‹ Mélanges parChapitre 17 sur 40 · IX · texte numérisé non relu

IX

à-dire dans les choses qui le manifestent; culte de Jésus -Christ comme vie, c'est-à-dire dans les choses qui le communiquent; culte de Jésus-Christ comme voie, c'est-à-dire dans les choses qui le reproduisent en l'imitant. J'eusse pu vous conduira pas à pas sans vous dévoiler mon dessein , comme j'en ai use pour mes conférences dogmatiques; mais si l'imprévu fait partie des secrets de Tart oratoire, il n'en est pas de même d'une communication intime entre deux âmes qui s'épanchent l'une dans l'autre aux pieds de la vérité. Il restera, d'ailleurs, dans ce que je dois vous dire à l'ombre d'une foi qui nous est commune, bien des choses que j'entrevois à peine; la lumière assiste ceux qui cherchent la lumière, et vous m'enseignerez peut-être par vos doutes ou vos erreurs des chemins que j'ignore , des sentiers perdus au fond des déserts, des anses retirées où nous aborderons ensemble sous le souffle tranquille de Dieu. Heureuse navigation qui aura Jésus- Christ pour pilote, son Église pour barque, et l'Évangile pour Océan! Je me réjouis, au bord d'un âge qui penche, de m'enlretenir avec vous, non plus des profondeurs du dogme, mais des mystères intimes de la vie. Quand on est jeune, on aime à s'exposer hardiment dans les périls de l'immensité; plus tard, quand les longs voyages ont mûri le cœur et pacifié l'inlelligence , on revient avec joie aux tranquillités domesliques; on sent le prix du repos dans les choses acquises, et la mort qui s'approche nous révèle doucement et sans bruit plus de secrets que la spéculation n'en livre même au génie. Vous

venez , et je m'en vas : c'est la consolation de ceux qui parlent d'embrasser ceux qui demeurent, et c'est la force de ceux qui demeurent de songer à ceux qui sont partis. Je ranimerai mon souffle aux ardeurs du vôtre, et vous, enfant de ce siècle agité qui fut le mien, vous prendrez peut-être dans mes épanchements refroidis , mais non pas éteints , quelque chose qui vous donnera la paix dans la ferveur.

Vous pensez peut-être que je vais finir ici, et que c'est assez pour une première lettre ; mais je ne le puis. Si je vous laissais au point où nous en sommes , vous auriez de la vie chrétienne une idée trop incomplète pour qu'elle ne fût pas fausse. Sans doute le culte de Jésus -Christ en est le fond, c'est-à-dire la base première; mais en est- il le terme? Est-ce à ce culte que tout s'arrête, ou ce culte n'est -il qu'un point de départ , un moyen efficace de parvenir à quelque chose d'ultérieur, où le Christ n'est point étranger, mais où il n'est pas seul? C'est à lui-même qu'il faut le demander, puisqu'il est notre maître.

Or, si nous scrutons son Évangile, c'est-à-dire ses actes et sa parole, nous l'entendons partout se déclarer le Fils de Dieu accomplissant une mission de son Père. Ma nourriture , dit- il à ses apôtres, est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé (1). — Je ne puis rien faire de moi-même; je juge selon ce que j'entends, et mon jugement est juste, parce

[1] Saint Jean, chap. iv, vers. 34.

que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé (1). — Les œuvres que foccomplis rendent témoignage que c'est mon Père qui m,* a envoyé, et mon Père, qui m'a envoyé, a rendu lui-même témoignage de moi (2). — La volonté de Celui qui ra'a envoyé, qui est mon Père, est que je ne perde aucun de ceux qu'il nCa donnés , et que je les ressuscite au dernier jour (3). — Personm ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé^ ne V attire (4) — Ma doctrine n'est pas la mienne ^ mais la doctrine de Celui qui m'a envoyé (5). — Comme mon Père m a envoyé, ainsi je vous &nr voie (6).

Ce n'est donc pas Jésus-Christ, c'est-à-dire le Dieu homme, qui est le principe de sa parole, de sa doctrine , de sa grâce de sa volonté , de l'œuvre enfin pour laquelle il a pris notre nature, a vécu et souffert, il n'en est que l'instrument prédestiné, et c'est son Père, de qui il a tout reçu éternellement, qui Ta choisi pour communiquer aux hommes le bienfait de leur réparation après celui de leur création. Ce n'est pas lui non plus qui est la fin de son œuvre il la rapporte lui - même à sa source , et , interrogé par ses disciples sur la manière dont ils doivent prier, il la leur enseigne en s'effaçant de leur

(1) Saint Jean, chap. v, vers. 30.

(2) loid., chap. v, vers. 36 et 47.

(3) Ibid., chap. vi, vers. 39.

(4) tbid., chap. vi, vers. 44.

(î5.' Toîd.f cnap. vu, vers. 17.

(6) Ibid., chap. xx vers. 21.

pensée et leur disant : Vous prierez de la sorte : Notre Père gui êtes aux deux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive , que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel (1). C'est vers son Père qu'il tourne leur âme , vers Celui dont il dira au jour de son ascension : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et voire Dieu (2). C'est Tavénement du règne de son Père qu'il leur propose pour terme dernier de leurs aspirations , et dans tout le cours de son Évangile , lorsqu'il parle de ce royaume de la béatitude et de la perfection , il ne l'appelle jamais que le royaume de Dieu ou le royaume du ciel. Sans doute , ce royaume est aussi le sien , et il le dit dans deux ou trois circonstances ; mais il n'est le sien que parce qu'il est celui de son Père, et que son Père lui a tout donné dans l'acte éternel de sa filiation.

Jésus-Christ n'étant ni le principe ni la fin de la rédemption des hommes , qu'est- il donc par rapport à elle? Je l'ai déjà dit; il en est l'instrument , et, pour mieux dire encore, en me servant de l'expression biblique, il en est le médiateur. C'est saint Paul qui nous a créé ce mot dans sa belle langue théologique : Il n'y a qu*un Dieu, dit-il, et un seul médiateur de Dieu et des hommes, V homme Christ Jésus, qui s^est donné lui-même pour la rédemption de tous (3). Et ailleurs il l'appelle, à plusieurs re-

(1) Saint Matthieu, chap. vi, vers. 9 et 10.

(2) Saint Jean, chap. xx, vers. 17.

(3) I'« Épître à Timothée, chap. ii, vers. 5 et 6.

prises, le médiateur du nouveau Testament (1). C'est pourquoi, fidèle à cette lumineuse trace qui mène à Dieu par Jésus -Christ, TÉglise, dans sa liturgie, n'adresse ordinairement ses prières qu'à la première personne de la sainte Trinité, d'où procède toute paternité au ciel et sur la terre (2), et elle les termine par une formule solennelle qui les place sous l'intercession et la médiation du Sauveur. Nous vous prions, dit-elle à Dieu, par Notre-Seigneur JésuS'Christ , votre Fils, qui vit et règne avec vous, dans l'unité du Saint-Esprit, pendant tous les siècles des siècles. Cette admirable et incessante conclusion nous révèle tout à la fois la primauté du Père , à qui tout remonte parce que tout en procède , la filiation du Fils et son office de médiateur entre son Père et nous, enfin le lien qui rattache le Père et le Fils au Saint-Esprit dans une seule vie, un seul règne, une seule et indivisible unité. Dans cette unité absolue , en tant que Verbe coéternél de Dieu, le Fils est tout ce qu'est son Père, sauf qu'il procède de lui; mais en tant que Verbe fait chair, par le côté qui le rapproche de nous sans lui faire perdre sa divine personnalité , il prend une situation qui le subordonne et dont il a dit lui-même : Mon Père est plus grand que moi (3). Et saint Paul , jetant ses regards prophétiques sur le moment où se terminera sa mission de médiateur, s'exprime en ces termes, qui achèvent

(1) Épître aux Hébreux , chap. ix , vers 15.

(2J Épître aux Éphésiens, chap. m, vers. 15.

(3) Saint Jean, chap. xnr, vers. 28.

d'expliquer le mystère : Ensuite viendra la fin, lorsque le Christ, après avoir vaincu toute principauté , tout pouvoir y toute puissance, remettra le règne à Dieu son Père; car il lui faut régner jusqu* à ce qu*il ait mis tous ses ennemis à ses pieds et détruit la mort elle-même, sa dernière ennemie. Tout, en effet, lui a été soumis; mais, en disant que tout lui a été sournois , il est sans doute que c*est excepté Cely.i qui lui a tout soumis. Lors donc que tout lui aura été soumis, le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis , afin que Dieu soit tout en toutes choses (1).

C'est donc Dieu, Père, Fils, et Saint-Esprit, qui est le principe et la fin de notre rédemption; Jésus- Christ, le Verbe fait chair, n'en est que le médiateur. C'est Dieu, vu face à face, et. non pas dans les ombres de l'humanité, si magnifiques soient- elles, qui est le but suprême de notre vie de chrétien. Nous le verrons tel quil est (2) , voilà la promesse; nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (3), voilà la conséquence. De même que le Verbe s'est humanisé en prenant notre nature, nous deviendrons participants de la nature divine (4), en voyant Dieu dans la lumière incompréhensible de son essence; et l'Homme -Dieu luimême, ressuscité pour ne plus mourir, éternellement visible à nos regards bienheureux, fera jaillir

(1) i- Ëpilre aux Corinlhiens, chap. zv, vers. 24 et suir. (2J !'• Ëpitre de S. Jean , chap. m , vers. 2.

(3) Id., ibid,

(4) 11* Épître de saint Pierre, chap. i, vers. 5.

de sa chair transfigurée par la gloire la divinité substantielle qui le rend un avec son Père. Dieu sera tout en tous ceux qui auront mérité de le voir, et , dès ici -bas, notre vie chrétienne n'est que le commencement de cette pénétration béatifique; elle a pour sève intérieure Teffusion divine que nous appelons la grâce , et c'est une doctrine assurée parmi nous que la gloire éternelle n'est que le développement de notre grâce présente. Nous vivons déjà de Dieu en vivant par Jésus-Christ; nous entendons la parole de Dieu en écoutant la sienne ; nous aimons Dieu en l'aimant ; nous regardons Dieu en regardant son visage meurtri et déshonoré pour nous. Dieu transpire à travers le Christ, et nous inonde d'un sang plus précieux encore que celui qui tomba de la croix sur le genre humain. Voilà , voilà la vie chrétienne dans son pHncipe, dans sa fin, dans sa surnaturelle essence, et aussi dans son fondement, qui est la médiation du Christ ; car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, et qui est le Christ Jésus (1).

Jésus-Christ est le fondement de la vie chrétienne, parce qu'il a réparé en nous les ruines de l'homme antique, et que, revêtu de notre chair prise au sein d'Adam par une Vierge sans tache, il a réconcilié dans son sang la terre et le ciel, l'homme et Dieu. Il en est le fondement, parce que c'est lui qui, ajoutant à la lumière native de notre intelligence la lumière seconde de sa parole, nous a fait connaître Dieu,

(1) II« Ëpitre aux Corinthiens, chap. m, vers. 11.

notre fin dernière, avec une plénitude qui nous manquait. Il en est le fondement, parce que c'est lui qui, nous donnant dans sa vie et sa mort, qui étaient la vie et la mort d'un Dieu , le spectacle d'une inénarrable bonté , nous a fait aimer Dieu d'un amour qui ne nous était pas connu. Il en est le fondement, parce que c'est lui qui , en tant qu'homme , nous a révélé Thomme, et inspiré pour nos semblables une charité sincère, active, universelle. Il en est lé fondement enfin, parce que c'est lui qui, au nom de son Père , a institué ces actes sacrés par excellence, où sont contenus, avec la grâce les germes de la vie éternelle. Ainsi , quoique n'étant ni le principe ni la fin de la vie chrétienne, qui n'est qu'en Dieu, Jésus- Christ en est la base, puisqu'il en est le moyen et le ciment. Nul en dehors de lui ne connaîtra Dieu pleinement, et surtout ne l'aimera comme il doit être aimé. Nul non plus , en dehors de lui , ne connaîtra l'homme d'une connaissance parfaite , et ne l'aimera d'un amour vrai. C'est le troisième caractère de la vie chrétienne. Le premier est d'avoir Jésus- Christ pour instituteur et pour maître ; le second , d'avoir Dieu pour principe et pour fin ; le troisième, d'être la seule source de l'amour de Dieu et des hommes.

MMre, disait un docteur à Jésus -Christ pour le tenter, quel est le plus grand commandement de la loi? Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit; voilà le grand et le premier commandement: et le second lui est semblable: Tu aimeras ton pro-

chain comme toi-même. Dans ces deux commande^ ments sont toute la loi et les prophètes (1). Et dans ces deux commandements aussi est toute la force de la vie chrétienne. S'élever vers Dieu , se rapprocher des hommes, voilà ce que Jésus- Christ a fait, ce qu'il a enseigné et ce qu'il a obtenu. Tout est là dans le temps , et l'éternité même ne sera que la continuation de ces deux actes , où s'essaie notre vie dBns le cours de sa mortalité. Nous aimerons Dieu en le voyant après l'avoir aimé sans le voir, et nous aimerons les âmes sauvées après avoir aimé leur salut. Aucun autre que Jésus-Christ n'a donné à la vie humaine cette direction , aucun autre surtout n'y a réussi , et c'est le miracle universel où il demeure présent pour la consolation de ceux qui le servent , et le désespoir de ceux qui ne le servent pas.

J'ai vu passer devant mes yeux bien des maîtres ; j'ai étudié les effets de leurs doctrines sur moi comme sur mes contemporains. Or aucun d'eux jamais ne m'a élevé vers Dieu , aucun ne m'a rapproché des hommes, si ce n'est par les pensées où le christianisme était leur secrète inspiration , à cause d'une domination qui lui reste encore sur ceux-là mêmes qui le haïssent et conjurent s^ ruine. Dès qu'un homme dit anathème à Jésus-Christ , en se donnant la mission d'enseigner, on le voit tomber de Dieu dans les abîmes obscurs d'un athéisme plus ou moins sUbtil , ou du moins dans l'indifférence pour

(1) Saint Matthieu , chap. xxn, vers. 35 et suivants.

tout ce qui est de Dieu. Il peut prononcer son nom, mais ce nom n'a point d'ailes; il peut dire : Dieu est; mais c'est un Dieu glacé qui ne sait pas les chemins du cœur, être abstrait et solitaire , qui habite Tinaccessible région de Tinfîni , et devant lequel l'homme passe sans avoir l'idée d'une prière ni la puissance d'une larme, lui qui prie et qui pleure si naturellement. Il en est de même de la philanthropie séparée du Christ. Elle peut encore , par un ressouvenir de son origine, s'occuper des misères de l'homme; mais sa main est froide comme un linceul, ou bien, s'échauffant sous l'impulsion de systèmes chimériques , elle tente de soulever le monde au nom de l'amour, et ajoute aux calamités humaines, déjà si terribles, la calamité des espérances trompeuses et de ces vastes désirs où l'univers ne peut rien, parce qu'il est contenu par des lois. C'est l'honneur de la rie chrétienne de restreindre les besoins en dilatant les âmes , comme c'est la faiblesse des doctrines étrangères d'agrandir les nécessités en diminuant les cœurs. L'Évangile se refuse à toute contrefaçon; dès qu'on ne le prend pas tel qu'il est, avec Jésus- Christ vraiment Dieu et vraiment homme , il n'inspire que des imitations sans portée, et tout au plus des passions revêtues d'un nom divin. L'Évangile a dit le dernier mot de la perfection en plaçant l'amour de Dieu et des hommes au faîte de la vie, et il a dit le dernier mot de la puissance en obtenant de ses disciples d'obéir à cette loi comme à la loi qui renferme toutes les autres. Là toujours se brisera le génie de la nouveauté, parce que là est le ietme du

vrai, du beau, du saint, du praticable, et qu'au delà commence le néant de la chimère ou le néant de l'é^ goïsme.

Il est temps de conclure, mon cher Emmanuel, et de répondre à cette question: Qu'est -ce que la vie chrétienne? La vie chrétienne est le culte de Jésus- Christ , pour arriver par ce culte à Tamour de Dieu et des hommes, et par Tamour de Dieu et des hommes à la vision de l'Essence divine. Jésus- Christ, voilà votre maître; l'amour, voilà votre loi ; la vision de Dieu, voilà votre fin.

Dès votre enfance on vous l'avait dit, ou plutôt l'on vous avait façonné, sans vous le dire, à ce grave enseignement. Votre mère vous apprenait à joindre vos mains et à lever vos yeux en prononçant le nom de Jésus-Christ ; elle ployait vos genoux devant son image, et portait à vos lèvres, ignorantes de ce qu'elles faisaient, le signe aimable, et pourtant si sévère de notre salut. Quand la raison parut dans vos actes et inspira, quoique imparfaitement, vos premières pensées, votre mère encore vous conduisit aux pieds d'un vieillard, dans l'ombre et le silence d'un lieu solennel , et vous pressa de lui découvrir les troubles naissants de votre cœur, vos élans et vos peines, tous ces mouvements obscurs qui étaient en vous les avant -coureurs du bien et du mal. Ainsi donnâtes-vous à Jésus - Christ , dans la personne consacrée d'un de ses disciples, les prémices de votre conscience. Elle se forma lentement à ce souffle incorruptible d'une âme où se versait la vôtre; vous apprîtes de ces épanchements les

joies de la réconciliation et les joies plus pénétrantes encore d'une pureté qui se contient devant Dieu et n'a point à rougir de son regard. Si les passions vous furent révélées par l'instinct de la nature , ou par l'imprudence d'une parole qui ne sut pas vous respecter, vous eûtes dans la prière , dans la révélation de vos fautes, dans les splendeurs de nos solennités , un appui plus fort que les séductions du dedans et les trahisons du dehors. Un jour votre front porta douze ans. On vous avait préparé pour ce jour; il devait vous initier au plifc profond des mystères de Jésus -Christ, et ressusciter pour vous , après dix -huit siècles d'absence, la réalité de sa communion dernière avec ses premiers amis. Vous vîntes en face du ciel et des hommes vous agenouiller devant le pain qui avait été la vie de vos pères et qui devenait la vôtre ; vous le reçûtes dans une foi sans tache, dans un amour ému, et vous pûtes croire que rien ne vous séparerait jamais des délices de la vérité. Le pontife le crut comme vous; il marqua votre front du signe de la force avec une huile qui était le signe de la douceur, et il vous commit à la grâce de Dieu pour être désormais en ce monde , tout enfant que vous étiez encore , le champion de la vraie justice et de l'éternel honneur. Vous vous en souvenez , telles furent les leçons semées dans votre âme, telles les impressions de vos commencements , et ainsi rien ne vous est nouveau dans les noms et les choses du christianisme. Mais ce qui vous est nouveau, c'est d'en reprendre la trace à vingt ans , aux premiers jours de votre li-

berté et au bruit d'un monde qui n'est pas unanime à vous redire ce que vous disait votre mère et ce que vous affirme votre foi. Il vous faut combattre et convaincre : combattre pour demeurer fidèle, convaincre pour transmettre à d'autres la vie qui vous fut donnée. Comme il n'y a pas de chrétien sans amour, il n'y a pas de chrétien sans prosélytisme , et ce que je vous demande avant tout , dès aujourd'hui, c'est d'embrasser le monde dans votre ambition. Vous ne sortirez jamais assez de vousmême pour y être puissant; jamais vous ne croirez assez pour vous , si vous ne croyez pas pour les autres. Ne dites pas : Je veux me sauver; dites-vous: Je veux sauver le monde. C'est là le seul horizon digne d'un chrétien, parce que c'est l'horizon de la charité.

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