‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 61 sur 133 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ROGER seul, lisant.

Que d'esprit ! que d ame dans ce morceau ! Ah! je veux rapprendre, m'en pénétrer! Mais quelle perfection désespérante ! Qu'on est heureux d'avoir du génie! Du génie! Je ne m'en

sens que près de Cécile Ah! comme tous

les amoureux.

Air :

Quand tant de cœurs ont du génie, Pourquoi, sans l'atteindre jamais, Tant d'esprits usent-ils leur vie A courir vainement après?

Le génie , ah ! cela le prouve , Écho d'un cœur dans tous les cœurs, C'est dans le cœur seul qu'il se trouve , Y allons point le chercher ailleurs!

[Il reprend &a lecture, puis jette le livre avec impatieuce.)

Jamais je n'en ferai autant!... Ce n'est qu'à Paris qu'on écrit ainsi ! Il faudrait me rapprocher

des grands maîtres Mais aller à Paris... avec

qui?... avec quoi?... Comment y vivre?.. Et puis quitter Montlucon! M. Boùrsault! dont je suis le secrétaire, dont j'ai la confiance; et me séparer de Cécile! ma bonne Cécile!... Diable d'imagination! J'ai tout ce qu'il me faut pour être heureux ici; j'aime la personne chargée de la maison où nous avons été élevés ensemble , et il faut que je me tourmente encore!... Paris! Paris inspire-t-il plus que Montlucon? Je sais bien que ces comptes , que cette place de receveur des finances qu'occupe ici M. Boùrsault, que tout cela n'est guère poétique; mais pourquoi désespérer, ici plus qu'ailleurs, d'approcher un jour de l'auteur d' Andromaque?

M. Boùrsault ne m'a-t-il pas dit que je promettais?

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