se dit : il ne restera pas en mes mains plus de huit à dix jours, et je puis bien sacrifier l'intérêt de 1,000 fr. pendant une semaine, en vue des avantages que le billet me procure. Au reste, les billets ont cela de commun avec Targent; celui qu'on a dans sa bourse ou dans sa caisse ne rapporte pas d'intérêt, ce qui montre, pour le dire en passant, l'absurdité des personnes qui déclament sans cesse contre la productivité de l'argent, rien au monde n'étant plus improductif d'intérêts que la monnaie.
Ainsi, si un billet de Banque reste un an dans la circulation, et passe par quarante mains, séjournant neuf jours dans chacune, c'est quarante personnes qui ont renoncé, en faveur de la Banque, aux droits qu'elles avaient sur les 40 fr. d'intérêts dus et payés par B. Chacune d'elles a fait un sacrifice de 1 fr.
Dès lors on a pu se demandersi cet arrangement était juste, 8*j] n'y aurait pas moyen d'organiser une Banque nationale, commune, qui fît profiter le public du sacrifice supporté par le public, en un mot qui ne perçût pas d'intérêts.
Si je ne me trompe, monsieur, c'est sur l'observation de ce phénomène que se fonde votre invention. Elle n'est pas nouvelle. Ricardo avait conçu un plan moins radical, mais analogue (1), et je trouve dans Say (Commentaires sur Storch) ces lignes remarquables :
<c Cette idée ingénieuse ne laisse qu'une question non résolue. Qui devra jouir de l'intérêt de cette somme considérable mise dans la circulation? Serait-ce le gouvernement! Ce ne serait pour lui qu'un moyen d'augmenter les abus, tels que les sinécures, la corruption parlementaire, le nombre des délateurs de la police et les armées permanentes. Serait-ce une compa« gnie financière, comme la Banque d'Angleterre, la Banque de France t Mais à quoi bon faire à une compagnie financière déjà riche le cadeau des intérêts payés en détail par le public T.. , Telles sont les questions qui naissent à ce sujet. Peut-être no sont-elles pas insolubles. Peut-être y a-t-il des moyens de
(1} Propoiais for econcmical orHf 4$cuir§ ctirr»ficy«
rendre hautement profitable anpublic Téconomie qui en résulterait ; mais je ne suis pas appelé à développer ici ce nouvel ordre d*idées. »
Puisque c'est le public qui paye en détail ces intérêts, c'est au public à en profiter. Certes, il n'y avait qu'un pas de ces prémisses à la conclusion. Quant au moyen, je le crois tout trouvé : ce n'est pas la Banque nationale, mais la Liberté des banques.
Remarquons d'abord que la Banque ne bénéficie pas de la totalité de l'intérêt.
Outre les frais, elle a un capital. Et puis, elle est dans la nécessité de tenir toujours prête dans ses caisses une somme d'argent improductive.
Les billets d'une banque, on ne saurait trop le répéter, sont des titres de confiance. Le jour où elle les émet, la Banque proclame hautement qu'elle est prête à les rembourser à bureau ouvert et à toute heure. Rigoureusement, elle devrait donc tenir toujours en disponibilité une valeur faite égale à la valeur représentative lancée dans la circulation, et alors l'intérêt payé par B serait perdu pour tout le monde. Mais l'expérience ayant appris à la Banque que ses billets courent le monde pendant un temps déterminé, elle ne prend ses précautions qu'en conséquence. Au lieu de garder 1,000 fr. elle n'en garde que 400 (par hypothèse) et fait valoir 600 fr. C'est l'intérêt de ces 600 fr. qui est supporté par le public, par les détenteurs successifs du billet, et gagné par la Banque.
Or, cela ne devrait pas être. Elle ne devrait gagner que ses frais, l'intérêt de son capital de fondation, et les justes profits de tout travail, de toute spéculation. C'est ce qui arriverait avec la liberté des banques; car la concurrence, tendant à rendre uniforme le taux de l'intérêt, ne permettrait pas aux actionnaires d'une banque d'être mieux traités que les actionnaires d'une autre entreprise analogue. En d'autres termes, les banques rivales seraient forcées de réduire le taux des escomptes à ce qui est nécessaire pour placer leurs capitaux dans la condition commune, et ce phénomène étrange que j'ai signalé, je veux dire l'abandon volontaire des intérêts auquel se soumettent les détenteurs successifs de billets, profiterait au public sous forme de réduction dans le tauxdës escomptes. Pour être plus précis, je dirai que l'intérêt d'un billet de 1,000 fr. mis en circulation se partagerait. Une partie irait à la Banque pour couvrir la somme qu'elle est obligée de tenir en réserve, les frais, çt la rente de son capital primitif; '- Tautre partie
intérSt et principal 319
serait forcée, par la concurrence, à se convertir en diminution d'escompte.
Et cela, prenez-y garde, ne veut pas dire que l'intérêt tendra à devenir gratuit ou à s'anéantir. Cela veut dire seulement qu'il tendrait à être perçu par celui qui y a droit.
Mais le privilège est intervenu qui en a disposé autrement, et la Banque de France n'ayant pas de concurrents, au lieu de retenir la partie, empoche le tout.
Je voudrais, monsieur, montrer la liberté des banques sous un autre aspect ; mais cette lettre est déjà trop longue. Je me bornerai à indiquer ma pensée.
Ce qu'on nomme vulgairement l'intérêt comprend trois éléments qu'on a trop l'habitude de confondre.
1» L'intérêt proprement dit, qui est la rémunération du délai, le prix du temps;
2» Les frais de circulation;
3» La prime d'assurance.
La liberté des banques agirait à la fois d'une manière favorarable, et dans le sens de la réduction, sur ces trois éléments. Elle maintiendrait au taux le plus bas, par les raisons que j'ai dites, l'intérêt proprement dit, sans jamais l'anéantir. Elle ferait tomber les frais de circulation à un chiffre qui, dans la pratique, se confondrait avec zéro. Enfin elle tendrait à diminuer et surtout à égaliser la prime d'assurance, qui est de beaucoup l'élément le plus onéreux, principalement pour les classes laborieuses, dont se compose l'intérêt total.
Si, en effet, les hommes qui jouissent de la plénitude du crédit en France, comme les Mallet, les Hottinger, lesRothschild» trouvent des capitaux à 3 0/0, on peut dire que c'est là l'élément intérêt, et que tout ce que les autres payent en sus repré- sente l'élément frais, et surtout l'élément prime d'assurance ; ce n'est plus le prix du temps, c'est le prix du risque ^ ou de la difficulté et de l'incertitude du recouvrement.
Comment la liberté des Banques améliorerait-elle et égaliserait-elle la condition des emprunteurs sous ces rapports! Que le lecteur veuille bien résoudre la question. J'aime mieux lui laisser cette fatigue que de la lui donner.
En cette matière comme en toutes, la véritable solution est donc la Liberté. La Liberté fera surgir des Banques partout où il y a un centre d'activité, et associera ces Banques entre elles ; elle mettra à portée de chaque marchand, de chaque artisan, ces deux grands leviers du progrès, l'Épargne et le Crédit. Elle restreindra l'Intérêt au taux le plus bas où il puisse descendre* £Ue répandra les habitudes les plus favorables à la
formation des capitaux. Elle fera disparaître toute ligne de démarcation entre les classes et réalisera la mutualité des services, sans anéantir ce fnix du tempSy qui est un des éléments légi« times et nécessaires des transactions humaines.
Liberté des banques! Liberté du crédit! Oh! pourquoi, M. Proudhon, votre brûlante propagande n'a-t-elle pas pris cette direction? Est-ce qu'à tous autres égards, vous ne réclamez pas ce qui est pour tous les hommes un droit, un attri^ but, un enseignement, la Liberté ! Est-ce que vous ne demandez pas la liberté des achats et des ventes! Et qu'est-ce, apr^s tout, que le prêt, si ce n'est la vente d'un usage, la vente du temps! Pourquoi faut-il que cette transaction seule soit réglementée par rÊtat ou renfermée dans le cercle de vos conceptions! Avez-vous foi dans l'humanité! Travaillez à faire tomber ses chaînes et non à lui en forger de nouvelles. Admettez que le mobile qui la pousse vers son perfectionnement indéfini réside en elle-même et non dans le cerveau du législateur. Réalisons la Liberté, et l'humanité saura tien en faire sortir tout le progrès que sa nature comporte. S'il est possible et bon que le crédit soit jamais gratuit ou anéanti, comme vous le croyez, rhuiranité libre accomplira cette œuvre plus sûrement que votre Banque. Si cela n'est ni bon ni possible, comme j'en suis convaincu, l'humanité libre évitera les abîmes où votre Banque la pousse.
Au nom du droit, au nom de la justice, au nom de votre foi dans les destinées humaines, au nom de cette concordance qu'il est toujours désirable de mettre entre toutes les parties d'une propagande, je vous adjure donc de substituer sur votre drapeau à ces mots : Gratuité du crédVy ceux de Liberté du crédit. —Mais j'oublie qu'il ne m'appartient pas de donner des conseils. D'ailleurs, à quoi serviraient-ils! A-t-on jamais vu un chef d'école revenir sur ses pas et braver ce mot injuste, mais terrible : Apostasie? — Il y en a qui ont fait dans leur vic hien des témérités; ils ne feront pas celle-là, encore qu'elle soit plus digne que toutes les autres de flatter l'orgueil d'un noble cœur.
Frédéric Fastiat.
RÉPONSE
10fénier1850.
Monsieur Bastiat,
Votre dernière lettre justifie toutes mes prévisions. J*étais si sûr de ce qui m'arrive, qu'avant même d'avoir reçu la Voix du Peuple du 4 février, j'avais écrit les trois quarts de la réponse que vous allez lire, et à laquelle je n'ai plus qu'à mettre une
fin.
Vous êtes de bonne foi, monsieur Bastiat, vous ne souffrez pas qu'on en doute ; je l'ai d'ailleurs reconnu et ne prétends point me rétracter. Mais, il faut bien que je vous le dise, votre intelligence sommeille, ou plutôt elle n'a jamais vu le jour : c'est ce que je vais avoir l'honneur de vous démontrer à vousmême, en faisant le résumé de notre débat. Je souhaite que l'espèce de consultation psycologique à laquelle vous allez assister, et dont le sujet sera votre propre esprit, commence pour vous cette éducation intellectuelle, sans laquelle un homme quelque dignité de caractère qui le distingue, quelque talent qu'il déploie, n'est et ne sera jamais autre chose qu'un animal parlanty comme dit Aristote.
Ce qui constitue dans l'homme l'intelligence, c'est l'exercice complet, harmonique, suivi, des quatre facultés suivantes : Attention^ Comparaison^ Mémoire, Jugement. — Voilà du moins ce qu'on m'a appris au collège, et que vous trouverez dans toutes les philosophies.
Deux ou plusieurs jugements enchaînés l'un à l'autre, et formant un tout systématique, sont une opération, — Les opérations de l'entendement sont de plusieurs espèces, syllogisme, induction, sorite, dilemme, etc. On leur donne à toutes le nom commun de raisonnement .
L'art de raisonner s'appelle la logique: c'est, à proprement parler, la mécanique intellectuelle. — L'ensemble des facultés est la Raison.
L'induction de Platon, le syllogisme d' Aristote, la contradiction [des sophistes, l'identité de Condillac, l'antinomie de Kant et Hegel, ne sont que des formes variées du raisonnement, des applications particulières de la logique : c'est ainsi que l'emploi de la vapeur comme force motrice a fait inventer des machines de toute espèce, locomotives, bateaux à vapeur.
machines fixes, machines à haute ou hasse pression, etc.; mais qui toutes découlent du môme principe, la vapeur.
Toutes les sciences, sans exception, sont fondées sur la logique, c'est-à-dire, sur l'exercice des quatre facultés primordiales : attention, comparaison, mémoire, jugement. C'est pourquoi la science est essentiellement démonstrative : la spontanéité, l'intuition, l'imagination, ne sont d'aucune autorité scientifique. C'est pour cela aussi, c'est en vertu de leurs facultés rationnelles, que les hommes deviennent capables de se communiquer leurs pensées et de converser entre eux : ôtezleur l'attention, la comparaison, la mémoire et le jugement, ils parlent l'un après l'autre ou tous à la fois, ils ne se répondent pas, ils ne s'entendent plus.
Appliquons ces règles de la raison humaine, notre commun critérium.
Dès le commencement de cette dispute, répondant catégoriquement à la question que vous m'avez posée, savoir, si liniérêi du prêt est légitime^ je vous ai dit que, dans les conditions économiques actuelles, et tant que le crédit ne serait pas démocratiquement organisé, l'affirmative me paraissait indubitable; qu'ainsi les démonstrations que vous preniez la peine de me faire étaient inutiles; que je les acceptais d'avance; que toute la question, pour moi, était de savoir si le milieu économique pouvait être changé, et que le Socialisme, au nom duquel je prenais la parole, affirmait cette possibilité. J'ajoutais que le changement des conditions du crédit était une nécessité de la tradition elle-même, le dernier terme de cette routine que vous défendez avec tant d'obstination et si peu de philosophie.
Ainsi donc, à la question que vous m'adressez, l'intérêt du capital est-il légitime! j'ai répondu sans hésiter: — Oui, dans l'ordre actuel des choses, l'intérêt est légitime. Mais j'affirme que cet ordre peut et doit être modifié, et qu'inévitablement, de gré ou de force, il le sera. Était-ce donc une réponse obscure! Et n'avais-je pas le droit d'espérer qu'après avoir répondu si nettement à votre question, vous répondriez à votre tour à la mienne 1
Mais j'avais affaire à un homme dont l'intelligence est her« métiquement fermée, et pour qui la logique n'existe pas. C'est en vain que je vous crie : Oui, l'intérêt est légitime dans certaines conditions indépendantes de la volonté du capitaliste; non, il ne l'est pas dans telles autres, qu'il dépend aujourd'hui de la société de faire naître : et c'est pour cela que l'intérêt, excusable dans le préteur, est,, au point de vue de la société et
de rhistoire, une spoliation I Vous n*entendez rien, vous ne comprenez pas, vous n'écoutez seulement pas ma réponse. Vous, manquez de la première faculté de l'intelligence, Tatteniion.
C'est ce qui résulte, au surplus, de votre seconde lettre, dont voici le début : v Monsieur, vous me posez sept quesc tions. Rappelez-vous qu'il ne s'agit en ce moment que d'une • seule : « Vinlérêl du capital est-il légitime? t Tout le reste de votre épître n'est qu'une reproduction des arguments de la première, arguments auxquels je n'avais pas répondu, parce que je n'avais que faire d'y répondre. Changez le milieu, vous disais-je, et vous changez le principe, vous changez la pra tique. — Vous n'avez pas tenu compte de mes paroles. Vous avez cru plus utile de plaisanter sur la contradiction et l'antinomie, sur la thèse, l'antithèse et la synthèse, mettant de votre côté, à si peu de frais, les usuriers et les sots, heureux de rire de ce qu'ils tremblent de concevoir.
Que fais-je alors!
Pour exciter en vous cette attention rebelle, je prends divers termes de comparaison. Je vous montre^ par l'exemple de la monarchie, de la polygamie, du combat judiciaire, des corporations industrielles, qu'une même chose peut très-bien avoir été bonne, utile, légitime, respectable, puis après devenir mauvaise, illicite et funeste, tout cela suivant les circonstances qui l'environnent; que le progrès, la grande loi de l'humanité, n'est pas autre chose que cette transformation incessante du bien en mal, et du mal en bien; qu'il en est ainsi, entres autres, de l'intérêt; que l'heure est venue pour lui de disparaître, ainsi qu'il est facile d'en juger aux signes politiques, historiques et économiques que je me contente de vous indiquer en les résumant.
C'était faire appel à la plus précieuse de vos facultés. C'était vous dire : Quand j'affirme que les conditions qui rendent le prêt excusable et licite ont disparu, je n'affirme point une chose extraordinaire; je ne fais qu*énoncer un cas particulier du progrès social. Observez, comparez; et, la comparaison faite, l'analogie reconnue, revenons à la question posée par moi à la suite de la vôtre. Les formes du crédit peuvent elles, doiventelles être modifiées, de manière à amener la suppression de l'intérêt! Voilà, sans préjudice de l'absolution que la science doit à tous préteurs, spéculateurs, capitalistes et usuriers, ce que nous avons à examiner.
Mais, hast! est-ce que M. Bastiat compare, lui! Est-ce que seulement il est capable de comparaison, plus que d'attention!
324 MELANGES. '^ ARTICLES DE JOURNAtJX
Les analogies de l'histoire, vous ne les saisissez point; le mouvement des institutions et la loi générale qui en ressort, vous l'appelez du fatalisme. -— aje veux, dites-vous dans votre troisième lettre, rester sur mon terrainl » Et là-dessus, faisant tourner votre crécelle, vous accrochant à tous les mots qui peuvent vous fournir un prétexte, vous reproduisez, comme arguments nouveaux, quelques faits dont je n'attaque point la légitimité dans la routine établie, mais dont je conteste la nécessité, dont, par conséquent, je demande la révision, la réforme.
Quand un homme, qui se dit économiste, qui a la prétention de raisonner, de démontrer, de soutenir une discussion scientifique, en est là, j'ose dire, monsieur, que c'est un homme désespéré. Ni altenlionj ni comparaison; incapacité absolue d'écouter et de répondre 1 Que puis-je désormais tirer de vous! Vous êtes hors de la philosophie, hors de la science, hors de l'humanité.
Cependant, je ne me rebute pas. Peut-être, me dis-je, l'at tention et la comparaison s'éveilleront-elles en M. Bastiat l'aide d'une autre faculté. Observer avec attention une idé( comparer ensuite cette idée avec une autre, c'est chose tro subtile, trop abstraite. Essayons de l'histoire : l'histoire est série des observations et des expériences du genre humai Montrons à M. Bastiat le progrès : pour saisir le progrès da son unité, et conséquemment dans «a loi, il ne faut que de mémoire.
Quand je parle de la mémoire, comme faculté de l'entend ment humain, je la distingue essentiellement du souvenir, L animaux se souviennent, ils n'ont pas la mémoire. La mémoi est la faculté d'enchûner et {classer les souvenirs; de cons dérer plusieurs faits consécutifs comme un seul et même fa: d'y mettre de la série et de l'unité. C'est l'attention appliqui à une suite de choses accomplies dans le temps, et gêné ralisées.
J'écris donc la monographie de l'usure. Je vous montre Tu sure dans son origine, ses causes, ses prétextes, ses analogies son développement, ses effets, ses conséquences. Je prouve que les résultats du principe de l'usure sont tous à l'impossible et à l'absurde, qu'ils engendrent fatalement l'immoralité et la misère. Cela fait, je vous dis ; Vous voyez que l'ordre et la conservation de la société sont désormais incompatibles avec l'usure; que les conditions du crédit ne peuvent plus rester les mêmes; que l'intérêt, licite au commencement, excusable encore aujourd'hui dans le préteui , dont il ne dépend
INTBRÂT BT PEINGIPAL 325
pas dé d'en priver/ est devenu, au point de vue de la confidence sociale, une loi spoliatrice, une institution monstmeuse, qui aj^petle invinciblement une réforme.
C'était le cas-, si je ne me trompe, d*étudier enfin rhistoire« les conditions liouVellés du crédit, la possibilité attestée par moi de le rendre gratuit. Et fappelez-vous qu'écartant avec le plus grand soin la question de personnes, je vous disais sans cesse : Je n'accuse point les capitalistes; je ne me plains pas des propriétaires; je n'ai garde de condamner, comme a kit rÉglise, les banquiers et les usuriers. Je reconnais la bonne foi de tous ceux qui profitent de l'intérêt. Je dénonce une erreur excfttâitrettlent collective, une otopie antinsociale et pleine d'itliquifé. £h bien! tnWez-vous seulement compris! Car. pour ce qui est de me réfuter, vous n'y songez seulement pas.
J'ai sous les yeut Vôtre quatrième lettre : y a-t-il (»nbr» de ettté apercéption biâtorique, qui est, comme je vous le dis, la mémoiref Non. Les fahs accomplis existent pour vous unique» ment comme souvenirs : c'est-à-dire qu'ils ne sont rien. Vous ne les niez pofint : mais comme il vous est impossible d'en suivre la filière et de les généraliser, vous n'en dégagez pas le contenu, leur intelligence voua échappe. Votre faculté mnémonique, comme votre faculté d'attention et de comparaison, est nulle. Vous ne savez que répéter toujours la même chose : Celui qui prête à intérêt n'est point voleur; et nul ne peut être coritraint de prêter. Q,ue sert, apréd cela, de savoir si le crédit peut être organisé sur d'autres bases, ou d'examiner ce qui résulte pour les classes travailleuses de la pratique de Tintérêtt — > Votre thème est fait : vous ne vous en départez point. Et sur cela, après avoir exposé la routine usurière sous fonne d'exemples, vous la reproduisez sous forme de propositions et vous dites : Voilà la science 1
Je vous l'avoue, monsieur, j'ai douté un instant qu'il y eût sur la terre un homme aussi disgracié de la nature sous le rapport de l'intellect, et j'ai accusé votre volonté. Pour ma part, je préférerais mille fois être suspect dans ma franchise, que de me voir dépouillé du plus bel apanage de l'homme, de ce qui fait sa force et son essence. C'est sous cette impression pénible qu'a été écrite ma lettre du 31 décembre, dont il vous est facile à présent d^apprécier la signification.
Je me suis dit : Puisque M. Bastiat ne daigne ni honorer de son attention ma réponse, ni comparer les feitsqui lu motivent, ni faire état du mouvement historique qui met à néant sa théorie , puisqu'il est incapable d'entrer avec moi en dialogue et d'entendre les raisons de son contradicteur, il faut croire qu'il
y a en lui excès de personnalité. C'est un homme, comme l*on dit, qui abonde dans son propre jugement , et qui, à force de n'écouler que soi, s'est séquestré de toute conversation avec ses semblables. Attaquons-le donc dans son jugement, c'està-dire dans sa conscience, dans sa personnalité, dans son moL
Voilà comment, monsieur, j'ai été conduit à m'en prendre, non plus à vos raisonnements, radicalement nuls dans la question, mais à votre volonté. J'ai accusé votre bonne foi : c'était une expérience, je vous en demande pardon, que je me permettais sur votre individu. Pour donner corps et figure à mou accusation, j'ai concentré toute notre discussion sur un fait contemporain, palpable, décisif, avec lequel j'ai identifié, nonseulement votre théorie^ mais vous-même, sur la Banque de France.
La Banque de France, vous ai-je fait observer, est la preuve vivante de ce que je ne cesse de vous répéter depuis six semaines, savoir, que si l'intérêt fut un jour nécessaire et licite, il y a aujourd'hui, pour la société, devoir et possibilité de l'abolir.
Il est prouvé, en effet, par la comparaison du capital de la Banque avec son encaisse, que tout en servant à ses actionnaires l'intérêt dudit capital à 4 p. 100, elle peut faire le crédit et l'escompte à l p. 100, et réaliser encore de beaux bénéfices. Elle le peut, elle le doit : en ne le faisant pas, elle vole. Elle est cause, par son refus, que le taux des intérêts, loyers et fermages, qui devrait descendre partout à 1 p. 100, en maximun, reste élevé à 3, 4, 6, 6, 7, 8, 10, 12 et 16 p. 100. Elle est cause que le Peuple paie chaque année aux classes improductives plus de six milliards de gratifications et pots-de-vin, et que, tandis qu'il p<^urrait produire chaque année vingt milliards de valeurs, il n'en produit que dix. Donc, ou vous justifierez la Banque de France, ou, si vous ne le pouvez pas, si vous ne l'osez pas, vous reconnaîtrez que la pratique de l'intérêt n'est qu'une pratique de transition, qui doit disparaître dans une société supérieure.
Voilà, monsieur, ce que je vous ai dit, et en termes assez vifs pour provoquer de votre part, à défaut d'attention, de comparaison, de mémoire, sur la question tout historique que je vous avais jusqu'alors soumise, cet acte simple et tout intuitif de la pensée, lorsqu'elle se trouve en présence d'un fait, et interrogée par oui ou par non, je veux dire, un jugement. Vous n'aviez qu'à répondre, en deux mots, cela est, ou cela n'est pas, et le procès était fini.
Cela est, c'est-à-dire* oui, la Banque de France peut, sans
faire tort à ses actionnaires et se nuire à elle-même, faire l'escompte à 1 p. 100; elle peut donc, en vertu de la concurrence qu'elle créerait par cette diminution, faire baisser le loyer de tous les capitaux» et du sien propre, au-dessous de 1 pour 100. Et puisque le mouyement de décroissance, une fois commencé» ne s'arrêterait plus, elle peut, si elle veut, faire disparaître tout à fait rintérét. Donc le crédit payé, quand il ne prend que ce qui lui est dû, mène droit au crédit gratuit; donc Tintérét n'est qu'un fait d'ignorance et de barbarie ; donc l'usure et a rente, dans une démocratie organisée, sont illicites. > Cela n'est pas^ c'est-à-dire, non, il n'est pas vrai, quoi qu'en dise le bilan publié chaque semaine par la Banque de France, qu'elle ait un capital de 90 millions et un encaisse de 460 millions ; il n'est pas vrai que cet encaisse énorme vienne de la substitution du papier de banque au numéraire dans la circulation commerciale, etc., etc. Dans ce cas, je vous renvoyais à M. d'Argout, à qui revenait le débat.
L'eût-on jamais cru, si vous ne nous l'aviez fait voir! A ce fait si catégorique, si palpitant de la Banque de France, voui ne répondez ni oui ni non» Vous ne vous doutez seulement pas de l'identité qui existe entre le fait soumis à votre jugement et votre théorie de l'intérêt. Vous n'apercevez point la synonymie de ces deux propositions : Oui, la Banque de France peut faire crédit à 1 p. 100, donc ma théorie est fausse : — Non, la Banque de France ne peut pas faire crédit à 1 p. 100, donc ma théorie est vraie.
Votre réponse, monument irrécusable d'une intelligence que le Verbe divin n'illumina jamais, c'est : qu'il ne s'agit pas pour vous de la Banque de France, mais du capital; que vous ne défendez point le privilège de la Banque, mais seulement la légitimité de l'intérêt ; que vous êtes pour la liberté des banques, comme pour la liberté du prêt; que s'il est possible à la Banque de France de faire le crédit et l'escompte pour rien, vous ne l'empêchez point; quQ vous vous bornez à affirmer une chose, à savoir, que la notion de capital suppose et implique nécessairement celle de l'intérêt ; que le premier ne va pas sans le second, bien que le second existe quelquefois sans le premier, etc.
I Ainsi, vous êtes aussi impuissant à juger qu'à observer, comparer et vous remémorer. Il vous manque cette conscience juridique qui, en présence de deux faits identiques ou contraires, prononce: Oui, l'identité existe; non, l'identité n'existe pas. Sans doute, puisque vous êtes un être pensant, vous avez des intuitions, des illuminations, des révélations; je ne me
828 MIÎLANGBS. — ÀETICUU DE JOURNAUX
charge pMS, qui^nt à moi, de dire ce qui se passe dans votre cerveau. Main, ft coup sûr, vous w raisonnez pap, vous ne réûéohinfim V^' Quelle espèce d'homme êtes-vous» monsieur Bastiatt ]Êtef3*vou9 seulement un hommel...
Ck)mm?M 1 apf es m'avoir abandonné successivement la métaphysi^UO» ^ iM^^^I^ ^^^ n'entende? rien; la philosophie do l'histoire, qu« ^us traite» de fctalisme; le progrès économique, dont le deniii^ termi9 est la réduction à Tabsurde de Tintérêt : vous m'abandonnes encore la pratique financière, dont le plus magnifique pprroJlAire est précisément la conversion du crédit payé en crédit gratuit; et vous n'en persistez pas moins à soutenir la vérité absolue de votre théorie, que vous avez ainsj détruite de vos propres mains 1 Vous lâchez pied partout; la métaphysique, l'histoire, l'économie sociale, la banque, font guccesiivement d^lfaut h votre thèse, comme l'attention, la comparaison, la mémoire et le jugement i, votre intelligence : encore une fois, quelle dialectique est la vétre, et comment voules-vous qu'on voup prenne!
Et cependant, je ne me suis poiut découragé. J'ai voulu aller jusqu'au bout et twter un dernier effort. J'ai cru que cette inertie des facultés intellectuelles pouvait provenir de l'absence de notions, et je me suis flatté de l'espérance de faire jaillir enfin rétincelle dans votre ftme. Vous-même paraissiez m'indiquer cette marohe, quand vous me disiez : Convaincu que tout ce débat repose sur la kotion dtf capital; et qu'en conséquence vous essayiez de m'expliquer ce que vous entendez par capital. Puis donc qu'il est inabordable par la logique, me dis-je, attaquons-le par les notions. Il serait honteux qu'une pareille discussion fii^t sans que les deujc adversaires pussent se rendre le témoignage, que s'ils n'ont pu s'accorder, au moins ils se sont compris»
J'analyse donc, pour vous exprès, la notion de capital. Cette analyse terminée, je donne la définition; j'en déduis les corollaires; puis, afin de ne laisser aucune ambiguïté dans les termes, j'appelle à moi la science du comptable. Je représente par écritures de commerce, sur deux tableau^ç cpmparatife, d'un côté, la théorie du capital d'après vos idées , de l'autre, cette même théorie d'après les miennes. Je consacre treize colonnes de la VûisduP€^ple à cette exposition, tout^ de complaisance, mais de laquelle, selon moi, doit sortir une révolution économique, mieux que cela, une science nouvelle. ' C'était une dernière fois vous dire :
Prenez garde \ les temps sont changés. Le principe de HntéicH a épuisé toutes ses conséquences : elles sont aujeurd'hui
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reconnues immorales, destructives de la félicité publique, mathématiquement fausses; la tenue des livres les dément, et, ce qui ne vous laisse aucune ressource, avec la tenue des livres, à notion même du capital. Pour Dieu, soyez donc attentif aux faits que je vous signale; observez, comparez, synthétisez, jugez, remontez aux notions : alors seulement vous aurez le droit d'exprimer une opinion. Vous persisterez dans votre erreur, sans doute, mais du moins votre erreur sera raisonnée ; vous vous tromperez en connaissance de cause.
Comment êtes- vous sorti de cette épreuve! C'est ce que je vais examiner, en répondant à votre dernière.
Je laisse de côté votre exorde, magnifique et pompeux, dans lequel vous félicitez la société du service que je lui ai rendu en dévoilant le dernier mot du Socialisme, et célébrez votre victoire. Je ne relèverai pas davantage certaines plaisanteries sur les hésitatiom et oscillations de ma polémique: nos lecteurs sont à cet égard suffisamment instruits. Ils savent que ce que vous appelez en moi hésitation, n'est autre que la distinction fondamentale que j'ai faite, dès le premier jour, sur le passé et le présent de l'économie des sociétés, distinction que j'ai appuyée successivement de toutes les preuves que me fournissaient la métaphysique, l'histoire, le progrès, la routine même, et sur laquelle je m'efforce, mais inutilement, depuis deux mois, d'appeler votre intention. Je n'églige, en un mot, tout ce qui, dans votre épître, n'a point directement trait à la question, et ne m'attache qu'à l'essentiel.
J'avais défini le capital : Toute valeur faitb, enterres, instrU' ments de travail^ marchandises, subsistances, ou monnaies, et ser* vam, ou pouvant servir à la production.
Chose singulière! cette définition vous agrée; vous l'acceptez, vous vous en emparez. Hélas I mieux eût valu pour vous cent fois la rejeter, avec l'antinomie et la philosophie de l'histoire, que d'encombrer d'une pareille formule votre entendement ! Il faut voir quel afifreux ravage cette terrible définition a fait sur votre esprit I
D'abord, vous ne l'avez point du tout comprise. Malgré la peine que je me suis donnée de vous l'expliquer, vous ignorez ce que c'est qu'une valeur faite : sans cela, eussiez-vous fait tenir, à l'un des personnages que vous mettez en scène, le discours suivant : a Messieurs, si vous voulez mes meubles, mes € souliers, mes clous, mes habits, qui sont des valeurs faites, « donnez-moi une valeur faite, c'est-à-dire vingt francs d'ar- M gentt »
On appelle valeur fakU^ dans le conunexce, une lettre de
390 MÉiLANGBf . •» kfrtvams us uscKSkxm
change, par exem^, ayant une cause réelle, rev^ue des formes légales, émanée d'une souree connue et solvable, acceptée, et au besoin endossée par des personnes également solvabJes et cO'nnues» offrant ainsi triple, quadruple, elc, garantie, et susceptible, par le nombre et la solidité des cautions, de circuler comme numéraire. Plus il y a de cautions et d'acceptations, mieux la valeur est faite: elle serait parfaite, si elle avait pour garants et pour accepteurs tous les citoyens. Telle est la monnaie, la mieux faite de toutes les valeurs : car, outre qu'elle porte son gage en elle-même, elle est revêtue de la signature de rÊtat, qui la lance dans la circulation comme une lettre de change, et assurée de Faoceptotion du public. Par analogie, je dis* que des meubles, des souliers, et tous autres produits, sont reconnus valeurs faites, non pas lorsque la confection en est achevée et qu'ils sont exposés à la vente, comme vous le dites ; mais après qu'ils ont été appréciés contradictoirement, que la valeur en a été fixée, la livraison effectuée; et cela encore, seulement, pour celui qui les achète, ou qui consent à les reprendre au même prix. C'est ainsi, vous ai-je dit, que le produit devient capital ; et il n'est capital que pour l'acquéreur, qui s'en fait soit un instrument, soit un élément de reproduction. Pour celui là, dis-je, et pour lui seul, le produit devient valeur faite, en un mot, capital.
Ici, monsieur, j'ai du moins l'avantage que vous ne me contredirez point. Je suis Tauteur de la définition; je sais ce que j'ai voulu dire ; vos paroles déposenl de ce que vous avez entendu. Or, je vous le répète, vous ne me comprenez pas.
Cependant, et sans y regarder de si près, vous prenez ma définition du capital pour bonne ; vous dites qu'elle suflSt à la discussion. Vous reconndssez donc, implicitement, que CO' pUal et produit sont, dans la société, termes synonymes ; conséquemment, que toute opération de crédit se résout, à peine de fraude, dans un échange : deux choses que vous aviez d'abord niées, et que je vous féliciterais d'avoir enfin comprises, s'il m'était possible de croire que vous donnez à mes paroles le sens que je leur applique. Quoi de plus fécond, en effet, que cette analyse : Puisque la valeur n'est, autre chose qu'une proportion, et que tous les produits sont nécessairement proportionnels entre eux, il s'ensuit qu'au point de vue social les produits sont toujours valeurs et valeurs faites : la différence, pour la société, entre capital et produit, n'existe pas. Cette différence est toute subjective aux individus : elle vient de l'impuissance où ils se trouvent d'exprimer la proportionnalité des produits en nombre exact et de leurs efforts pour arriver à
IMTiaÉT BT PlINClPikL
iHiea^iyroxittàfitôon. Car, ne roublloa» fws: la lot société de l'échange, la régie al)s&lue des transactioQs, lai non émte mais intuitive, règle non de convention bmûs de nature,, c'çst de confoniier le j^lus possible les actes de la vie privée aux formules de la vie sociale.
^ Or, et c'est ce qui £ût naître mes doutes, cette définition, si profonde et si nette, du capital, c^a voua trouve^i bon d'accepter ; cette identité du capital et du produit, du crédit et de l'échange, tout cela, monsieur, eà^t la négation de votre théorie de 1 intérêt y et certes, vous ne vous en doutiez pas! Dès lors en effet, que la formule de J.-B. Say, U& j^ùduUs ê*échaugmt contre les ftroduits, est synonyme de cette autre, Us capitaux s'é' changent contre les capitaux ;q\ie la définition du capital par vous acceptée n'est autre chose que 'cette synonymie; que tout concourt, dans la société, à rendre les faits de comnïerce de plus en plus conformes à cette loi; il est évident, à priori, qu'un jour doit venir où les relations de prêt, loyer, fermage, intérêt, et autres analogues, seront abolies et converties en rapports d'échange; et qu'ainsi la prestation des capitaux, devenant simplement échange de capitaux, et toutes les affaires se réglant au comptant, l'intérêt devra disparaître. L'idée d'usure, dans cette définition du capital, implique contradiction.
C'est ce que vous eussiez infailliblement compris, si, tout en adoptant ma définition du capital, vous lui aviez accordé une seule minute de réflexion. Mais croire que vous allez réfléchir sur vos propres notions ; s'imaginer qu'après avoir admis un principe, vous en adopterez les conséquences, le mouvement et les lois; c'est, j'en ai fait la triste expérience, se tromper étrangement. Raisonner, pour vous, c'est contredire à tort et à travers, sans suite et sans méthode. La notion glisse sur votre esprit sans le pénétrer. Vous prenez le mot, que vous appliquez ensuite à votre guise, et suivant les préoccupations de votre esprit : vous laissez l'idée, le germe, qui seul féconde l'intelligence et dénoue les difficultés.
Je n'avais rien épargné, cependant, pour vous éclairer sur le sens et la portée de ma définition et vous mettre en garde contre elle. Désespérant de vous la feire concevoir par la seule méthaphysique du langage, je l'avais réduite en équations, pour ainsi dire, algébriques. Car, qu'est-ce que la science du comptable, dont j'ai fait usage à cette occasion, sinon une sorte d'algèbre î Mais voici bien une autre affaire. Vous msonnez de la tenue des livres absolument comme de la valeur faite : il vous était réservé, après avoir accepté une définition aana en comprendre les termes, sans «a «percevoif les conséquenoesi
333 MiLANOBS. — ARTIGLBS DB lOUBlVÀDlL
d'en nier encore la démonstration. Mais, monsieur, la démon-' stration, c'est la définition : où donc en étes-vousf
Je lis dans 'votre lettre du 3 février :
« Ayant imaginé ces données, vous dresses la comptabilité ce de A, de B, et celle de la Banque. Certes, cette comptabilité^ « les données étant admises, est irréprochabte. Mais peut-on ad- « mettre vos données f sont-elles conformes à la nature des ff hommes et des choses! »
Ceci, j*ose tous le dire, est le renversement de l'arithmétique et du sens commun . Jamais, monsieur, si vous aviez eu la plus légère teinture de comptabilité, vous n'eussiez écrit de pareilles lignes. Vous auriez su que si, comme vous êtes forcé de l'avouer, ma comf tabiUté est irréprochabley les données économiques sur lesquelles je l'ai établie sont, dans le premier système, qui est le vôtre, nécessairement fausses; dans le second, qui est le mien, nécessairement vraies. Telle est l'essence de la comptabilité, qu'elle ne dépend pas de la certitude de ses données; elle ne souflEre pas de données fausses; elle est, par elle-même, et malgré la volonté du comptable, la démonstration de la vérité ou de la fausseté de ses propres données. C'est en vertu de cette propriété que les livres du négociant font foi en justice, non-seulement pour lui, mais contre lui ; l'erreur, la fraude, le mensonge, les fausses données, enfin, sont incompatibles avec la tenue des livres. Le banqueroutier est condamné sur le témoignage de ses écritures beaucoup plus que sur la dénonciation du ministère public. Telle est, vous dis-je, l'incorruptibilité de cette science, que j'ai signalée, dans mon Systèmes des Contradictions économiques, comme la plus belle application de la métaphysique moderne.
Vous parlez de fausses données. Mais la donnée sur laquelle j'ai établi ma comptabilité est précisément la vôtre, la donnée du Capital productif d'intérêt. Cette donnée étant pour vous réputée vraie, je la soumets à l'épreuve de la comptabilité. J'en fais autant pour la donnée contraire, qui est celle que je défends. L'opération faite, vous la proclamez irréprochable : mais comme elle conclut contre vous, vous vous récriez que les données sont fausses. Je vous demande, monsieur Bastiat, ce que vous avez voulu dire.
Certes, je ne m'étonne plus, à présent, qu'à force de ne pas voir dans une définition ce qui y est, vous ayez fini par y découvrir ce qui n'v est point, et que, de bévue en bévue, vous soyez tombé dans la plus inconcevable hallucination. Où donc avez-vous vu, dans cette comptabilité irréprochable, bien que, selon vous, la donnée en soit fausse, que le système de crédit
IMTÉaÂT IBT PAINCIPAL 888
que je défends, c'est le papier-motmaieT Je vous défie de citer un seul mot de moi, dans cette longue controverse, qui vous autorise à dire, comme vous le faites, et, je crois, pour vous tirer d'embarras, que la tbéorie du crédit gratuit, c'est la théorie des assignats. Je n'ai pas dit un mot du système que je voudrais voir substitué à celui qui nous gouverne, et dans lequel je persiste à voir la cause de tous les malheurs de la société. Vous n'avez pas voulu qu'il fût mis en discussion, ce système; vous êtes resté sur votre terrain; tout ce que j'ai pu faire, c'a été de vous prouver, sans toutefois me faire comprendre, que la pratique de l'intérêt mène droit à la pratique de la gratuité, et que l'heure est sonnée d'accomplir cette révolution. De mon système, à moi, il n'a jamais été question. J'ai résonné constamment sur vos données; je me suis tenu, avec vous, dans les us et coutumes du capital. Relisez ma lettre du 31 décembre : il ne s'agit point là de la Banque du Peuple^ mais bien de la Banquie de Fbancb, de cette Banque privilégiée, gouvernée par M. d'Argout, que vous ne soupçonnez point, sans doute, d'être partisan du papier-monnaie, ni de la monnaie de papier, ni des assignats; de cette Banque, enfin, qui, depuis la réunion des banques départementales, et rémission des billets à cent francs, a vu continuellement augmenter son encaisse ; qui possède aujourd'hui 472 millions de lingots et d'espèces; qui finira par engloutir dans ses caveà un milliard de numéraire, pour peu que l'administration réduise encore la coupure des billets, établisse d'autres succursales, et que les affaires reprennent ; c'est de cette Banque-là que je vous ai entretenu : l'auriez-vous prise, par hasai*d, pour une hypothèse, et ses 472 millions d'espèces pour une utopiet
Voici ce que je vous ai dit :
Le capital de la Banque de France est de 90 millions ; son encaisse de 472 millions ; soit donc un capital, réalisé ou garanti, de 382 millions, appartenant au Peuple français, et sur lequel la Banque ne doit percevoir aucun intérêt.
Or, les intérêts dûs par la Banque à ses actionnaires étant de 4 pour 100 sur un capital de 90 millions; les frais d'admi-» nistration, risques compris, 1/2 pour 100 ; l'accumulation des espèces se faisant d'une manière progressive, et la somme des émissions pouvant, sans danger, être d'un tiers supérieure à celle de l'encaisse : je dis que la Banque de France peut, que si elle peut elle doit, à peine de concussion et de vol, réduire le taux de ses escomptes à 1 pour 100, et organiser le crédit foncier, en même temps que le crédit commercial. Que me parlez-vous donc de papier-monnaie, d'assignats, de coiu's
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forcé, de maximum,. de débiteurs insolvables, d*emprunteurs sans bonne foi, de travailleurs débauchés, et autres^ balivernes! Que la Banque de France fasse son métier avec prudence et sévérité, comme elle a fait jusqu'à présent; ce n*est pas mon affaire. Je dis qu'elle a le pouvoir et le devoir de faire le crédit et Tescompte, à ceux à qui elle a coutume de le faire, à 1 pour 100 Tan, commission comprise. M. Bastiat me fera-t-il une fois l'honneur de m'entendret
' M. BASTIAT. « Pour que les billets d'une Banque soient reçus, K il faut qu'ils inspirent confiance ;
a Pour qu'ils inspirent confiance, il faut que la Banque ait (( des capitaux;
« Pour que la Banque ait des capitaux, il faut qu'elle les « emprunte, et conséquemment qu'elle en paye l'intérêt;
« Si elle en paye l'intérêt, elle ne peut les prêter sans intéa rôt. »
MOI. Eh bien I monsieur, la Banque de France a trouvé des capitaux sans intérêts ; elle possède, en ce moment, 382 millions qui ne lui appartiennent pas; elle en aura, quant elle voudra, le double à pareille condition. Doit-elle faire payer un intérêt!
u. BASTIAT. « Le temps est précieux. Le temps, c'est de l'ar- « gent, disent les Anglais. Le temps, c'est l'étoffe dont la vie c est faite, dit le Bonhomme Richard.
« Faire crédit, c'est accorder du temps.
« Sacrifier du temps à autrui, c'est lui sacrifier une chose a précieuse : un pareil sacrifice ne peut être gratuit. »•
MOI. Vous n'y arriverez donc jamais ! Je vous ai dit, et je vous répète, qu'en matière de crédit, ce qui fait qu'on a besoin de temps, c'est la diflîculté de se procurer de l'argent; que cette difficulté tient surtout à l'intérêt exigé par les détenteurs d'argent; en sorte que si l'intérêt était zéro, la durée du crédit serait aussi zéro. Or, la Banque de France, dans les conditions que lui fait le public depuis la Révolution de Février, peut réduire son intérêt presque à zéro : qui, de vous ou de moi, tourne dans le cercle!
M. BASTIAT. « Ah ! oui. .. il me semble... je crois comprendre « enfin ce que vous voulez dire. Le public a renoncé, en faveur « de la Banque, à l'intérêt de 382 millions de billets qui cir- « culent sous sa seule garantie. Vous demandez s'il n'y aurait « pas moyen de faire profiter le public de cet intérêt, ou, ce a qui revient au même, d'organiser une Banque nationale, qui « ne perçût pas d'intérêts. Si je ne me trompe, c'est sur Toba servation de ce phénomène que se fonde votre invention.
« Ricardo avait conçu un plan moins radical, mais analog^ue^ yi et je trouve dans Say ces lignes remarquables :
« Cette idée iogénieiise ne laisse qa*une question non résolae. Qoi de- (( yra jouir de l'intérêt de cette somme considérable, mise dans la oircnlaa tion ? Serait-ce le gouvernement? Ce ne serait pour lui qu'un moyeu u d'augmenter les abus, tels que les sinécures, la corruption parlemenu taire, le nombre des délateurs de la police, et les années permanentes, tt Serait-oe une eompafoiie financière, comme la Banque d'Angleterre, la « Banque de France ? Mais à quoi bon faire à une oompaipiie financière le u cadeau des mtérdts payés en détail par le public?... Telles sont les quesa tions qui naissent à ce sujet : peut*dtre ne sont-elles pas insolubles, u Peut-être y a-t-il des moyens de rendre hautement profitable au public tt l'économie qui en résulterait ; mais je ne suis pas appelé à développer a ici ce nouvel ordre d'idées. »
MOI. Ehl monsieur, votre J.-B. Say, avec tout son génie, est un sot. La question est toute résolue : c*est que le Peuple, qui fait les fonds, le Peuple, qui est ici le seul capitaliste, le seul commanditaire, le vrai propriétaire; le Peuple, qui seul doit profiter de l'intérêt; le Peuple, dis-je, ne doit pas payer d'intérêts. Est-il au monde quelque chose de plus simple et déplus juste î
Ainsi, vous convenez, sur la foi de Ricardo et de J.-B. Say, qu^il existe «n moyen de faire profiter le public, je cite vos propres expressions, des intérêls qu*il paye à la Banque, et que ce moyen, c'est d'organiser une Banque nationale, faisant crédit à zéro d'intérêt!
M. BASTiÂT. Non pas cela. Dieu m'en préserve! Je reconnais, il est vrai, que la Banque ne doit pas profiter des intérêts payés par le public pour un capital appartenant au public; je conviens de plus qu'il existe un moyen de faire profiter desdits intérêts le public. Mais je nie que ce moyen soit celui que vous indiquez, à savoir l'organisation d'une banque nationale; je dis et j'afllrme que ce moyen, c'est la liberté des banquesl ^
€ Liberté des banquesl Liberté du crédit! Ohl pourquoi, monsieur Proudhon, votre brûlante propagande n'a-t-elle pas pris cette direction!... »
Je fais grâce au lecteur de votre péroraison, dans laquelle vous déplorez mon endurcissement, et m'adjurez, avec un sérieux comique, de substituer à ma formule : Gratuité du crédit, la vôtre : Liberté du crédit, comme si le crédit pouvait être plus libre que lorsqu'il ne coûte rien ! Je n'ai veine au corps, sachez-le bien, qui résiste à la liberté du crédit: en fait de banque, comme en fait d'enseignement, la liberté est ma loi suprême. Mais je dis que jusqu'à ce que la liberté des banques
et la concurrence des banquiers fasse jouir le public des lûtérôts qu'il leur paye, il serait bon, utile, constitutionnel^ et d'une économie tout à fait républicaine, de créer, au milieu des autres banques, et en concurrence arec elles, une banque nationale faisant provisoirement crédit à 1 ou 1/2 pour 100, au risque de ce qui en arriverait. Vous répugne-t-il de fedre de la Banque de France, |)ar le remboursement de ses actionnaires, cette Banque nationale que je proposet Alors, que la Banque de France restitue les 372 millions d'espèces qui appartiennent au public, et dont elle n'est que la détentrice. Avec 372 millions on peut très-bien organiser une banque, qu'en pensez-vousl et la plus grosse de l'univers. En quoi donc cette banque, formée par la commandite de tout le Peuple, ne serait-elle pas librel Faites cela seulement, et quand vous aurez attaché ce grelot révolutionnaire, quand vous aurez de la sorte édicté le premier acte de la République démocratique et sociale, je me charge de vous déduire les conséquences de cette grande innovation. Vous saurez alors quel est mon système.
Quant à vous, monsieur Bastiat, qui, économiste, vous moquez de la métaphysique, dont l'économie politique n'est que l'expression concrète; qui, membre de l'Institut, ne savez pas même où en est la philosophie de votre siècle ; qui, auteur d'un livre intitulé Harmonies économiques, probablement par opposition aux Contradictions économiques, ne concevez rien aux harmonies de l'histoire, et ne voyez dans le progrès qu'un désolant fatalisme; qui, champion du capital et de l'intérêt, ignorez jusqu'aux principes de la comptabilité commerciale ; qui, concevant enfin, à travers les ambages d'une imagination effarée, et sur la foi de vos auteurs beaucoup plus que d'après votre intime conviction, qu'il est possible d'arganiser, avec les fonds du public, une banque faisant crédit sans intérêt, continuez cependant à protester, au nom de la Liberté du CrédU^ contre la Gratuité du Crédit : vous êtes sans doute un bon et digne citoyen, un économiste* honnête, xm écrivain consciencieux, un représentant loyal, un républicain fidèle^ un véritable ami du Peuple : mais, vos dernières paroles me donnent le droit de vous le dire, scientifiquement, monsieur Bastiat, vous êtes un homme mort.
P.-J. PnOUDBON.
flN.
TABLE DES "matières
LA VOIX DU PEUPLE 1849 (Suite)
Résistance à la Rëvolution .^ i
Môme sujet. — Louis filanc et Pierre Leroux ..... 5
A Pierre Leroux 30
A Pierre Leroux 84
A propos de Louis Blanc. — De l'utilité présente et de la possibilité future de l'État (1« aritcte) 41
Môme sujet (2« article) 47
Môme sujet (3* article) 55
Môme sujet (4« article) 60
Môme sujet (6« article) 60
Môme sujet (6« article) 73
Môme sujet (7* article) aux délégués du Luxembourg 80
Môme sujet (8« article). Réforme de l'impôt . . 86
Au Président de la République le Socialisme reconnaissant 96
Vive l'Empereur 103
Philosophie du 10 mars. — Aux rédacteurs de la Voix du Peuple. 108
Môme sujet (2« article) 120
Proposition adressée à l'Assemblée nationale en faveur de la batellerie 129
Élection du 28 avril 135
Môme sujet 139
Môme sujet 142
Môme sujel . — Au rédacteur de la Démocratie pacifique 148
Lettre an citoyen Tonssenel 154
Élection du 28 avril. — A la bourgeoisie parisienne 157
Protestation du citoyen Proudhon 160
338 TABLE DBS VATIÈKBS
Anx citoyens Ledra-RoUin, Charles Delescluze, Martin Bernard
et consorts, rédacteurs da Proscrit, à Londres 163
Aux rédacteurs du Peuple de 1850 174
A M. E. de Girardin 175
A M. E. de Girardin 178
INTÉRÊT ET PRINCIPAL (Articles extraits de la Voix du Peuple),
Avertissement 185
Première lettre de Frédéric Bastiat 187
Réponse 194
Deuxième lettre de Frédéric Bastiat 303
Réponse 213
Troisième lettre de Frédéric Bastiat 221
Réponse 229
Quatrième lettre de Frédéric Bastiat 246
Réponse 256
Cinquième lettre de Frédéric Bastiat 271
Réponse 281
Sixième lettre de Frédéric Bastiat 307
Réponse 321