Durance
Douze foyers ou groupes de populations distinctes, mais fort inégaux en étendue superficiaire, et irrégulièrement délimités.
Ces douze bassins, ou groupes de populations, donnent logiquement lieu à une confédération ; ce qui est en eflfet prouvé par l'événement, Içs Gaulois au temps de César formant une confédération, et par le nom pluriel des Gaules.
A ces douze groupes je ne réunis pas les bassins du Rhin, ni celui de la Moselle, ni celui de la Meuse et de la Sambre, ni celui de l'Escaut.
Tous ces bassins, en effet, sont adossés aux
précédents, et leur pente est au nord, tandis que celle des bassins gaulois est au midi et à l'ouest. Ceux-ci sont convergents entre eux, tandis que ceux-là sont divergents; les populations de ces deux classes sont antipathiques, et se refusent au groupement, tandis que celles des vrais Gaulois obéissent à une attraction centrale; enfin le système des langues est totalement différent.
Cependant, comme la nature a ses libertés, ou caprices, et Fhomme les siens, on trouve à faire ici une exception.
Le bassin de la Moselle, quoique appartenant au système du Rhin, est gaulois, jusqu'auprès de Thionville.
Celui de la Meuse et de la Sambre, celtique jusqu'à Visé.
Même correction à faire pour Neuchâtel, Fribourg et Vaud, etc.
Les bassins du Rhône supérieur et de l'Isère, appartiennent au système celtique : c'est à dire que la Savoie, Chambéry, Annecy, Genève et Sion, Lausanne, sont du même système.
La frontière actuelle traeee par la politique, après de longues guerres, a «lodîfié oe sys^tènie, le plus conforme à celui donné par la nature. Cette frontière a pris une partie de la Flandre et abandonné le pays wallon et le Ilainaut. Elle a donné à la France TÂlsace, et lui a ravi la Suisse française ; depuis un an, a rendu la Savoie.
Ce sont deux bassins à ajouter aux douze précédents, et formant la confédération gauloise. VArdenne , en Belgique comme en France, est tout entière celtique.
La nature des pays a été ici plus forte que la direction des pentes.
Moyennant cette correction, indiquée par la volonté de la nature créatrice, les limites de Gaule ou France peuvent être marquées, dans la partie litigieuse, par une ligne qui, partant d'auprès de Calais, laissant en dehors Dunkerque, Saint-Omer, Hazebrouck, Lille, embrasserait ensuite. Tournay, Ath, le Mont- Saint-Jean , Wavre, Liège, Visé, Delhain, Limbourg, Malmédy, suivrait* la frontière
NOTES ET FRâGBTENTS. 209
belge jusqu'à Longwy, passerait à Thionville, et viendrait finir à Sarreguemines.
Toute l'Alsace en dehors.
De Sarreguemines, la frontière suivrait la crête des Vosges, jusqu'à Belfort, d où elle ' gagnerait le Jura par Porentruy, le lac de Joux, pour s'arrêter à Genève.
C'est ce système de transaction qu'il faut expliquer aujourd'hui par l'histoire.
Tout le bassin de l'Escaut, à l'exception de quelques coins de l'Escaut supérieur, est flaiXiand, antifrançais...
Tout le Rhin est germanique aussi bien sur la rive gauche, du côté de France, que sur la rive droite. Le point où il approche de plus près la limite celtique, aux environs de Sainte- Marie aux Mines, est à quatre myriamètres ' (40 kilom.) de sa rive gauche.
Ainsi l'on voit que la politique et la guerre, après deux mille ans de lutte, n'ont pas modifié d'une manière sensible la limite marquée par les bassins; si l'empire français actuel possède une fraction de la Flandre et toute
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TÂlsace, îl a perdu en revanche, tout le Tournaisis, le Hainaut, Namur, le pays wallon,
FÂrdenne belgique, la Suisse dite française.
Il y a là une nécessité puissante, à laquelle les plus grands Ëtats ne peuvent se soustraire.
C'est partout, au surplus, que la nature des choses a été ainsi modifiée; les groupes naturels ont été remaniés, travaillés; un exemple frappant de ce remaniement est la formation de la Confédération helvétique.
La Suisse est un groupe de petits États, formés chacun d un petit bassin formant la partie supérieure d'autres bassins plus considérables : ainsi les cantons de Yaud, Neuchatel, Sion ou Valais, Tessin, Grisons, Fribourg, Berne, Glaris, Saint-Gall, etc.
Chacun est un petit bassin, une vallée.
On aurait pu y joindre le Tyrol, l'Ëngadine, la Walteline, la vallée d'Aoste, celle de la Tosa, et la Savoie. Ce qui aurait porté le nombre descantonsde vingt-deuxà vingt-huit.
De cette manière, la Suisse se serait trouvée composée de cinq ou six rad^s, et d'autant
de nationalités différentes : des Celtes, des Germains, des Italiens; subsidiairement, des Piémontais, des Savoyards, des Tyroliens, etc. Le centre de tous ces bassins et des nationalités qui les habitent est placé sur toute la chaîne des Alpes.
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