IX
sécration solennelle à la certitude de sa venue en Provence et de sa sépulture à Saint-Maximin. Restait à renouer dans Saint-Maximin même la chaîne de cette gloire et à rendre enfin à la piété de l'univers et à sa vue les reliques incontestées de Tillustre pénitente. Il y fallait des mains pures, un cœur connu de Dieu et des hommes, une autorité souveraine, des témoignages éclatants de vérité, et nous allons voir , en effet , que la Providence y avait pensé de loin.
Saint Louis avait un neveu , né de son frère Charles d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence. Ce neveu , qui s'appelait aussi Charles, et qui, après la mort de son père, fut roi de Sicile et comte de Provence sous le nom de Charles II, avait pour fiainte Madeleine une tendresse qu'il tenait de sa race, et qui , quoique commune à toute la chevalerie française , était en lui au plus haut degré d'ardeur et de sincérité. N'étant encore que prince de Sa- Icrne, Dieu lui inspira la pensée de pénétrer enfin le mystère qui couvrait depuis six siècles la sépulture de celle qu'il aimait par amour de Jésus-Christ. Il se rendit à Saint-Maximin, sans faste, avec quelques gentilshommes de sa suite, et, après avoir interrogé les religieux et les vieillards, il fît ouvrir la tranchée dans la vieille basilique de Cassien. Le 9 décembre 1279 , après des efforts infructueux jusque-là, lui-même, dépouillé de sa chlamyde, prit un hoyau, et creusa la terre avec les ouvriers. Bientôt on heurta la pierre d'un tombeau. C'était celui de saint Sidoine, à droite de la crypte. Le prince ordonne
qu'on soulève l'entablement, et le parfum qui s'en exhale aussitôt l'avertit que la grâce de Dieu est proche. Il se penche un instant, fait refermer le sépulcre, le scelle de son sceau, et convoque les évêques de Provence pour assister à la reconnaissance des reliques.
Neuf jours après, le 18 décembre , en présence des archevêques d'Arles et d'Aix, de plusieurs autres prélats et de gentilshommes, le prince fit rompre les sceaux qu'il avait apposés au sarcophage. Le sarcophage fut ouvert, et la main du prince, en écartant la poussière qui couvrait les ossements, rencontra un objet qui se rompit de vétusté entre ses doigts. C'était un morceau de liège d'où s'échappa une feuille de parchemin d'une écriture encore lisible. Elle contenait ce qui suit : Uan de la nativité du Seigneur 710 , le sixième jour du mois de décembre, sous le règne d'Eudes, très -- pieux roi des Français, au temps des ravages de la perfide nation des Sarrasins, le corps de la trèschère et vénérable Marie Madeleine a été trèssecrètement et pendant la nuit transféré de son sépulcre d'albâtre dans celui-ci, qui est de marbre, et d'où Von a retiré le corps de Sidoine , afin qu'il y soit plus caché et à l'abri de ladite perfide nation.
Le roi Eudes nommé dans l'inscription était Eudes Vquitaine , qui se déclara indépendant lorsque Pé- .1 le Bref se fut emparé du royaume d'Austrasie, et ui gouverna souverainement la France au midi de 1 Loire.
Acte de l'iascription et de la manière dont elle avait été découverte fut dressé par le prince, les arcbevèquea et les évëques présents, et Charles, an comble de la joie , après avoir scellé de nouveau la tombe, convoqua pour le 5 mai de l'année suivanle une assemblée de prélats , de comtes , barons , chevaliers, magistrats, tant de Provence que des pays voisins, pour assister à la translation solennelle des reliques qu'il venait en quelque sorte de ressusciter, ou du moins de soustraire aux obscurités d'une longue suite de siècles. La renommée en publiait des circonstances miraculeuses, et, le 12 mai 1280, une multitude considérable de grands et de peuple se trouva debout au tombeau de sainte Marie Madeleine. C'était la première fois que la gloire prenait autour de son corps de royales proportions. EInseveli dans l'albâtre, sous une crypte modeste, il avait traversé l'âge des persécutions et celui de la barbarie, toiyours vénère et toujours aimé, mais sane qu'aucune pompe répondît à cette vénération ot à cot amour; et les précautions mêmes prises tvur le sauver avaient fini par lui creuser dans la nu'iiu'ire des hommes un tombeau plus profond que ivUii .'ù il reposait. Maintenant l'or et les pierres urvi.icuses vont succéder à l'albâtre , une basilique nn^er ordre à l'humble oratoire de Sainln, un monastère célèbre au cloître étroil k Ctssianiles ; les ruîs et les pontifes viendront à e »t'pulture en si grand nombre, que les pas des ]ii^*$ d des grands seigneurs ne s'y compteront .. <t, apf^ t» tombeau de Notre- Seigneur et
le son apôtre saint Pierre, il n'y aura pas dans le nonde un tombeau comparable à celui de Marie Madeleine.
Une troisième fois donc, en présence d'une illUstre et nombreuse assemblée, le prince de Sacrne fit ouvrir le monument qui avait été scellé, Bt dont les sceaux furent reconnus intacts. Le chef delà sainte était entier, sauf l'os maxillaire inférieur, qui manquait; la langue subsistait, desséchée, mais inhérente au palais; les membres ne présentaient à Tœil que des ossements dépouillés de leur chair; mais un parfum suave enveloppait ces restes rendus à la lumière du jour et à la piété des âmes. On les souleva de leur couche de poussière pour les vénérer de plus près, et tous les regards s'attachaient à ce front qui s'était posé sur les pieds de Notre-Seigneur , à ces cavités vides qui avaient été remplies des plus belles larmes qui fussent jamais tombées devant Dieu , à cette langue qui avait parlé de Jésus-Christ à Jésus - Christ ; à ces os qui s'étaient ployés devant lui et l'avaient adoré , à tout cet être mort que la foi ressuscitait et dont elle ressuscitait en même temps les actions. Une gloire éternelle avait été promise à Marie Madeleine par une bouche infaillible, et cette gloire, tout le monde la voyait, la sentait, la respirait en soi et dans les autres. Treize siècles avaient passé sur ce corps, et il était là; il était là, sans voix, sans vie , sans âme , et pourtant immortel. On regardait après avoir regardé , et l'onction du christianisme remplissait toute cette scène en pénétrant les ac-
leurs et les témoins d'une ineffable ascension vers Dieu.
On savait déjà qu'un signe particulier et tout à fait divin avait été reconnu au front de Madeleine. C'était une particule de chair mobile et transparente qui brillait à la tempe gauche, sur la droite, par conséquent , du spectateur , et avait inspiré à tous au même instant, par un acte de foi unanime, que c'était là, là même, à cet endroit béni, que le Sauveur avait touché Madeleine lorsqu'il lui avait dit après sa résurrection : Noli me tangere, — Ne me touche pas. Il n'y en avait aucune preuve. Mais que pouvait-on croire en voyant à cette place une trace de vie aussi palpable , et qui avait opiniâtrement résisté à treize siècles de sépulture? Le hasard n'a pas de sens pour le chrétien, et là où la nature est évidemment blessée dans ses lois , il remonte aussitôt à la cause suprême, à cette cause qui n'agit jamais sans motifs, et dont les motifs se révèlent aux cœurs qui n'en repoussent pas la lumière. Le langage a conservé l'impression de ceux qui virent les premiers ce point de vie demeuré au corps de Marie Madeleine, et on l'appelle encore aujourd'hui le Noli me tangere : nom sublime, parce qu'il a été créé par la foi pour une pensée digne d'elle. Cinq siècles après cette première translation , le Noli me tangere subsistait encore à la même place, avec les mêmes caractères, et une députation de la cour des comptes d' Aix , composée du premier président, d'un avocat général et de deux conseillers , en faisait la reconnaissance
authentique. Il ne se détacha qu'en 1780, à la veille d'un temps qui ne devait épargner aucun souvenir et aucune relique, et encore, à ce moment-là même, les médecins appelés en témoignage par la plus haute magistrature du pays constataient que le Noli me tangere avait été adhérent au front par la force même d'une vie qui s'y était conservée.
Charles fit trois parts du corps de sainte Madeleine : le chef, qui représentait par excellence le cœur de la sainte; un os du bras droit avec lequel elle avait répandu le parfum sur les pieds de Notre -Seigneur; enfin les autres membres qui ne répondaient à aucune pensée particulière. Par ses soins, la première de ces reliques fut enfermée dans un buste d'or , la face couverte d'un masque de cristal, et celui- ci d'un masque d'or mobile. Le père du prince, Charles l^^ d'Anjou, envoya de Naples sa propre couronne, qui était aussi d'or enchâssée de pierreries, pour qu'elle reposât à jamais sur le chef de la sainte. La seconde relique, l'os du bras droit, fut déposée dans un reliquaire d'argent doré , qui était lui-même en forme de bras porté sur un piédestal que soutenaient quatre figures de lions. Les autres membres furent transférés et scellés dans une châsse d'argent. Une piété ingénieuse avait ainsi gradué l'honneur sans diviser la gloire.
Il ne faut pas oublier que, dans le cours de la translation , pendant que l'on prenait les ossements un à un , on avait découvert une seconde inscription
gravée sur une tablelle de bois qu'enveloppait ud globe de cire. Eile portait ces simples mots : Ici est te corps de sainte Marie Madeleine.
Le premier pas était fait dans la royale glorification de ce très-saint corps. Il était sorti de terre victorieux des siècles, avec une certitude qui défiait toute incrédulité, et une pompe qui annonçait les progrès de la foi et de l'amour dans le cœur des hommes. Un prince du sang de saint Louis avait creusé le sol de ses propres mains pour le découvrir, des évêques l'avaient louché avec crainte, un roi lui avait envoyé sa couronne; l'or, l'argent, les pierres précieuses travaillées avec artlui servaient désormais de couche et d'ornement; un peuple innombrable avait salué sa réapparition , et d'un bout à l'autre de la chrétienté le bruit en avait ému tous les amis de celui qu'elle avait aimé. Mais il fallait que Borne, qui est la source de la gloire comme de la vérité , consacrât par ses suffrages ce. solennel triomphe. Charles y pensait , lorsque les malheurs do sa famitle et les siens propres vinrent mctire obstacle à ses pieux désirs. Prisonnier de riîspagiie pendant six années, appelé au trône par I mort do son père lorsqu'il était encore captif, ingtemps il ne put qu'attendre de meilleurs jours. enfin, il se rendit à Rome. C'était Boni- Dl, un ami de sa famille, qui occupait le kpostolique. Il lui présenta tes deux inscripaphes trouvées dans le tombeau de rMudcloirie et attachées à un acte qui enatl l'authenticité sous la signature d'un grand
nombre de prélats. Il ouvrit aussi devant lui le buste d'or qui renfermait le chef de la sainte , et le Souverain Pontife put voir de ses yeux le signe extraordinaire de vie que la mort y avait laissé. Comme nous l'avons dit, Tos maxillaire inférieur manquait à la relique. Boniface le remarqua, et, se souvenant que Ton conservait à Téglise Saint- Jean-de-Latran , sous le nom de sainte Madeleine , un ossement de ce genre , il ordonna qu'il fût apporté. Les deux reliques mises en présence et rapprochées s'adaptèrent l'une à l'autre avec une exactitude si parfaite , qu'il ne put rester aucun doute qu'elles n'appartinssent à la même personne et à la même tête.
Touché de ce qu'il avait vu, Boniface VIII émit, sous la date du 6 avril 1295, une balle dans laquelle il reconnaissait comme véritable rinvention du corps de sainte Madeleine , et autorisait Charles II , roi de Sicile et comte de Provence, qui en avait ea le mérite , à transférer le monastère de Saint-Maximin de l'ordre des Cassianites à cdm des Frères Prêcheurs. Cet ordre nouveau dans l'Église jetait un grand éclat, 6i Charles le jugea capable de ré* pondre au dessein qu'A avait conçu d'édifié à Sainte Maximin, sur remfdaoement même de raueteu or»* toire, une basilique digue de recevoir et de g9rd^ le trésor dont il venait d*eDricfair la ehr^ieuti. C^ tait le dernier honneur qui manq^ dans le tujuih à sainte Madeldne, et le plus gra&d de t//as , p*x»^ qu'il est le plus m^nifique et le plos y.y^WîrH. L'éloquoice et la poésie sont yx^àxa k/^% i y^iir
qu'un monument; mais Tunè et l'autre ne parlent qu'aux esprits cultivés, dans les livres toujours rares, et qui n'arrivent qu'en des mains privilégiées. Le monument s'adresse aux yeux comme au cœur de tous. Le pauvre y a sa place aussi bien que le riche; l'homme simple peut Tadmirer autant que l'artiste. Aussi toute grande pensée chercha toujours à s'exprimer par un grand monument, et de Ja tour de Babel au temple de Salomon, du temple de Salomon à la basilique de Saint-Pierre, on a vu les peuples se créer dans le marbre ou le granit une représentation la plus mémorable possible de leur amour et de leur foi. 11 convenait donc que l'amie de Jésus- Christ eût quelque part sur la terre un temple digne d'elle, et il ne pouvait mieux s'élever que là où avait été sa sépulture pendant treize siècles, là où la piété venait de retrouver son corps, et proche de la montagne où elle avait consommé sa vie dans les plus hauts mystères de la contempla'* tion.
Dès l'année 1295, Charles en fit tracer le plan et commencer les travaux. Il avait la forme d'une basilique, c'est-à-dire d'un édifice à trois longues nefs sans croix, parce que c'était la forme de l'oratoire primitif qu'il devait remplacer; mais en môme temps on lui imprima, dans tous les détails de sa structure, le caractère d'un vaisseau gothique, afin qu'il fût une image fidèle de deux temps , les temps antiques et les temps nouveaux. Charles II n'acheva point, malgré ses ardentes libéralités, le monumfiat où il avait mia gign coçur, ce fut l'œuvre dq
toute sa race pendant deux siècles ; et lorsque l'avant - dernier de ses successeurs au comté de Provence et au royaume de Naples, le bon roi René, mourut, en 1480, il eut le bonheur de voir Téglise et le monastère à peu près terminés, tels qu'ils sont aujourd'hui. C'était aussi le terme marqué par la Providence à la maison souveraine d'Anjou , comme si elle n'eût été appelée au trône que pour donner à sainte Marie Madeleine tout le lustre qu'une piété et une munificence transmises de règne en règne , pendant de longues générations , pouvaient lui communiquer. Il n'y eut aucun prince de cette maison qui ne visitât, dans des fortunes diverses, la Sainte-Baume et Saint- Maximin, ne confirmât les privilèges et ne mît la main à l'achèvement de la basilique. Elle s'éleva enfin, après deux cents ans d'efforts souvent traversés , telle que la postérité la voit encore, monument d'un art sévère et simple, où la grâce s'unit à la grandeur, et qui, dans cette plaine solitaire, au pied de ces monts ardus , entre ces habitations pauvres et peu nombreuses, paraît un vaisseau échoué par hasard et attendant la main puissante qui le lancera sur les flots. Les flots sont venus , en effet , ils sont venus des peuples agités jusque dans leurs profondeurs; les révolutions, après les rois et les papes, ont visité la basilique de Sainte- Madeleine , et ces coups de tonnerre qui avaient abattu les trônes, n'ont grondé sur l'humble amie des pieds du Sauveur que pour respecter son toit. Béthanie n'est plus; mais Jésus -Christ a rendu à Madeleine la
maison qu'elle avait perdue, et l'un et l'autre , le Maître et le disciple, le Dieu aimé et la femme qui aimait , habitent ensemble à Saint-Maximin , comme autrefois sur les coteaux de la montagne des Oliviers. Marseille est la Jérusalem de ce nouveau Béthanie, et la France en est la Judée plus grande et plus fidèle.
Je dis la France ; car ce fut elle qui hérita de la Provence et avec elle de sainte Madeleine. On eût pu craindre que cette dernière partie de Théritage ne fût négligée , et que nos rois ne comprissent pas le don que la Providence leur avait fait. Il n'en fut rien. Louis XI, le premier qui unit la couronne des Capétiens à celle des comtes de Provence, donna l'exemple d'une vénération sans bornes pour sainte Madeleine. Il la traita comme une fille de France, et légua à ses descendants son pèlerinage comme le pèlerinage propre de la monarchie française. Charles VIII et Louis XII se firent gloire de l'imiter. Anne de Bretagne, femme de l'un et de l'autre, visita Saint-Maximin et là Sainte- Baume, et se fit représenter sous la forme d'une statuette d'or , au pied du reliquaire qui contenait le chef de sainte Madeleine. François P% après la bataille de Marignan, s'y rendit en action de grâces, avec sa mère, sa femme et sa sœur. Il fit réparer à Sainte-Baume l'hospice des étrangers, et voulut que l'on y construisît trois chambres pour les trois premières personnes de la cour; ces appartements prirent le nom de chambre du roi, chambre de la reine et chambre du dauphin. Celle d\i toi éla\ldaivs l'intérieur même
du couvent habité par les religieux. Le même prince orna d'un portique l'entrée de la grotte. Ses successeurs Charles IX et Louis XIII l'y suivirent et y retrouvèrent ces traces de sa munificence royale; Louis XIII y vint en 1622, à la suite du siège de Montpellier et de la soumission des hérétiques du Languedoc.
Le dernier roi de France qui fit le pèlerinage des Saints-Lieux de Provence fut Louis XIV. Il arriva à Saint- Maximin le A février 1660, avec sa mère, Anne d'Autriche , et monta le lendemain jusqu'à la Sainte -Baume et au Saint- Pilon. Au retour, il présida à la translation du corps de sainte Madeleine dans une urne de porphyre qui avait été envoyée de Rome par le général des Frères Prêcheurs, et qui fut placée'sur le maître-autel, après que la châsse qu'elle devait contenir eut été ouverte, refermée et scellée en présence du roi. Ainsi au moment où la monarchie atteignait son plus haut point de splendeur et inscrivait un des siècles de France parmi les grands siècles du monde, elle vint , en la personne du roi qui eut le bonheur de donner son nom à cette ère mémorable, s'incliner devant les restes de l'humble pénitente de Béthanie et y laisser un rayon de cette majesté qui s'appelle encore et s'appellera toigours le siècle de Louis XIV.
Que restait-il à faire pour accomplir la promesse de Jésus-Christ? Il y avait seize siècles qu'une barque avait amené Marie Madeleine sur le sol de France , et depuis ce temps une succession prodi-
gieuse de choses avait, Tune après l'autre , confirmé et accru la magnificence de son culte. La Sainte- Baume , où Jésus - Christ avait repris avec elle les entretiens interrompus au Saint -Sépulcre, était devenue Tune des montagnes célèbres par la visite de Dieu. Elle avait reçu près de là, des mains d'un évêque apostolique , une sépulture qui ne fut jamais oubliée, et le vase d'albâtre où avait été déposé son corps plus durable que celui dont elle avait répandu le parfum sur les pieds du Sauveur, ne rencontra dans le temps et dans les hommes que l'immortalité du respect. Il subsiste encore dans la même terre et sous le même ciel. Une garde sainte lui fut donnée dès que les persécutions finies permirent à la piété de se tenir debout et visible à la porte des grands tombeaux. Quand l'Europe se leva pour reconquérir le premier de ces tombeaux, celui près duquel avait veillé Marie Madeleine elle-même, la chevalerie chrétienne la prit pour dame de sa confiance, et son nom, porté dans le cœur des croisés, vint mourir sur leurs lèvres aux champs de bataille d'un surnaturel honneur. Toute une race de princes fut enfin consacrée à son service. Le premier d'entre eux découvrit son corps caché longtemps par crainte des barbares , et le rendit à la lumière plus splendide qu'il n'avait jamais été. Les cicatrices de l'amitié d'un Dieu apparurent vivantes sur son front, et d'indicibles larmes tombèrent à son aspect des yeux les plus dignes d'en verser. Une basilique illustre par sa grandeur et sa beauté s'éleva £iurces reliques bien-aimées, rendues plus chères
par Fabsence , el Ton vit les rois et les papes s*y succéder à l'envi. Un seul jour y compta cinq rois (1); un siècle y amena huit papes (2). Quand elle fut achevée 9 le sang de saint Louis, qui avait donné au tombeau de Madeleine des comtes de Provence et des rois de Sicile, lui donna enfin des rois de France. La première monarchie du monde devint la protectrice et la cliente de l'amie de Jésusr Christ , et lorsque , parvenue au faite des grandeurs humaines, elle était à la veille de subir une catastrophe aussi étonnante que sa fortune passée , il vint un roi plus grand que les autres pour les représenter tous, et celui-là, fils de la gloire et de la piété de ses pères, apporta au tombeau qu'ils avaient honoré le dernier hommage de ^••nnce.
it-ce bien le dernier? on pouvait le croire. Un
.cisme moqueur s'était emparé des esprits, et
révolution inouïe allait renverser sous ses
ds, avec le trône de France, le trône même de
leu. Mais tandis que les plus vénérés saoctuaires
n'échappaient pas à la tempête , une protection spé-
rarir f'Tivritle monastère et la basilique deSaint-
''^^ Un homme inconnu, dont le nom devait
randir au delà de tout% mesure, le frère 3 capitaine destiné à rouvrir un jour les
hilippe de Valois, roi de France ; Alphonse IV, iugues IV, Foi de Chypre; Jean de Lu^em- (ohême; Robert, roi de Sicile.
1, Benoît XIT, Clément VI, Innocent VI, Ur- ,Mre Xf , €lément VII, BeaoSt XIII.
temples et à remplir le monde des surprises de sa gloire, Lucien Bonaparte, fut le sauveur des deux monuments élevés par la foi des princes et des peuples à l'amour de Marie Madeleine. Pas une pierre ne tomba de leur masse respectée , pas un autel n'y fut détruit, pas un tableau ne disparut de leurs murs ; et lorsque la colère divine , apaisée par tant de malheurs , se retira de nous , la France étonnée retrouva debout l'œuvre des neveux et des fils de saint Louis, ayant à son frontispice le nom d'une nouvelle race et le commencement d'une autre histoire. Les reliques mêmes de sainte Madeleine n'avaient pas péri; le chef et l'os de son bras droit, pieusement recueillis par une main fidèle, furent authentiquement reconnus, et si l'or et les pierres précieuses manquaient à ce trésor, la grâce de Dieu, manifestée par tant de merveilles, subsistait plus vive que jamais. Moins heureuse, la Sainte-Baume avait subi les outrages d'une implacable dévastation ; il n'y restait que le rocher même et une partie de sa forêt. Réparée une première fois, ravagée de nouveau en 181 S, elle fut enfin bénite solennellement au mois de mai 1822 , le lundi de la Pentecôte, en présence de plus de quarante mille hommes, accourus à ce spectacle qui témoignait si hautement de l'impuissance des ruines contre Dieu. Du haut de la terrasse qui est en avant de la Sainte- Baume , l'archevêque d'Aix leva ses mains avec la sainte hostie sur la multitude qui couvrait la plaine et la forêt , et le signe de la croix tomba au milieu d'un silence absolu sut (^^^ lieux et ces hommes qui
retrouvaient ensemble et encore une fois Jésus-Christ vainqueur du monde. Une acclamation immense , sortie de quarante mille bouches , succéda tout à coup au silence religieux de la bénédiction , et les siècles, ranimés par ce cri de foi, purent entendre, dans l'éternité où ils retournent tous, l'écho profond de cette fête donnée par tant d'âmes à l'âme de Marie Madeleine (1).
Quand l'étranger descend le fleuve qui divise Paris , il rencontre une place dont l'étendue et les monuments appellent ses méditations. D'un câté, c'est le palais des rois de France, et en face de lui, à l'extrémité d'une longue avenue, un arc de triomphe militaire. Dans une seconde perspective qui coupe la première en forme de croix , deux temples se correspondent l'un à l'autre : l'un , qui est celui des lois; l'autre, qui est celui de Dieu. Au ibélisque égyptien , mais qui un monument invisible présent à 'écliafaud de Louis XVI. Toute la lettc place : royauté, gloire des n , révolution. Or, si l'on s'api est comme la part de Dieu lentalion de la patrie, on y lira cette Dieu irès-bon et très-grand, sous sainte Marie Madeleine. Marie Masous les yeux de la France et du
ition de la Sainte-Baume fut due principa- VilleneiiVL-liargemont, préfet des BoucheBà M. Chevaliar, préfet du Var.
regardait étonné cette masse immobile , victorieuse des hommes encore plus que des âges, et il lui semblait pénétrer dans le silence du désert plutôt que dans le silence de Dieu. Il priait à deux genoux cette grande et sainte amie de la rédemption des âmes qu'il était venu visiter; il. en voyait partout rimage , le nom , la gloire , la vertu , et néanmoins Tonction de sa prière n'était pas sans tristesse , semblable à ces larmes qu'on apporte en des lieux chéris , mais où il manque quelque chose que le cœur y a vu et qu'il voudrait retrouver. bonté de Dieu sur nos désirs 1 nous avons vu de nos yeux le cloître vide se repeupler, les pompes anciennes reprendre leur harmonie interrompue, le passé sortir de sa tombe avec une jeunesse dont on ne le croyait pas capable, et nous avons cru entendre Jésus -Christ dire à l'amie fidèle qui ne pouvait croire à sa résurrection ce mot de reproche et de lumière : Marie!