NATIONALITÉ
Le sentiment national est en raison inverse de Fextension de TËtat. A mesure que celui-ci s'incorpore de nouveaux territoires, il y a dénaturation progressive. Là sera une des causes de la dissolution de l'État.
La nationalité rétrécit les sentiments et le génie. L'agglomération les élargit.
La nation française actuelle se compose d'au moins vingt nations distinctes, et dont le caractère, observé dans le peuple et chez les paysans, est encore fortement tranché.
Il y a des Flamands, des Allemands, des ÀUobroges, des Liguriens, des Corses, des Basques, des Celtes et des Normands ou Scandinaves. Tout cela forme déjà neuf à dix millions d'habitants, environ le quart. Les autres provinces, plus centrales, ne sont pas moins tranchées entre elles; d'abord la grande division en langue doQ et langue d*oil.
La première, subdivisée en Languedociens et Provençaux; puis il suffit de nommer les Lorrains , Bourguignons , Picards , Franc- Comtois, Dauphinois, Auvergnats, Limousins, Tourangeaux, le Forez, les Landes, la Bresse. A première vue ces races ne se ressemblent pas.
Les Montagnards du Jura, des Cévennes, des Pyrénées, des Vosges, des Alpes, du Forez n'ont rien de commun ; les riverains du Rhône, de la Seine, de la Loire, de la Garonne pas davantage.
Le Français est un être de convention , U n'existe pas. Celui qu'on se plaît à représenter dans les romans, les drames, les caricatures,
tantôt troupier, tantôt cuisinier, coiffeur ou commis voyageur, est une charge.
Une nation si grande ne tient qu'à Taide de la force. L'armée permanente sert surtout à cela. Otez cet appui à l'administration et à la police centrale, la France tombe en fédéralisme. Les attractions locales l'emportent.