SAINT THOMAS D^QUIN
Arextrémilé occidentale de Bologne, du côté où expirent au pied de la ville les dernières pentes des Apennins , le voyageur rencontre une église sur une place solitaire. J'entrai dans Téglise avec l'anxiété d'un homme qui cherche tendrement quelque chose. Accoutumé que j'étais aux tombeaux gigantesques de l'art moderne , je fus ému par le doux monument qui s'offrait à ma vue. Là , sous cet albâtre si pur, repose le corps de saint Dominique , auprès de cette fameuse université de Bologne , qui n'avait d'égale que l'université de Paris, toutes deux grandement aimées du saint, toutes deux choisies par lui pour être le principal séjour des siens. L'université de Paris reconnaissante lui donna une partie du cQuvent de Saint -Jacques, et Bologne son tom-
beau. Il conTenaity en eflet, qu'une ville savante fût le dernier et suprême séjour, sur la terre, de l'homme étonnant qui avait réuni dans une même pens^ l'apostolat et la science divine, et confié à un seul ordre cette double mission. L'événement justifia la hardiesse de Tentreprise, et prouva sans réplique qu'elle avait été inspirée de Dieu. On a déjà vu avec quelle fidélité les Frères Prêcheurs accomplirent dans l'apostolat les espérances de leur saint patriarche : on va voir du côté de la science un succès bien autrement miraculeux; car, après tout, le dévouement suffit pour mettre au monde un missionnaire; mais la science exige, outre le dévouement, une intelligence toujours trèsrare.
La science est la vue des rapports qui constituent et enchaînent tous les êtres, de Dieu jusqu'à l'atome, de l'infiniment petit jusqu'à Tinfiniment grand. Chaque degré, sur cette vaste échelle, éclaire le degré qui le précède et le degré qui le suit, parce que tout rapport pénétré, de quelque manière que cette pénétration ait lieu , de bas en haut et de haut en bas, est une révélation de ce qui est. En d'autres termes, l'efiet indique la cause, parce qu'il en est l'image; la cause explique l'efiTet, parce qu'elle en est le principe. Néanmoins cette réciprocité n'est pas égale : la lumière véritable descend d'en haut, le bas n'en donne qu'un simple reûet. (( Maintenant, dit saint Paul, nous voyons en « reflet et en énigme, un jour nous verrons face à a face. )) La science, dans notre état présent, est
donc nécessairement imparfaite , parce que nous ne voyons pas face à face le point de départ et le point de retour, qui est Dieu. Mais, tout voilé qu'il demeure à notre vue, cependant il nous est déjà possible de le connaître autrement que par le reflet qui en est le contenu dans les êtres inférieurs! Avant de se montrer. Dieu s*est affirmé ; avant de paraître , il a dit son nom. L'acceptation volontaire de cette parole souveraine s'appelle la foi. La foi fait le chrétien. Quand le chrétien est en possession de ce nouvel élément de connaissance, de ce point de vue d'en haut, il peut redescendre jusqu'aux extrémités de l'univers, interpréter par les rapports qui constituent l'essence divine ceux qui constituent les choses de l'homme et de la nature, puis, à l'aide d'un mouvement contraire , vérifier par les lois de l'être fini les lois de l'être infini. Cette comparaison des deux mondes; l'illumination du second, qui est effet , par le premier, qui est cause , et la vérification du premier, qui est cause, par le second , qui est effet ; ce flux et reflux de lumières , cette marée qui va de TOcéan au rivage, et du livage à l'Océan, la foi dans la science, et la science dans la foi , c'est le chrétien devenu théologien.
Il suit de là que le docteur catholique est un homme presque impossible ; car il doit connaître , d'une part, tout le dépôt de la foi, les Écritures, la tradition écrite et non écrite , les conciles , les actes de la papauté, et, d'une autre part, ce que saint Paul appelle les éléments du monde, c'est-à-dire
tout et tout- Qu'on ou%Te le premier ven-a àcs Pères de rÉglise, la Préparation évangélique d'Ensebe V Explication de l'Œuvre dee six jowrt. par saint Basile, les Tapisseriet de dément d'Aierandrie, ta Cité de Dieu de eaiot Augustin; on lœ verra icîis d'un moment à l'autre passer du ciel & la terre, pute de ia découverte à la révélation, mêlant el broyant Dieu avec l'univers, pour en tirer la sdence de l'un et de l'autre. Toutefois nul d'entre eux nétail parvenu à élever l'édifice total de la théologie. Après douze cents ans de travaux, leurs écrits épare dans le passé re^emblaient aux ruines d'un temple qui n'a pas élé bâtî , mais à des mines sublimes, attendant avec ta patience de l'immortalité la main de l'architecte. L'architecte devait sortir dee cendres de saint Dominique , et ce que nul n'aurait jamais prévu, l'homme de la Providence, dans cette œuvre incomparable, fut un grand eeig:neur.
Il y avait à Cologne, l'an 1245, un licencié dominicain d'un génie si remarquable, que son siècle lui • a donné le nom de Grand, Quoique particulièrement exercé dans les mathématiques, la physique el la médecine , il enseignait alors la théolc^ie , d'où s'élijjit [ ir'vé dans la suite aux plus hautes dignités, il les :iliiiiqua volontairement pour retourner à son éculf. Sa fin fut extraordinaire. Un jour qu'il faisait une li!i;on publique, il s'arrêta tout à coup comme un liiimme qui cherche péniblement sa pensée, et ' quelque temps d'un silence qui étonnait et troublait tout le monde, il parla ainsi: a Quand j'é-
tais jeune , j'avais une si grande difficulté d'apprendre, que je désespérais de jamais rien savoir, et c'est pourquoi je résolus de quitter l'ordre de Saint- Dominique, afin de m'épargner la honte d'être sans cesse comparé à des hommes plus instruits que moi. Comme je m'entretenais jour et nuit de ce projet, je crus voir en songe la Mère de Dieu qui me demandait dans quelle science je voulais devenir habile , si c'était dans la théologie ou dans la connaissance de la nature. Je répondis que c'était dans la connaissance de la nature. Elle me dit alors : « Tu seras ce que tu désires , et le plus grand des philosophes; mais, parce que tu n'as pas préféré la science de mon Fils , un jour viendra où , perdant même la science de la nature, tu te retrouveras comme tu es aujourd'hui. » Or, mes enfants , ce jour qui m'a été prédit est arrivé. Désormais je ne vous enseignerai plus. Mais je confesse une dernière fois devant vous que je crois tous les articles du Symbole, et je supplie qu'on m'apporte les sacrements de l'Église quand mon heure sera venue. Si j'ai dit ou écrit quelque chose de con*traire à la foi, je le rétracte, et soumets toute ma doctrine à ma sainte mère, l'Eglise romaine. » Ayant achevé ce discotirs, il descendit de sa chaire, et ses disciples pleurant et l'embrassant le reconduisirent jusqu'à sa maison, où il vécut encore trois années dans une extrême simplicité, lui qui avait été appelé h miracle de la nature, la stupeur de son siècle, et auquel la postérité conserve le nom d'Albert le Grand.
MaÎB ce n'était point Albert le Grand qui avait été
choisi pour élever l'édifice de la théologie catholique.
n avait préféré la science de la nature à la science
du Fils de Dieu.
Vers la un de 1244 ou au commencement de 1245, Jean le Teutonique, quatrième maître général de l'ordre des Frères Prêcheurs , vint à Cologne , accompagné d'un jeune Napolitain qu'il présenta à frère Albert pour être son disciple. L'Europe était, en ces temps-là, un pays de liberté; chacun allait s'instruire où il voulait, et toutes les nations se donnaient la main dans les universités. Le jeune homme que Jean le Teutonique venait d'attacher à l'école d'Albert le Grand était, par son père, petitneveu de l'empereur Frédéric I"", cousin de l'empereur Henri VI , arrière - cousin de l'empereur Frédéric II , alors régnant ; et , par sa mère , il descendait des princes normands qui avaient chassé les Arabes et les Grecs de l'Italie , et conquis les Deux-Siciles. II n'avait que dix-sept ans. On racon- ' tait de lui que ses parents l'avaient enlevé et enfermé dans un château pour le détourner de sa vocation , mais qu'ils n'avaient pu réussir ; qu'une femme ayant été introduite dans sa chambre , il l'avait poursuivie avec un tison enflammé à la main; ;qu'ii avait gagné ses deux sœurs à la vie religieuse ^lillcs des conversations où elles voulaient l'en déïiurner lui-même; que le pape Innocent IV, soUiité de rompre les liens qui l'enchaînaient déjà à ordre de Saint- Dominique, l'avait entendu avec admiration, et lui avait offert l'abbaye du Mont-
Gassin. Arrivé avec de tels bruits, le jeune comte d'Aquin, qui n'était plus que frère Thomas, fut beaucoup regardé de ses condisciples. Mais rien. ne répondit en lui à leur attente : ils virent un jeune homme simple, qui ne parlait presque pas, et dont les yeux mêmes semb*laient obscurs. On finit par croire qu'il n'avait d'élevé que la naissance , et ses camarades l'appelaient en riant le grand bœuf muet de la Sicile, Son maître Albert, ne sachant luimême qu'en penser, prit l'occasion d'une grande assemblée pour l'interroger sur une suite de questions très -épineuses. Le disciple y répondit avec une sagacité si surprenante , qu'Albert fut saisi de cette joie rare et divine qu'éprouvent les hommes supérieurs lorsqu'ils rencontrent un autre homme qui doit les égaler ou les surpasser; il se tourna tout ému vers la jeunesse qui était là, et leur dit : « Nous tf appelons frère Thomas un bœuf muet, mais un (( jour les mugissements de sa doctrine s'entendront <c par tout le monde. »
La prophétie ne tarda pas à s'accomplir; Thomas d'Aquin devint en peu de temps le docteur le plus célèbre de l'Église catholique, et sa naissance même, si royale qu'elle était, a disparu dans la magnificence de sa renommée personnelle.
A l'âge de quarante et un ans , et n'en ayant plus que neuf à vivre , saint Thomas songea au monument qui était le but encore inconnu de sa destinée. Il se proposa de rassembler dans un corps unique les matériaux épars de la théologie , et ce qui pouvait n'être qu'une compilation, il en fit un chef-
d'œuvre dont tout le monde parle , même ceux qui ne le lisent pas , comme tout le monde parle des pyramides d'Egypte, que presque personne ne voit. Cette popularité, plus forte que l'ignorance, est le dernier terme de la gloire ici-bas : Dieu seul en obtient une plus haute, parce que seul il est à la portée de tous ceux qui l'adorent.
La théologie, comme nous l'avons dit, est la science des affirmations divines. Lorsque l'homme accepte simplement ces affirmations, il est à l'état de foi; lorsqu'il établit le rapport de ces affirmations entre elles et avec tous les faits extérieurs de Punivers, sa foi est à l'état théologique ou scientifique. Par conséquent la théologie résulte du mélange d'un élément humain avec un élément divin, et, s'il est vrai que ce mélange éclaire la foi , il est néanmoins sujet à un grand danger. Car, pour peu qu'on se donne carrière dans les choses de l'ordre visible , on a bien vite atteint la limite extrême de la certitude qui leur appartient; et si l'on pousse plus loin , l'esprit ne rapporte de ces régions mal explorées que des opinions capables , quelquefois , d'altérer la pureté et la solidité de la foi. Une des premières qualités du docteur catholique est donc l'esprit de discernement dans l'emploi de l'élément humain. Or saint Thomas possédait ce tact à un illustre degré.
Toute la science humaine de son temps était renfermée dans les écrits d'Aristote : logique , métaphysique , morale , politique , physique , histoire naturelle, Aristote enseignait tout, et était regardé
comme ayant dit sur tout le dernier mot de la na:ture. Cependant il suffisait de parcourir quelquesuns de ses ouvrages pour s'apercevoir combien peu ce philosophe avait eu le génie chrétien, et déjà Tétude assidue qu'on faisait de lui avait porté des fruits déplorables. Il n'était pas extraordinaire d'entendre des maîtres es arts, par exemple, soutenir qu'une proposition était vraie selon l'Évangile, et fausse selon le Philosophe. En 1277, Etienne II, évêque de Paris, fut obligé de porter une censure contre deux cent vingt - deux articles dont l'erreur avait été puisée dans les livres d'Aristote. Voilà les éléments scientifiques dont disposait saint Thomas. Il fallait avec cela créer une psychologie , une ontologie, une morale et une politique dignes de s'unir aux dogmes de la foi. Saint Thomas le fit. Laissant de côté les chimères et les aberrations du Stagyrite, il tira de ses écrits ce qui pouvait s'y glaner de vrai, éleva et transforma ces matériaux, et, sans abattre ni adorer l'idole de son siècle, il ourdit une philosophie qui avait encore dans les veines du sang d'Aristote, mais purifié par le sien et par celui de tous ses grands prédécesseurs dans la doctrine.
A l'esprit de discernement dans l'emploi de Télément humain ou fini, saint Thomas joignit une vue pénétrante de l'élément divin. Il eut , en considérant les mystères de Dieu , ce regard ferme représenté par Taigle de saint Jean , ce trait de Tœil difficile à définir, mais que l'on reconnaît si bien, lorsque après avoir médité soi-même sur une vérité du
christianisme, on inlerroge un homme qui a été plus loin que soi dans l'abîme, ou mieux écouté le son de l'infini. Il en est d'un grand théologien comme d'un grand artiste : l'un et l'autre voient ce que l'œil vulgaire ne voit pas; ils entendent ce que l'oreille de la foule ne soupçonne pas ; et quand , avec les faibles organes dont l'homme dispose, ils viennent à rendre un reflet ou un écho de ce qu'ils ont vu et entendu, le pâtre même s'éveille et se croit du génie. Cette puissance de découverte dans Tinfini étonnera ceux qui tiennent un mystère pour une affirmation dont les termes mêmes ne sont pas distincts ; mais ceux qui savent que l'incompréhensible n'est autre chose qu'une lumière sans bornes, qui fait qu'au jour même où nous verrons Dieu face à face nous ne le comprendrons pas encore, ceux-là se persuaderont aisément que plus l'horizon est immense, plus la vivacité du regard a de quoi s'exercer. Et la théologie a ce rare avantage, que les affirmations divines, qui lui ouvrent l'infini de part en part, lui sont une boussole en même temps qu'une mer. La parole de Dieu forme dans l'infini des lignes saisissables qui encadrent la pensée sans la restreindre, et qui fuient devant elle en l'emportant. Jamais l'homme arrêté dans les liens et les ténèbres du fini n'aura l'idée de la félicité du théologien nageant dans l'espace sans bornes de la vérité , et trouvant dans la cause même qui le contient l'étendue qui le ravit. Cette union, au même endroit, de la sécurité la plus parfaite avec le vol le plus hardi, cause à l'âme une aise indicible qui fait mépriser tout le reste à qui Ta une
fois sentie. Or nul ne la fait sentir plus souvent que la lecture de saint Thomas. Quand on a étudié une question même dans de grands hommes, et qu'on recourt ensuite à cet homme-là, on sent qu'on a franchi plusieurs orbes d'un seul coup, et que la pensée ne pèse plus.
Il faudrait parler encore de la force d'enchaînement qui lie l'un à l'autre dans saint Thomas Télément naturel et l'élément divin , en subordonnant toujours le premier au second. Il faudrait dire cette unité puissante qui, dans le cours d'un ouvrage énorme, ne se dément jamais, ramasse à droite et à gauche toutes les eaux du ciel et de la terre, et les pousse en avant par un mouvement qui vient de la source et que le leur accroît sans le changer. Il faudrait enfin donner une idée de ce style qui fait voir la vérité dans les plus grandes profondeurs, comme on voit les poissons au fond des lacs limpides, ou les étoiles au travers d'un ciel pur, style aussi calme qu'il est transparent , où l'imagination ne parait pas plus que la passion , et qui cependant entraîne l'intelligence. Mais le temps nous presse, et saint Thomas d'ailleurs n'a plus besoin de louanges. Les souverains pontifes, les conciles , les ordres religieux, les universités, mille écrivains l'ont porté trop haut pour que la louange puisse l'atteindre désormais. Quand les ambassadeurs du royaume de Naples vinrent demander sa canonisation à Jean XXII, le pape, qui les reçut en plein consistoire, leur dit : « Saint Thomas a plus éclairé l'Église que tous les docteurs ensemble, et l'on profitera
plus en une année avec ses livres que pendant toute une vie avec les livres des autres. » Et comme quelqu'un , dans le cours du procès de canonisation, remarquait qu'il n'avait point opéré de miracles , le souverain pontife répondit : « Il a fait autant de miracles qu'il a écrit d'articles. » Dans le concile de Trente , une table était placée au milieu de la salle où siégeaient les Pères du concile , et sur cette table étaient TÉcriture sainte, les décrets des papes, et la Somme de saint Thomas. Après cela. Dieu seul pourra louer ce grand homme dans le concile éternel de ses saints.
Saint Thomas mourut à Fosse-Neuve, monastère de Tordre de Cîteaux , presque à moitié chemin de Naples et de Rome , entre sa patrie naturelle et sa patrie spirituelle, non loin du château de Roche- Sèche, où il est probable qu'il naquit, et proche du Mont-Cassin, où il avait passé une partie de son enfance. La mort le surprit là pendant qu'il était en route pour obéir aux ordrt." du pape Grégoire X, qui l'avait appelé au deuxième concile général de Lyon, dans lequel on devait traiter de la réunion de l'Église grecque avec l'Église latine. Les religieux, pressés autour de son lit, le prièrent de leur faire une courte exposition du Cantique des cantiques , et ce fut sur ce chant de l'amour divin qu'il donna sa dernière leçon. A son tour, il demanda aux religieux de le mettre sur la cendre pour recevoir le saint viatique , et quand il vit l'hostie entre les mains du prêtre, il dit avec larmes : « Je crois fermement que Jésus- Christ, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique du Père
éternel et d'une Vierge mère , est dans cet auguste sacrement. Je te reçois, prix de la rédemption de mon âme; je te reçois, viatique du pèlerinage de mon âme , pour Tamour duquel j'ai étudié , j'ai veillé et travaillé , prêché et enseigné. Jamais je n'ai rien dit contre toi ; mais si j'avais dit quelque chose sans le savoir, je ne suis point opiniâtre dans mon sens : je laisse tout à la correction de la sainte Église romaine, dans l'obéissance de laquelle je m'en vais de cette vie. » Ainsi mourut saint Thomas d'Âquin, à l'âge de cinquante ans, le 7 mars 1274, quelques heures après minuit, au lever de l'aurore.
L'ordre religieux qui, presque à sa naissance, avait produit une si vive lumière de l'Église , ne cessa de nourrir des savants et des écrivains de mérite. Mais la liste en serait plus que fastidieuse : on en compte environ quatre à cinq mille. Il suffira d'ajouter que, moins d'un siècle après la mort de saint Dominique, son institut fut honoré par les contemporains du titre singulier d'Ordre de la Vérité. Ainsi fut accomplie dans toute son étendue la double pensée qui avait présidé à sa formation. Des générations d'apôtres et de savants, sorties de ce germe, ont répandu la vérité jusqu^en des mondes que saint Dominique ignorait, et, après six cents ans révolus, les rejetons en fleurissent encore de Manille à Rome, de Saint - Pétersbourg à Lima. Quand le jeune Gusman passait les Pyrénées avec Tévêque dom Diego, rien de tout cela n'existait , n'était attendu , ni cru possible : mais la pensée qui découvre un be-
soin , la verta qui s'y dévoue , et le besoin qui vient en aide à la pensée et à la vertu , ces trois choses peuvent tout. Heureux le siècle où elles se rencontrent !